Tous les hommes du roi – Robert Penn Warren (Monsieur Toussaint Louverture)

On peut avoir toute confiance en Monsieur Toussaint Louverture pour dénicher des pépites de la littérature américaine (mais pas uniquement) et nous les présenter dans un écrin éditorial somptueux. Quand en plus il s’agit de l’un des livres préférés de Jean-Patrick Manchette (dixit le journal du maître), il faut s’y plonger sans se poser de question.

Coup de vent – Mark Haskell Smith (Gallmeister)

Course-poursuite dans les Caraïbes, entre un trader parti avec le magot, sa collègue sur les talons flanquée d’un type chargé des recouvrements pour enquêter à ses côtés. Ça tournera au vinaigre d’ailleurs, l’un d’eux se retrouvant en pleine mer avec les biftons face à une navigatrice en solitaire cupide. Un roman bien barré, distrayant et juteux entre jeux de chat et souris, parties de jambes en l’air et plans foireux. Parfait en guise d’entracte.

Un coeur simple – Gustave Flaubert

Plongeons dans le dix-neuvième siècle encore neuf, aux côtés de la jeune Félicité, fille de ferme tout juste entrée au service de Madame Aubain à Pont-l’Evêque en Normandie. Avant cela, Félicité aurait pu épouser Théodore, si celui-ci n’avait pas finalement choisi une riche veuve pour sauver ses fesses de la conscription. Les plans changés, elle propose son assistance à la veuve Aubain, auprès de qui elle restera jusqu’au bout, voire même un peu plus. Un texte court et fort où l’on plonge dans une époque, un contexte, des lieux, dans la veine réaliste, et où l’on côtoient aussi les semblables de Flaubert et son cadre de vie.

Alexis, suivi de Le Coup de grâce – Marguerite Yourcenar

Dans une longue lettre, Alexis, un jeune musicien, explique enfin à son épouse Monique, pourquoi il la quitte. Il revient ainsi sur son passé, leur rencontre, et comment il s’est glissé dans un rôle qui n’était pas le sien, enfouissant pudiquement ses propres désirs pour mener la vie conventionnelle que l’on attendait de lui. En faisant cela, il porte de profondes interrogations, sur la condition humaine et sur le visage du monde. Magnifique et chavirant.

Ceux qui trop supportent – Arno Bertina (Verticales)

Pendant quatre ans, Arno Bertina est allé à la rencontre des salariés, a recueilli les témoignages de ce combat des hommes face aux stratégies économiques. Un récit documenté et documentaire à teneur littéraire, une gloire à l’intelligence collective, au poids du groupe solidaire face au poids des deniers. Un sacré boulot, et une lecture absolument nécessaire, surtout en ces temps pré-électoraux…

L’Enfer de la Bibliothèque – Eros au secret (BnF)

Coup de projecteur rapide sur ce bien bel objet qui fait parfaitement écho à ce mois de classiques érotiques qui s’achève. Un livre au sommaire évocateur et au contenu tout aussi croustillant, entre histoire des ouvrages licencieux, références littéraires multiples, extraits, illustrations, parenthèse japonaise et modernité. On assiste au pourquoi et au comment avec de nombreuses références à l’appui. Bref, une mine d’or pour qui s’intéresse au sujet.

Le Pied de Fumiko – Junichirô Tanizaki

Poursuivons cette semaine de retour aux classiques pimentés avec l’un des maîtres japonais de la nouvelle, Junichirô Tanizaki. Nous assistons ainsi à la rencontre entre un vieux marchand qui se replie à l’écart de sa famille pour profiter pleinement de sa dernière geisha, et un jeune artiste à qui il demande de peindre de manière très particulière le pied de la jeune femme. Il plongera dans cette demande avec un ravissement balbutiant, ébloui par les penchants qu’il partage avec le vieil homme.

La morale des sens – Vicomte de Mirabeau (Libretto)

Les classiques Olé Olé sont ce mois-ci à l’honneur. Ici un gentillet roman libertin du dix-huitième siècle, par le frère du comte de Mirabeau himself, où l’on suit un jeune homme au fil de ses amours, rencontres, séduction entre deux portes, ou comment les gens de bonne famille occupent leur temps à jouer des coudes pour recueillir les faveurs de l’une ou l’autre. Eau de rose un chouïa pimentée, belles trouvailles dans les tournures et gravures dans le jus de l’époque au menu.

L’enquête infinie – Pacôme Thiellement (PUF)

L e sens de la vie est une énigme qui nous laisse tous, assez unanimement, dans une perplexité infinie. Mais régulièrement il y a des chevaliers qui descendent armés de tout leur courage au fond de la mine des signes et des symboles pour essayer d’y trouver des bribes de signification qui assemblées éclaireront nos jours de pauvres mortels. Pacôme Thiellement est de ces paladins.

Encabanée – Gabrielle Filteau-Chiba (Le Mot et le Reste)

Encabanée, ou l’histoire d’une jeune femme qui claque tout pour aller vivre dans les bois québécois, dans un chalet sans électricité ni eau courante. Sauf que bien vite, le romantisme de la démarche s’envole pour des questions de survie pure car on ne s’improvise pas femme des bois comme ça. Non pas qu’elle l’ignorait mais la rudesse et la solitude sont pleines de surprises.

Le postier – Charles Bukowski

Un roman autobiographique par l’écrivain qui ne l’est alors pas encore et augure pas mal de choses pour la suite à venir du gros dégueulasse qu’il revendiquera plus tard. Ivresse, orgasmes, corps qui trinquent, souffrance, violence, poisse… Un premier cru qui reste assez soft par-rapport aux autres textes de Bukowski mais on est déjà bien dedans quand même.

Blizzard – Marie Vingtras (Editions de l’Olivier)

Alaska. Une tempête s’apprête à faire fureur. Les quelques habitants du bled où nous propulse l’autrice se préparent à se calfeutrer durant plusieurs jours. C’est aussi à ce moment-là que Bess, à l’extérieur, refait ses lacets et perd de vue le garçon de 10 ans qui l’accompagnait. Un huis clos balèze et bien senti en pleine nature qui se mue en portraits de vie, destins contrariés qui imposent des gestes ou en fuir d’autres.