Les yeux fumés – Nathalie Sauvagnac (Le Masque)

Un roman coup de point qui reflète les invisibles des périphéries. Philippe n’est pas le préféré de la famille, en tout cas pas de sa mère, qui ne peut plus le voir en peinture, et encore moins depuis qu’il zone dans la maison et larve sans que le moindre changement se profile. Quid de l’oeuf ou la poule, de qui a provoqué le rejet de l’autre, a tiré le premier, de ce qui a rendu ce môme comme ça, toujours est-il qu’il finit par se barrer, rencontre Bruno, hippie zonard aux histoires fabuleuses, se prend dans la tronche la réalité du quartier, de la cité, du béton. Philippe va malgré tout trouver du boulot, rencontrer Mickey, Anne… et tenter d’avancer, à défaut d’autre chose. Rentrée littéraire 2019

La tuerie – Laurent Galandon et Nicolas Otero (Les Arènes)

A sa sortie de prison, Yannick se fait embaucher dans l’abattoir du coin. Une mission intérim comme une autre, à cela prêt que les conditions de travail sont loin d’être banales, et qu’il n’est peut-être pas là par hasard. Le titre ne fait pas dans la dentelle et nous sommes cueillis dès le départ par un texte glaçant de Guillaume Meurice. On ne s’attend donc pas à une apologie de la bavette échalotes ou du filet américain. La consommation de viande fait débat, et si elle en prend pour son grade ici, il ne s’agit pas d’un positionnement à charge. Les auteurs prennent de la hauteur en insufflant une dimension sociale très forte et un angle polar bien mené.

Le loup – Jean-Marc Rochette (Casterman)

Coup de coeur pour ce récit subjuguant qui nous plonge dans l’intimité de la pleine montagne. Jean-Marc Rochette décrit de manière prodigieuse l’affrontement entre un berger et un jeune loup, la colère qui se mue en haine vengeresse, la patience qui en découle, les forces puisées et amenuisées, la mort […]

Bonjour – Alastair Heim et Alisa Coburn (Didier jeunesse)

Un renard qui a plus d’un tour dans son sac décide de le remplir justement son sac, s’introduisant dans une coquette et reluisante demeure qui ne manque pas de mettre en émoi son flair détrousseur. Mais les propriétaires, qui ont un petit air de déjà-vu, ne sont pas du genre à se faire embarquer l’argenterie si facilement. Une fable mordante qui se mue en conte revisité, à dévorer et partager dès 4-5 ans.

Le cheveu – Julien Perrin et Fred L. (Alice jeunesse)

Dans la savane, celui qui orne, dresse et rend sa superbe aux chevelures sauvages c’est le porc-épic. Qu’il s’agisse d’une crête rose pour le zèbre, d’un brushing pour le gnou, de dreadlocks pour le lion ou de lisser les moustaches du guépard, Lepic est à n’en pas douter un as des ciseaux. Mais qu’en sera-t-il devant le crocodile qui cherche à se débarrasser de son cheveu sur la langue ? Une très chouette découverte, efficace, vive et distrayante, à partager dès 3 ans.

En silence – Audrey Spiry (KSTR)

Etonnante et bluffante BD sur une virée en canyoning. Juliette et son compagnon se lancent dans l’aventure, avec un couple et leurs deux filles, et le guide à l’aisance désinvolte. La journée qui s’avère riche en adrénaline le sera doublement puisque la jeune femme, en apprenant à repousser ses limites, […]

Figurec – Fabrice Caro (Gallimard)

Fabcaro a le vent en poupe et du coup, ses anciens textes prennent du galon. Oh joie pour les amateurs d’avoir encore de quoi se mettre sous la dent. L’histoire d’un type qui court les enterrements, qui rencontre bientôt un autre type avec la même occupation, et va mettre le pied dans une organisation monumentale et flippante. Un roman distrayant qui ne manque pas de panache.

Les Grrr – Clémence Sabbagh et Agathe Moreau (Le Diplodocus)

Un album où l’humeur ronchonne est personnifiée, donnant des scènes épiques où l’on croirait rassemblés toute une flopée de Jean-Pierre Bacri (ou d’enfants ce qui est d’ailleurs plus probable, et plus dans le thème). Bref, les Grrr ne sont jamais contents, ils grognent contre la météo, contre ce qu’il y […]

Polaris – Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval (Delcourt)

Enquête dans le cercle libertin très privé de Circé. Etonnante et efficace BD ambiance polar pimenté. Alors qu’elle enquête sur le meurtre d’une jeune femme, Jeanne, lieutenant de police, suit son flair dans le mystérieux cercle érotique de Circé. Elle y rencontre des adeptes discrets et aventureux, à l’affût d’une […]

Appelez-moi Nathan – Catherine Castro & Quentin Zuttion (Payot Graphic)

Lila ne s’est jamais franchement sentie fille. Pas même garçon manqué. Plutôt garçon tout court. Si pendant l’enfance, la différence ne se fait pas encore trop sentir, les choses se compliquent à l’adolescence, entre hormones et éveil et seins qui poussent, qui la mettent au pied du mur face à son identité. Car il ne s’agit pas juste de fuir les robes légères et de préférer le foot à la danse, Catherine Castro et Quentin Zuttion nous parlent bien de dysphorie de genre. Un très bel album à faire circuler.

Blankets – Craig Thompson (Casterman)

Dans cet épais récit autobiographique, Craig Thompson revient sur sa jeunesse avec son frère, son éducation très pieuse et son premier amour, brossant ainsi le tableau d’une jeunesse dans un coin paumé des Etats-Unis où la religion a tendance a s’imposer d’elle-même. Apprentissage, initiation, passion, émancipation, découvrez cette très chouette BD qui colle à la fois le sourire aux lèvres et des frissons dans le bide.

Le lion est mort ce soir – Eric Dodon (Beurre Salé)

A-wimboé, a-wimboé, a-wimboé, a-wimboé… Dans la jungle, terrible jungle, le lion est mort ce soir… Oui mais de quoi ? Eric Dodon imagine tout un tas de causes qui flirtent avec l’improbable ou le tiré par les cheveux, ce qui permet de se mettre à l’aise d’entrée, de se jouer de la mort et d’en rire sans pour autant s’en moquer. C’est simple, efficace, le dessin mordant, on chante et on célèbre ce lion qui, pour les besoins du livre, n’a visiblement pas eu peur du ridicule… Dès 4 ans et bien plus tard

Grise fiord – Gilles Stassart (Rouergue)

Le Grand Nord canadien comme on le lit rarement. Un roman noir, politique, ethnographique, intense. Un roman initiatique qui mue en voyage, abordant les questions de filiation, de croyances, les regrets, les quêtes personnelles. On y lit l’âpreté, la rudesse, la chaleur, et plus concrètement la chasse, la survie, les déplacements en traineaux, les meutes de chiens. Une histoire forte et dramatique, et nous convie à une exploration peu commune et magnifique dans le cercle arctique.

Simone au travail – David Turgeon (Le Quartanier)

« Le dessin, c’est une affaire d’oeil. Il faut tenir sa cible, et viser juste. Et puis, c’est connu, les tueurs aussi s’exercent d’abord sur le papier. » Etonnant roman fait d’art, d’énigmes et de multiples possibilités. Par la galerie d’art d’Alban Wouters, nous entrons dans la vie d’une poignée de personnages, tous plus ou moins à un moment de flottement de leurs vies, qu’il s’agisse de la fin d’une exposition, d’un temps de pause entre deux affaires, d’un amour flottant. David Turgeon investit ce temps d’attente, par lequel des relations vont se nouer, des dés se jeter…

Le rendez-vous iranien de Simone de Beauvoir – de Chahla Chafiq (iXe)

Passionnant essai sur la condition féminine en Iran. A partir d’une phrase de la députée islamiste Fatemah Alia énoncée en 2008, proclamant vouloir renommer une certaine rue Simone de Beauvoir à Téhéran, plongeant in-extremis dans une confusion digne des plus belles erreurs sur la personne, l’autrice saisit la symbolique de cette mémoire défaillante et accusatrice, et retrace les quarante dernières années de l’Iran à travers le prisme de la femme.