Des cris et des crêtes – Olivier Migliore (Riveneuve)

Docteur en musicologie, Olivier Migliore dissèque des morceaux de groupes emblématiques afin de rendre compte précisément ce qui caractérise la musique punk. Un singulier bouquin donc, puisqu’il n’évoque pas le courant musical et contre-culturel sous ses aspects sociologiques et historiques, mais apporte un éclairage musicologique, en décryptant l’oralité punk. Un sacré boulot, et une belle porte ouverte à celles et ceux qui voudraient étendre la réflexion.

Les cerfs-volants – Romain Gary

Les cerfs-volants retrace l’histoire d’un jeune garçon à la mémoire extraordinaire, Ludo, que l’on va suivre depuis ses dix ans dans un coin de Normandie, où il vit avec son oncle Ambroise Fleury, « facteur timbré » qui passe pour le doux-dingue du coin avec ses cerfs-volants qu’il confectionne avec passion et minutie, jusqu’à la fin de la guerre quinze ans plus tard. Romain Gary dépeint les années 30-40 avec justesse et humanité, s’attachant à des valeurs fortes telles que la fraternité, la sagesse, l’espoir, la tolérance. Nous retrouvons son incorrigible romantisme, mais aussi un idéalisme à toute épreuve, qu’il orne de poésie, de pointes philosophiques et d’humour. 

L’ours Kintsugi – Victoire de Changy et Marine Schneider (Cambourakis)

Très bel album aux allures de fable, où l’on va à la rencontre de l’ours Kintsugi, balèse et fier de la nature qui l’entoure, et du point culminant qu’il arrive à atteindre « tout en haut d’une très haute montagne », surplombant la vallée et visible de tous. Sauf que l’assurance ne fait pas tout, et l’ours chute. Une histoire qui valorise l’aventure et la prise de risque, en lien avec le kintsugi, où l’art de réparer les brèches, céramiques ou corporelles…

[Jeu] Kikafé ?

Tentative de nouvelle rubrique sur le blog autour des jeux suite à une suggestion glissée dans l’oreillette. Pour cette première, un jeu d’apéro (ou de goûter !) efficace jouable dès 5-6 ans et bien plus tard. Pipi caca, mémoire aiguisée et réactivité à toute épreuve, autour de principes simples, se défausser de ses cartes, et ramasser le moins de crottes possible.

Sale temps pour les braves – Don Carpenter (Cambourakis)

Don Carpenter a un vrai don de raconteur d’histoires, de ceux dont on reste pendu aux lèvres ou aux mots. Dans ce premier roman, il place ce qui lui tiendra à coeur dans l’ensemble de ses romans, anti-héros cabossés et lumineux, où violence et mélancolie se tiennent le bras, comme faces indicibles d’une route vers la liberté. Du style, de l’apreté, de l’insoumission dans ce grand roman enfin découvert.

Tout et ses contraires – Delphine Chedru (Hélium)

Coup de coeur pour cet album tout simple à l’adresse des mini-portions et des porteur.se.s d’histoires qui les entourent. Tout et ses contraires, un album cartonné à rabats qui explore les notions autour de dix situations de contraires, contrastes ou oppositions… en y ajoutant une nuance, ce qui est finalement assez rare dans la littérature jeunesse et hyper intéressant. Le regard n’est pas binaire, il est multiple, on l’on ajoute ici de la relativité. Petit / Grand est ainsi accompagné du mot Immense, Seul / A deux / Tous ensemble, Rapide / lent / tranquille, Concentré / Rêveur / Distrait…

Lettre d’une inconnue – Stefan Zweig

Un écrivain reçoit une mystérieuse lettre, d’une femme qu’il ne connaît pas alors que celle-ci est manifestement très éprise de lui, et que ça ne date pas d’hier. Dans une lettre fiévreuse, pleine de passion, d’abnégation et de désillusions, elle s’ouvre, se confesse, se retire. Une correspondance unilatérale dans laquelle Stefan Zweig décrit la force destructrice de la passion.

Malgré tout – Jordi Lafebre (Dargaud)

Disons-le tout net, je ne suis pas très fleur bleue mais cette histoire-là m’a fait le cœur tout chamallow. Alors qu’il officie habituellement aux côté de l’efficace Zidrou, Jordi Lafebre signe ici un premier album en solo qui rassemble tout ce que l’on attend d’une bonne comédie, romantique qui plus […]

Rhapsodie en bleu – Andrea Serio (Futuropolis)

Des répercussions du régime de Mussolini sur le peuple juif, du comment les projets s’effondrent d’un claquement de langue, de la volonté de rester maître de son avenir. Andrea Serio adapte le roman Ci sarebbe bastato de Silvia Cuttin, et porte en bleu l’histoire de cette famille juive italienne, de ces trois cousins frappés par la dictature crasse. Le bleu des souvenirs estivaux, du large qui s’ouvre comme échappatoire, de la ligne d’horizon qui marque le retour.

Les orageuses – Marcia Burnier (Cambourakis)

Premier roman de la magnifique collection Sorcières chez Cambourakis qui publie habituellement des essais soutenant des regards du féminisme résistant et revendicatif, et faisant lumière sur des voix qui expérimentent, disent autrement, et que l’on lit encore peu. Ici un roman qui se place directement dans ce sillage, avec un texte fort sur un sujet tristement presque banal et pourtant encore bâillonné au possible, le viol. Un très beau texte, fort, pudique et sororal, qui dit les doutes, les maladresses et la douleur qui rendent bancales, et encore plus si on les glisse sous le tapis.

Broadway – Fabrice Caro (Gallimard)

Fabcaro fait désormais partie du paysage littéraire francophone avec ses chroniques sociales et humaines mettant en scène des types ordinaires tendance loosers sympas dans un bain d’absurde. Ici, un type reçoit le « traditionnel test de prévention pour le cancer colorectal à 50 ans, sauf qu’il n’a pas encore fêté l’âge fatidique, qu’il reste encore quelques années même avant de l’atteindre, et que ça le perturbe intensément.

1984 – Orwell adapté par Fido Nesti (Grasset)

Lorsqu’en 1949 Orwell assistait à la publication de son roman 1984, aurait-il pu imaginer que le monde y trouverait toujours autant d’écho 70 ans plus tard ? Féru de dystopies, l’illustrateur brésilien Fido Nesti, en relevant des résonances flagrantes avec l’actualité de son pays, ne pouvait à l’évidence pas passer […]

Nous autres – Eugène Zamiatine

En 1920, Zamiatine rédigeait ainsi le journal d’un certain D-503, ingénieur participant à la construction de L’intégral, vaisseau spatial destiné à prêcher le sacro-saint bonheur à travers l’univers, bonheur dont les hommes du futur ont, selon eux, trouvé la recette-clé, nichée dans une rationalisation à toute épreuve et une déshumanisation aux petits oignons. Pensée unique, totalitarisme, et de fait liberté zéro représentent ainsi la satisfaction suprême dans un monde où tout est millimétré, dans un cocon voluptueusement garni de racines carrées et de réflexions savamment mûries.

La forêt / Thomas Ott (Ed. Martin de Halleux)

Grand retour de Thomas Ott avec un récit sans parole sombre et flamboyant dans lequel l’on plonge et replonge avec fascination.

En 25 pages, Thomas Ott trace l’histoire d’un môme un jour de funérailles, qui décide d’aller prendre l’air dans la forêt avoisinante. Un récit très intime, beaucoup plus que les récits de l’auteur compilés dans R.I.P. qui tenaient plus du roman noir, du pulp et de la pop-contre-culture. Plus d’intimité donc, avec ce garçon face à lui-même, ses angoisses et ses souvenirs, dans un univers qui tient à la fois du conte, du rêve et de la chronique sociale.

L’anguille – Valentine Goby (T. Magnier)

« Mais je ne suis pas handicapée. Je suis différente. On est tous différents, les cheveux, les yeux, la taille, la voix, disons que je suis un peu plus différente. » Camille est née sans bras, un corps pas banal qui n’arrête pas cette ado pleine de vie et d’inventivité. Un très chouette et beau roman sur l’adolescence, la différence, l’amitié, l’acceptation de soi et des autres. A glisser dans toutes les mains !

Entre fauves – Colin Niel (Rouergue)

L’une des petites claques de cette fin d’année avec ce nouveau Colin Niel qui investit cette fois-ci l’univers des gros portefeuilles qui dopent leur adrénaline avec leurs fichues chasses aux trophées. Ici une chasse au lion qui tourne au vinaigre entre la Namibie et les Pyrénées, que nous découvrons au fil des regards entre chasseurs, éleveurs, chassés et gardes nature. Un roman très immersif et véhément, avec son lot de suées et de grincements de dents.