Un peu, beaucoup – Olivier Tallec (Pastel)

Olivier Tallec a décidément le don de poser finement les choses, dans des histoires à la fois mignonnes (j’ai pas dit gnan-gnan), malicieuses, et ancrées dans ce qui se joue dans le monde. Ici un écureuil perché sur son arbre, qu’il chéri chaque jour un peu plus tant il aime […]

Petit Pois – Davide Cali et Sébastien Mourrain (Actes Sud junior)

Petit Pois, petit bonhomme aux allures de Tom Pouce, autour duquel se tisse une vie à sa hauteur, des chaussures de poupée, un lit dans une boîte d’allumettes… Une vie à hauteur de bestioles qui lui convient plutôt pas mal jusqu’à son entrée à l’école où ça se complique. Coup de coeur pour cet album et ce petit personnage plein de ressources et à la détermination sans faille. dès 2-3 ans

Hérésies glorieuses – Lisa McInerney (La Table Ronde)

On se pose un moment à Cork, Irlande, où l’on croise le magouilleur Jimmy Phelan qui vient de rapatrier sa mère au pays après un exil anglais forcé, et où l’on suit leurs retrouvailles dérapantes, surtout quand la Maureen en question dézingue par erreur un type, déclenchant un sacré foutoir dans les affaires du fiston et de tout un tas de gens dont Tony et Ryan Cusack qui vont voir leurs trajectoires vriller, même si le tableau n’était déjà pas joli joli. Un roman réaliste, corrosif, impitoyable, revigorant, un bijou de noirceur à découvrir !

Lumière d’été, puis vient la nuit – Jon Kalman Stefansson (Grasset)

Dans un coin d’Islande bien loin de Reykvavik, dans un petit bled sans église ni cimetière, l’auteur nous raconte une poignée de vies millimétrées sur le point de se défaire de leurs carcans. Huit histoires croisées, entre destinées ordinaires qui sortent de leurs gonds et chroniques sociales qui se dessinent autour de lieux emblématiques – la laiterie, l’abattoir, la coopérative. Huit chapitres où les désirs prennent forme, où les illusions s’affirment ou se fracassent, où les relations se nouent, les corps se tendent, les envies deviennent des armes. 

Des souris et des hommes – John Steinbeck mis en images par Rébecca Dautremer (Tishina)

Faut-il encore présenter Des souris et des hommes ? Dans ce court roman qui pose les jalons des Raisins de la colère, John Steinbeck mettait déjà le paquet, avec ce duo improbable et bouleversant, entre Lennie Small le simple d’esprit à la corpulence massive impressionnante, le coeur sur la main et la main aussi tendre que dévastatrice, et George Milton, à la carrure plus resserrée, comme asséchée par la discrétion, la prudence et l’inquiétude, un type débrouillard qui fait figure d’autorité pour son acolyte. Un roman présenté ici dans la splendide version illustrée de Rébecca Dautremer.

Viendra le temps du feu – Wendy Delorme (Cambourakis)

On n’attendait pas forcément Wendy Delorme dans un virage dystopique et pourtant ça lui va comme un gant ! 
Wendy Delorme est universitaire, performeuse, activiste féministe queer, écrivaine. Dans ce nouveau roman, cinq figurent s’articulent, Ève, Louise, Rosa, Raphaël, Grâce. Par leurs regards et leurs luttes se déploie un flamboyant et incandescent roman, très sororal, qui se tisse de part et d’autre du fleuve où tout s’est joué et où tout reste à faire. 

Nellie Bly – Dans l’antre de la folie – Ollagnier et Maurel (Glénat)

Très chouette adaptation du récit de la journaliste Nellie Bly paru à la fin du dix-neuvième siècle, s’appuyant sur son internement à l’asile de Blackwell, New York. Dans ce reportage, Nellie Bly pointe les dérives de l’autorité par charité publique, la bonté qui se mue en coups et torture, la folie qui guette comme repli, et l’argent qui entre dans certaines poches au détriment de sa destination initiale, par cupidité, simple profit ou étroitesse d’esprit qui ici, sous couvert d’aliénation mentale, se permet bien des choses.

Berghain : Berlin Bacchanales – Guillaume Robin (le murmure)

Le Berghain, mythique club techno berlinois. Vingt ans de soirées folles et débridées, sorte de bacchanales modernes où les corps entrent en résonance avec le lieu. Un temple de la liberté qui se mérite puisque pas mal de monde se fait refouler, les moeurs ultra-codées dévoilant surtout une résistance au tourisme de masse et à la gentrification qui rebat les cartes et les plans de villes. Guillaume Robin décrypte les codes, les moeurs, détermine les contours, la distorsions des corps, dans leurs postures, leurs regards, leurs genres, le théâtre qui se joue.

Les petites vertus – Natalia Ginzburg (Ypsilon)

Natalia Ginzburg  est née en 1916. Autrice de romans, de pièces de théâtre, d’essais, traductrice de Maupassant, Flaubert et Proust, éditrice, elle a généreusement parcouru les sphères littéraires italiennes, obtenu de nombreux prix littéraires, a côtoyé Italo Calvino et Cesare Pavese, et reste pourtant aujourd’hui encore injustement méconnue. Les petites vertus regroupe onze textes écrits entre 1944 et 1960, dans lesquels l’autrice évoque les années de guerre, la mort de son époux tué par les fascistes, son rapport à l’Angleterre, les relations humaines, le métier d’écrivain, la vie conjugale…

A la ligne, feuillets d’usine – Joseph Ponthus

« J’écris comme je pense sur ma ligne de production
divaguant dans mes pensées seul déterminé
J’écris comme je travaille
A la chaîne
A la ligne »

La vie à l’usine, les corps qui morflent, les cadences à tenir, Joseph Ponthus écrit la condition ouvrière dans son jus, avec éloquence, humanité et sensibilité. Un indispensable !

Les villes invisibles – Italo Calvino

Il faut accepter de lâcher prise et de se laisser porter, dans cette conversation imaginée entre le jeune explorateur Marco Polo et l’empereur Kublai Khan chez qui il résida. L’empereur ne pouvant se déplacer dans l’ensemble des villes conquises, demande à Marco Polo de lui décrire, ce qu’il honore avec majesté et malice puisque ses descriptions restent magnifiquement énigmatiques. Les villes revêtent des caractères extraordinaires, merveilleux, à travers ce qui en fait le sel de manière impalpable.

Sur les ossements des morts – Olga Tokarczuk (Libretto)

Plongée dans un coin de forêt polonaise en bord de Tchéquie, plutôt tranquille jusqu’à ce qu’un type soit retrouvé mort, puis deux, puis… Des disparitions qui restent énigmatiques et devant lesquelles les enquêteurs piétinent. Janina Doucheyko, en bonne voisine qui passe volontiers pour la vieille allumée de service avec ses prédictions astrologiques et son tempérament bien trempé, soulève similitudes et curiosités naturelles, imaginant une vengeance orchestrée par les animaux.

Jours de sable – Aimée de Jongh (Dargaud)

Époustouflante BD qui brosse l’Amérique des années 30, entre crise économique et sècheresse intense qui cerna une partie des Grandes Plaines. Un récit très documenté qui prend aux tripes, graphiquement on s’en prend plein la vue avec des tonalités qui nous plongent dans cette atmosphère sablonneuse, des paysages saisissants, des personnages touchants et troublants. Une pépite à faire tourner !

Mari Moto seule contre l’ouragan – Dorothée de Monfreid (Seuil)

Une tornade qui balaie tout sur son passage, une aventurière qui n’a pas froid aux yeux et chevauche la moto de sa grand-mère pour aller chercher les secours… Un road trip enlevé et audacieux qui convoque à la fois l’aventure, le dépassement de soi, la prise de risque, la solidarité. Un premier volume qui donne très envie de découvrir d’autres aventures de cette chouette Mari Moto. Un roman-BD à découvrir dès 8 ans.

Le Chancellor – Jules Verne

La survie en mode dix-neuvième siècle entre roman épistolaire, roman d’aventure, réflexions philosophiques et anthropophagie. Court roman dans lequel Jules Verne s’empare du naufrage de la Méduse survenu 60 ans plus tôt, une errance maritime qui s’éternise et par laquelle l’écrivain s’intéresse à l’ambivalence des sentiments qui s’exacerbent avec l’instinct de survie.

Les voyages de Gulliver – De Laputa au Japon – Galic & Echegoyen (Soleil)

Aventure, philosophie et satire politique dans cette belle BD dans laquelle Galic et Echegoyen nous font découvrir le troisième voyage de Gulliver dans lequel le docteur Lemuel Gulliver accepte de repartir en mission vers les Indes orientales, à condition de ne plus croiser ni nains ni géants. Diverses péripéties au cours du voyage le conduiront pourtant à la rencontre de nouveaux mondes, l’île volante de Laputa, Balnibarbi, l’Académie de Lagado, Maldonada, l’île de Glubbdubdrib, le royaume de Luggnagg puis le Japon, avant de rejoindre l’Angleterre.