Koumiko – de Anna Dubosc

Les romans de chez Rue des promenades ont quelque chose d’enivrant, ils possèdent une simplicité qui marque, une certaine pureté qui les rend entêtant.

Koumiko a déjà fait l’objet d’une œuvre, Le mystère Koumiko, un court-métrage réalisé par Chris Marker en 1964, décrivant sa rencontre au Japon avec cette femme originaire de Mandchourie, parlant français et aimant Truffaut. Koumiko est par la suite devenue poète, elle a arrêté d’écrire lorsque sa fille a commencé à être publiée.

Nous la découvrons aujourd’hui à l’âge de 77 ans. Anna Dubosc prend des notes, la mémoire de sa mère s’envole. Elle conserve les souvenirs, les ressentis. Koumiko vient de faire une chute, elle doit être hospitalisée, il faut enfin oser mettre des mots sur la maladie qui prend ses quartiers depuis quelques temps. Anna et sa sœur en profitent pour remettre en ordre l’appartement de leur mère, faire du tri, donner un coup de neuf. Les souvenirs remontent en même temps que ceux de leur mère s’effacent. Elles gagnent en maturité alors que leur mère semble retourner en enfance.

« On va à la papeterie à côté. On prend le journal et des carnets. Elle adore les carnets, elle en a plein son sac. Elle note les numéros, les adresses de restos, des expressions, les films, les livres qu’on lui recommande. Et puis des phrases de quelques lignes, ce qu’elle a vu, ce qu’elle a entendu. Toutes ces notes, ces carnets qui ne donneront plus d’histoires, ça me serre le coeur, comme si Koumiko était un poulet sans tête courant dans tous les sens.
Elle prend des notes en français ou en japonais. Parfois, juste un mot sur une page, parmi plusieurs pages blanches. Faut aérer. Il ne faut pas remplir, pas compter, c’est les pauvres qui font ça. La hantise de ma mère. Comme s’il suffisait de ne pas compter pour être riche et qu’elle était la seule à avoir pigé ça. »

Avec beaucoup de simplicité, Anna Dubosc aborde la difficile condition de celui qui accompagne, de celui qui passe du statut d’enfant à celui d’aidant. Elle évoque les sentiments contradictoires, l’impuissance, l’envie de continuer à partager des choses, un restaurant, une séance au cinéma, et à la fois la distance qui se creuse et le quotidien qui se désagrège. Koumiko a un caractère bien trempé, qui s’accentue avec la dégénérescence. Les rapports entre la mère et la fille ne sont pas toujours évidents, on sent poindre de l’agacement, et le retrait parfois, comme un réflexe de survie.

L’écriture presque sèche, directe, sans fard ajoute en spontanéité et peut s’avérer assez perturbant. Des mots presque comme ils viennent, comme si Anna Dubosc nous les racontait là, à la terrasse d’un café, à l’angle d’un immeuble parisien. Nous avons l’étrange impression de connaître ces deux femmes et de régulièrement prendre des nouvelles de leur quotidien chamboulé.

Un texte qui fait écho, met le doigt sur le chamboulement, la difficulté à admettre la maladie et l’éventuelle disparition. A chaque page on se demande si le fil va céder, on se prépare pour faire face et on se laisse finalement aller, porter, la trouille au ventre que ça tourne court.
C’est un bel hommage à sa mère que livre ici Anna Dubosc, un grand cri d’amour, et plus largement un texte retentissant sur la relation mère-fille.

Koumiko / Anna Dubosc. Editions Rue des promenades, 2016

Un grand merci aux Editions Rue des promenades pour cette lecture.

 

2 commentaires sur “Koumiko – de Anna Dubosc”

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