Payer la terre – Joe Sacco (Futuropolis)

Joe Sacco, reporter BD passionné et passionnant, a pour habitude de s’attaquer aux gros morceaux de l’Histoire du monde contemporain, ceux du genre pas simples à démêler, à vous coller la chair de poule. Après avoir épluché le conflit entre Israël et Palestine, l’Irak ou la guerre en Bosnie, il revient avec encore un gros morceau, sur la question des ethnies des territoires du Nord-Ouest canadien, juste au-dessous de l’Arctique, avec toute l’humanité, la puissance et le respect que l’on connaît de l’auteur.

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité (éd. du Ricochet)

N’y allons par quatre chemins, si vous avez un.e ado à la maison, achetez ce livre et laisser le trainer dans sa chambre. Myriam Daguzan Bernier a imaginé le livre qu’elle aurait voulu lire adolescente, et elle tombe juste, répondant simplement et sans fards aux questionnements que peuvent se poser les jeunes à un moment ou à un autre. Un texte qui vise l’inclusion, le vivre ensemble, le respect, mais aussi, et la curiosité et le plaisir. Un incontournable !

Un jardin de sable – Earl Thompson (Monsieur Toussaint Louverture)

Roman paru en 1970 aux Etats-Unis, best-seller subversif qui dépeint sans détour les laissés-pour-compte. L’Amérique des années 20-30, la Grande Dépression post crise de 1929, les années Roosevelt, les résidus de la Prohibition et de l’esclavage, sous le regard et le phrasé de Earl Thompson sont acides, empreints d’un réalisme tragique. Gros coup de coeur !

Senso – Alfred (Delcourt)

Un peu de chaleur et d’évasion en ces temps spéciaux, avec ce dernier album d’Alfred, encore une fois très réussi. L’histoire d’une rencontre entre deux inconnus, Germano et Elena, par hasard en off d’un mariage dans un coin d’Italie.

La femme-brouillon – Amandine Dhée (La Contre-allée)

La maternité dite sans fard. La maternité contemporaine, féministe, contradictoire. Amandine Dhée témoigne de son expérience, comme un direct lancé dans les préceptes véhiculés par quiconque à voix au chapitre dans notre société encline au progrès. Elle dit les difficultés à se placer, à se trouver, à profiter tout en sachant garder une part d’égoïsme, maintenir l’individu au-delà du statut. Un texte à faire circuler largement, et pas seulement auprès des (futures) mères, et seulement auprès des femmes…

Mamie Luger – Benoît Philippon (Les Arènes)

Un matin, Berthe, 102 ans, accueille des policiers en intervention devant chez elle à coup de plombs dans le derrière. Soupçonnée d’être complice d’une nouvelle mouture de Bonnie & Clyde, elle est interrogée pour son port d’arme illégal et sa façon peu courtoise de coopérer avec les bleus. La journée va être longue pour l’inspecteur Ventura, d’autant que la perquisition révèle quelques macchabées bien planqués. Revigorant et distrayant. Gros coup de coeur !

Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher (Glénat)

Lubin est voltigeur. Après une chute, il découvre que certaines journées passent à la trappe. Alors qu’au départ, il pense ne faire qu’une grosse cure de sommeil un jour sur deux, il s’aperçoit rapidement qu’une autre facette de lui-même s’exprime, prend ses marques et progressivement prend de l’assurance en vue d’occuper le terrain la majeure partie du temps. Gros coup de coeur pour cette course contre le temps sur fond de dédoublement de personnalité.

Entre ciel et terre – Jon Kalman Stefansson (Gallimard)

L’an dernier, Jon Kalman Stefansson faisait une entrée très remarquée dans mon paysage littéraire avec le fabuleux et renversant Asta. Ici, retour en arrière avec Entre ciel et terre, son premier roman, et également premier volume d’une trilogie. Un récit qui vibre de la poigne des pêcheurs en mer, de ceux qui naviguent sans prendre la peine de savoir nager, et quand bien même, à quoi bon, l’eau est si froide qu’elle vous cueille sans détour. Un roman d’atmosphère enivrant et incroyablement fort.

Corps sonores – Julie Maroh (Glénat)

Après l’incandescente rencontre amoureuse entre deux jeunes femmes dans Le bleu est une couleur chaude, Julie Maroh s’intéresse de nouveau aux sentiments et ébats amoureux dans un genre de recueil de rencontres qui ne laisse pas indifférent. C’est très beau, pluriel, intense. Une belle entracte.

La tuerie – Laurent Galandon et Nicolas Otero (Les Arènes)

A sa sortie de prison, Yannick se fait embaucher dans l’abattoir du coin. Une mission intérim comme une autre, à cela prêt que les conditions de travail sont loin d’être banales, et qu’il n’est peut-être pas là par hasard. Le titre ne fait pas dans la dentelle et nous sommes cueillis dès le départ par un texte glaçant de Guillaume Meurice. On ne s’attend donc pas à une apologie de la bavette échalotes ou du filet américain. La consommation de viande fait débat, et si elle en prend pour son grade ici, il ne s’agit pas d’un positionnement à charge. Les auteurs prennent de la hauteur en insufflant une dimension sociale très forte et un angle polar bien mené.

Le loup – Jean-Marc Rochette (Casterman)

Coup de coeur pour ce récit subjuguant qui nous plonge dans l’intimité de la pleine montagne. Jean-Marc Rochette décrit de manière prodigieuse l’affrontement entre un berger et un jeune loup, la colère qui se mue en haine vengeresse, la patience qui en découle, les forces puisées et amenuisées, la mort […]

En silence – Audrey Spiry (KSTR)

Etonnante et bluffante BD sur une virée en canyoning. Juliette et son compagnon se lancent dans l’aventure, avec un couple et leurs deux filles, et le guide à l’aisance désinvolte. La journée qui s’avère riche en adrénaline le sera doublement puisque la jeune femme, en apprenant à repousser ses limites, […]

Grise fiord – Gilles Stassart (Rouergue)

Le Grand Nord canadien comme on le lit rarement. Un roman noir, politique, ethnographique, intense. Un roman initiatique qui mue en voyage, abordant les questions de filiation, de croyances, les regrets, les quêtes personnelles. On y lit l’âpreté, la rudesse, la chaleur, et plus concrètement la chasse, la survie, les déplacements en traineaux, les meutes de chiens. Une histoire forte et dramatique, et nous convie à une exploration peu commune et magnifique dans le cercle arctique.