Grise fiord – Gilles Stassart (Rouergue)

Le Grand Nord canadien comme on le lit rarement. Un roman noir, politique, ethnographique, intense. Un roman initiatique qui mue en voyage, abordant les questions de filiation, de croyances, les regrets, les quêtes personnelles. On y lit l’âpreté, la rudesse, la chaleur, et plus concrètement la chasse, la survie, les déplacements en traineaux, les meutes de chiens. Une histoire forte et dramatique, et nous convie à une exploration peu commune et magnifique dans le cercle arctique.

Le corps est une chimère – Wendy Delorme (Au Diable Vauvert)

Wendy Delorme est universitaire, performeuse, activiste féministe queer, écrivaine. Pour ce quatrième roman, elle aborde ce qu’elle connaît bien et défend quotidiennement, les questions d’identité, de genre, de féminin-masculin.  A travers une galerie de personnages, elle parle des minorités en leur donnant corps, pointant qu’elles ne sont en rien des exceptions.

Avec Bastien – Mathieu Riboulet (Verdier)

L’histoire de Bastien, garçon de la campagne épris de Nicolas parti trop tôt, et qui va toute sa vie combler ce manque par l’exploration des corps, l’histoire d’un enfant qui grandit, d’un adolescent devenu adulte, d’un garçon conscient de sa différence, de son attirance pour le même sexe, de sa force de caractère à assumer ses choix, de ses questionnements sur l’identité et la notion de genre. Très fort, très dur et très beau.

Par les rafales – Valentine Imhof (Rouergue)

Alex n’est pas banale, c’est le moins qu’on puisse dire. Jeune femme insaisissable, draguant la discrétion sans pour autant passer inaperçue, elle dissimule les fêlures et les restes de mauvaises rencontres sans pour autant s’en accommoder. Alors elle fait comme elle peut, répondant à un besoin viscéral de s’en libérer, quitte à laisser quelques corps inertes sur son passage. Un roman noir brut, subtil et dépaysant. Une pépite à ne pas laisser filer.

A travers – Tom Haugomat (T. Magnier)

Coup de coeur pour cet album étonnant et bluffant dans lequel nous suivons la vie complète d’un astronaute, par le prisme des regards qu’il porte sur les choses et les événements. Absolument fabuleux !

Asta – Jon Kalman Stefansson (Grasset) #MRL18

Gros coup de cœur pour ce roman absolument sublime. Vraiment un grand moment de littérature. Alors que Sigaldi vient de tomber de l’échelle, ses souvenirs remontent. On apprend sa rencontre avec Helga dans les années 50, leurs filles, l’Islande. Progressivement, les épisodes s’imbriquent et l’on prend la mesure des passions, des prises de bec, des tempéraments volcaniques.

Malaterre – Pierre-Henry Gomont (Dargaud)

Gros coup de cœur pour cet album splendide et fascinant, l’une des très belles surprises de cette rentrée. Un domaine familial en pleine forêt équatoriale, voilà de quoi faire bomber le torse de Gabriel Lesaffre, qui pourra ainsi intégrer le monde des affaires, redonner sa splendeur à la famille, assurer sa succession. Sauf que Gabriel n’est pas un homme des bois et que ses modes de gestions laissent sérieusement à désirer.

La terre des fils – Gipi (Futuropolis)

Le monde d’après. Après quoi, on ne sait pas trop. Toujours est-il qu’un homme tente de protéger tant bien que mal ses fils du passé, de l’avenir, du monde extérieur, de ce qui pourrait les attendre ou les atteindre, d’eux-mêmes peut-être aussi. Gipi frappe fort tout en disant peu et dépeint une parfaite allégorie de ce vers quoi nous tendons. Renversant !

L’origine du monde – Liv Strömquist (Rackham)

Le sexe féminin enfin dépoussiéré ! Et Liv Strömquist ne fait pas les choses à moitié. Auteure de BD, journaliste et militante féministe, elle mélange ses cordes et les codes dans des albums édifiants qui en disent long sur les relations entre les femmes et les hommes. Ici, elle aborde en particulier le sexe féminin et ses représentations. Edifiant et drôle, un incontournable !

Et si l’amour c’était aimer ? – Fabcaro (6 Pieds sous Terre)

Henri et Sandrine forment un couple parfait et sans nuage, jusqu’au jour où Sandrine a le béguin pour le livreur de macédoine. Idylles clandestines, choix tortueux, cœurs qui flanchent, Fabcaro s’en donne à cœur joie en faisant valser tous les codes du roman-photo. Le summun du kitch peut y voir un hommage doré. C’est plein de trouvailles, de jeux de sens, d’absurde et d’humour gras.

L’été circulaire – Marion Brunet (Albin Michel)

Un été dans le sud de la France, la chaleur écrasante qui se profile comme chaque année, les va et vient des ados qui se coulent dans l’insouciance des vacances. Sauf Céline, qui cette année, est enceinte. A 15 ans, ça fait jaser, forcément. Encore un texte fort et remuant de Marion Brunet, qui décidément, décrit avec une grande justesse les remous de la société et les angles morts des chemins pris.

Zaï zaï zaï – un road movie de Fabcaro (6 pieds sous terre)

Un type va faire trois courses en oubliant sa carte de fidélité chez lui. Un manquement grave qui lui vaudra l’appel du vigile, la menace d’une roulade arrière, l’auto-défense avec un poireau, et une chasse à l’homme dans la même veine. Une course poursuite endiablée et absurde qui fait à la fois rire gras et rire jaune. A découvrir absolument !

La lumière de la nuit – de Keigo Higashino (Actes sud)

Osaka dans les années 70. Un prêteurs sur gage est retrouvé assassiné dans un immeuble désaffecté. Une femme est retrouvée asphyxiée au gaz chez elle. Les correspondances entre les affaires restent floues, les enquêtes piétinent, mais l’inspecteur Sasagaki n’est pas près à lâcher le morceau. Epais roman bluffant qui dépeint la société japonaise sur une vingtaine d’années, des années 70 aux années 90. Un polar puzzle foisonnant et captivant.

Bondrée – de Andrée A. Michaud (Rivages)

Eté 67. Les vacanciers ont investi les chalets qui bordent le lac Boundary Pound, au sud du Québec, un îlot de verdure aux allures de réserve naturelle entre lac, bois et montagnes. Un genre de communauté saisonnière s’est formé au fil des années, les barbecues s’animent, les jeunes se retrouvent, expérimentent, profitent de la liberté estivale. Jusqu’au jour où Zaza Mulligan est retrouvée morte près d’un piège à renard. Coup de cœur pour ce roman noir épais, brumeux, enveloppant et non dénué d’humour. A découvrir !

Crache trois fois – Davide Reviati (Ici Même)

Un village italien, des gamins qui ont poussé au gré de leurs trouvailles, sont devenus une bande de potes qui ont tout partagé ou presque. Et Loretta, la fille de gitans, qui n’est jamais loin mais pas tout à fait là, qui intrigue et fout la trouille, et dont on se moque pour mieux se protéger. Davide Reviati signe un roman graphique très fort, navigant entre récit d’apprentissage et histoire du peuple rom, dans lequel il passe au peigne fin le rapport à la différence et le racisme ordinaire qui en découle trop souvent.