La peau de l’ours 1+2 / Oriol & Zidrou (Dargaud)

Dans ce chouette diptyque, Zidrou et Oriol donnent à voir le grand banditisme par l’homme qui se planque derrière, par ce qui l’a mené là, comment les tripes se dressent et l’humanité se met au placard, sur les regrets, les remords, la fin qui guette et ses multiples visages.

Payer la terre – Joe Sacco (Futuropolis)

Joe Sacco, reporter BD passionné et passionnant, a pour habitude de s’attaquer aux gros morceaux de l’Histoire du monde contemporain, ceux du genre pas simples à démêler, à vous coller la chair de poule. Après avoir épluché le conflit entre Israël et Palestine, l’Irak ou la guerre en Bosnie, il revient avec encore un gros morceau, sur la question des ethnies des territoires du Nord-Ouest canadien, juste au-dessous de l’Arctique, avec toute l’humanité, la puissance et le respect que l’on connaît de l’auteur.

Les deux vies de Pénélope – Judith Vanistendael (Le Lombard)

« Je m’appelle Pénélope. Je ne tisse pas. Je n’attends pas. Je n’ai pas de fils. J’ai une fille. Dans une semaine, elle aura 18 ans. Je ne serai pas là. Cela fait quatre ans que je ne l’ai plus vue. Cette histoire est pour elle. » Très belle et touchante BD, qui fait le portrait d’une femme qui tangue entre son intense pratique en tant que chirurgienne humanitaire et sa vie de famille qu’on lui reproche de passer à la trappe. Un récit fort, qui interroge la figure de la femme, de la culpabilité généralement plus rugissante qu’au regard des hommes, et tout cela amené avec pudeur et justesse, chapeau !

Cassandra Darke – Posy Simmonds (Denoël)

BD pur british avec de la vieille bique, du crime, du mystère, de la verve, de l’humour… Un grand moment ! « Ma mort idéale serait une oblitération silencieuse sous une neige épaisse. J’ai toujours aimé les paysages d’hiver, en art comme dans la nature, et ça ne me gênerait pas d’être une bosse en plus dans un tableau de Caspar David Friedrich. Evidemment, à la fonte des neiges, je finirais pas gâcher la journée de quelqu’un. Un fermier… des randonneurs… des exhibitionnistes… »

Senso – Alfred (Delcourt)

Un peu de chaleur et d’évasion en ces temps spéciaux, avec ce dernier album d’Alfred, encore une fois très réussi. L’histoire d’une rencontre entre deux inconnus, Germano et Elena, par hasard en off d’un mariage dans un coin d’Italie.

La vie hantée d’Anya – Vera Brosgol (Rue de Sèvres)

Anya a bien du mal à s’affirmer et à assumer ses origines russes dans sa vie de lycéenne américaine, jusqu’à une curieuse et inattendue rencontre, qui la fera envisager les choses autrement. Une BD efficace et qui se montre pleine de surprises, à destination des ados / adultes.

Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher (Glénat)

Lubin est voltigeur. Après une chute, il découvre que certaines journées passent à la trappe. Alors qu’au départ, il pense ne faire qu’une grosse cure de sommeil un jour sur deux, il s’aperçoit rapidement qu’une autre facette de lui-même s’exprime, prend ses marques et progressivement prend de l’assurance en vue d’occuper le terrain la majeure partie du temps. Gros coup de coeur pour cette course contre le temps sur fond de dédoublement de personnalité.

Symphonie carcérale – Romain Dutter (Steinkis)

Romain Dutter a été coordinateur culturel à Fresnes pendant une dizaine d’années. Dans ce premier roman graphique, il revient sur son parcours, son côté baroudeur d’abord, qui l’a mené au Honduras où le hasard l’a conduit à travailler dans une prison pour occuper le temps des détenus, expérience qui a forcément été déterminante dans la suite de l’histoire. Une BD originale, passionnante, instructive et non sans humour.

Corps sonores – Julie Maroh (Glénat)

Après l’incandescente rencontre amoureuse entre deux jeunes femmes dans Le bleu est une couleur chaude, Julie Maroh s’intéresse de nouveau aux sentiments et ébats amoureux dans un genre de recueil de rencontres qui ne laisse pas indifférent. C’est très beau, pluriel, intense. Une belle entracte.

La tuerie – Laurent Galandon et Nicolas Otero (Les Arènes)

A sa sortie de prison, Yannick se fait embaucher dans l’abattoir du coin. Une mission intérim comme une autre, à cela prêt que les conditions de travail sont loin d’être banales, et qu’il n’est peut-être pas là par hasard. Le titre ne fait pas dans la dentelle et nous sommes cueillis dès le départ par un texte glaçant de Guillaume Meurice. On ne s’attend donc pas à une apologie de la bavette échalotes ou du filet américain. La consommation de viande fait débat, et si elle en prend pour son grade ici, il ne s’agit pas d’un positionnement à charge. Les auteurs prennent de la hauteur en insufflant une dimension sociale très forte et un angle polar bien mené.

Le loup – Jean-Marc Rochette (Casterman)

Coup de coeur pour ce récit subjuguant qui nous plonge dans l’intimité de la pleine montagne. Jean-Marc Rochette décrit de manière prodigieuse l’affrontement entre un berger et un jeune loup, la colère qui se mue en haine vengeresse, la patience qui en découle, les forces puisées et amenuisées, la mort […]

En silence – Audrey Spiry (KSTR)

Etonnante et bluffante BD sur une virée en canyoning. Juliette et son compagnon se lancent dans l’aventure, avec un couple et leurs deux filles, et le guide à l’aisance désinvolte. La journée qui s’avère riche en adrénaline le sera doublement puisque la jeune femme, en apprenant à repousser ses limites, […]

Polaris – Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval (Delcourt)

Enquête dans le cercle libertin très privé de Circé. Etonnante et efficace BD ambiance polar pimenté. Alors qu’elle enquête sur le meurtre d’une jeune femme, Jeanne, lieutenant de police, suit son flair dans le mystérieux cercle érotique de Circé. Elle y rencontre des adeptes discrets et aventureux, à l’affût d’une […]

Appelez-moi Nathan – Catherine Castro & Quentin Zuttion (Payot Graphic)

Lila ne s’est jamais franchement sentie fille. Pas même garçon manqué. Plutôt garçon tout court. Si pendant l’enfance, la différence ne se fait pas encore trop sentir, les choses se compliquent à l’adolescence, entre hormones et éveil et seins qui poussent, qui la mettent au pied du mur face à son identité. Car il ne s’agit pas juste de fuir les robes légères et de préférer le foot à la danse, Catherine Castro et Quentin Zuttion nous parlent bien de dysphorie de genre. Un très bel album à faire circuler.

Blankets – Craig Thompson (Casterman)

Dans cet épais récit autobiographique, Craig Thompson revient sur sa jeunesse avec son frère, son éducation très pieuse et son premier amour, brossant ainsi le tableau d’une jeunesse dans un coin paumé des Etats-Unis où la religion a tendance a s’imposer d’elle-même. Apprentissage, initiation, passion, émancipation, découvrez cette très chouette BD qui colle à la fois le sourire aux lèvres et des frissons dans le bide.

Hiver rouge – Anneli Furmark (Ça et là)

Les années 70 dans une petite ville du nord de la Suède. L’histoire d’amour clandestine entre un homme et une femme qui n’ont pas intérêt à ce que ça se sache. Une BD chorale qui explore en subtilité le couple et l’emprise des positionnements sur les vies, les choix, les interprétations. C’est tout le talent de l’autrice de décrire le point de vacillement. Une approche vraiment intéressante.

Souvenirs de la mer assoupie – Shin’ya Komatsu (Imho)

Dans un décor qui ressemble fort aux Cyclades, aux maisons blanches bordées par la mer, nous suivons les aventures d’une petite jeune fille, déambulant au gré des rencontres, qui revêtent toujours une dimension fantaisiste et onirique. Des histoires courtes dans lesquelles on croise un voyageur en parapluie qui dompte le vent, un phare qui se déplace joyeusement dans la ville, la vie ordinaire sort de son cadre et le quotidien bascule dans l’imaginaire.