A la ligne, feuillets d’usine – Joseph Ponthus

« J’écris comme je pense sur ma ligne de production
divaguant dans mes pensées seul déterminé
J’écris comme je travaille
A la chaîne
A la ligne »

La vie à l’usine, les corps qui morflent, les cadences à tenir, Joseph Ponthus écrit la condition ouvrière dans son jus, avec éloquence, humanité et sensibilité. Un indispensable !

Malaurie, l’appel de Thulé – Malaurie, Makyo, Bihel (Delcourt)

En 1950, le géographe Jean Malaurie fauchait les terres arctiques pour des relevés. Une première expédition d’une année durant laquelle il se retrouvera face à lui-même, remettant en perspective tous ses fondements. Un voyage déterminant pour la suite puisqu’il se spécialisera sur les territoires du Grand Nord, du Groenland à la Sibérie, se fondant progressivement dans les moeurs inuits. Un témoignage passionnant qui résonne encore étrangement avec les questionnements actuels.

L’attaque du Calcutta-Darjeeling – Abir Mukherjee (Gallimard)

Polar indien moite et passionnant qui nous propulse sans tergiversation à Calcutta en 1919. Une sorte de Ian Rankin à l’indienne où l’on se frotte à la fois au contexte social, aux politiques véreux, au colonialisme forcené et aux fumeries d’opium. Du polar historique sans en avoir l’air, très immersif et efficace, à découvrir sans tarder !

Il était une fois dans l’Est – Arpàd Soltész (Agullo)

Un kidnapping qui tourne au vinaigre, des mafieux qui cherchent à arrondir les angles, des flics qui n’ont pas pour habitude de faire dans la dentelle, de la corruption à tous les étages, c’est tout le jus de ce polar musclé bien noir mais non dénué d’humour qui dépeint la Slovaquie des années 90 dans toute sa jovialité.

Lëd – Caryl Férey (Les Arènes)

Immersion dans le cercle arctique sibérien avec ce polar dépaysant à savourer en sirotant une vodka ! Caryl Férey change de cap et nous emmène dans le Grand Nord Sibérien, dans la ville décrite comme la plus pourrie du monde (et nous avons bien envie de le croire !). Un polar socio-ethnologique trépidant dans lequel on plonge totalement, bien mené, aux figures bien campées. Un roman hyper documenté, très instructif autant que révoltant.

Payer la terre – Joe Sacco (Futuropolis)

Joe Sacco, reporter BD passionné et passionnant, a pour habitude de s’attaquer aux gros morceaux de l’Histoire du monde contemporain, ceux du genre pas simples à démêler, à vous coller la chair de poule. Après avoir épluché le conflit entre Israël et Palestine, l’Irak ou la guerre en Bosnie, il revient avec encore un gros morceau, sur la question des ethnies des territoires du Nord-Ouest canadien, juste au-dessous de l’Arctique, avec toute l’humanité, la puissance et le respect que l’on connaît de l’auteur.

La tuerie – Laurent Galandon et Nicolas Otero (Les Arènes)

A sa sortie de prison, Yannick se fait embaucher dans l’abattoir du coin. Une mission intérim comme une autre, à cela prêt que les conditions de travail sont loin d’être banales, et qu’il n’est peut-être pas là par hasard. Le titre ne fait pas dans la dentelle et nous sommes cueillis dès le départ par un texte glaçant de Guillaume Meurice. On ne s’attend donc pas à une apologie de la bavette échalotes ou du filet américain. La consommation de viande fait débat, et si elle en prend pour son grade ici, il ne s’agit pas d’un positionnement à charge. Les auteurs prennent de la hauteur en insufflant une dimension sociale très forte et un angle polar bien mené.

Grise fiord – Gilles Stassart (Rouergue)

Le Grand Nord canadien comme on le lit rarement. Un roman noir, politique, ethnographique, intense. Un roman initiatique qui mue en voyage, abordant les questions de filiation, de croyances, les regrets, les quêtes personnelles. On y lit l’âpreté, la rudesse, la chaleur, et plus concrètement la chasse, la survie, les déplacements en traineaux, les meutes de chiens. Une histoire forte et dramatique, et nous convie à une exploration peu commune et magnifique dans le cercle arctique.

Le corps est une chimère – Wendy Delorme (Au Diable Vauvert)

Wendy Delorme est universitaire, performeuse, activiste féministe queer, écrivaine. Pour ce quatrième roman, elle aborde ce qu’elle connaît bien et défend quotidiennement, les questions d’identité, de genre, de féminin-masculin.  A travers une galerie de personnages, elle parle des minorités en leur donnant corps, pointant qu’elles ne sont en rien des exceptions.

L’araignée de Mashhad – Mana Neyestani (Ça & Là)

Réfugié politique en France, Mana Neyestani continue de dénoncer les travers tragi-comiques de l’Iran. Cette fois, il se base sur une affaire de tueur en série s’attaquant à des prostituées au nom d’une application très personnelle de la charia. Instructif, ahurissant, saisissant. A découvrir !

Les larmes du seigneur afghan – Campi, Zabu, Bourgaux (Dupuis)

Immersion dans le conflit afghan. En 2010, la reporter Pascale Bourgaux se rend une fois de plus en Afghanistan, dans un village au nord du pays où elle a tissé des relations depuis une dizaine d’années, dont une précieuse avec un seigneur de guerre. Elle constate avec sidération que malgré l’assise du bonhomme, le terrain est à deux doigts de se faire récupérer par les talibans. Une BD documentaire instructive. Une bonne entrée en matière pour aborder les conflits au Moyen-Orient et toute la difficulté d’y remédier.