Tibi la blanche – Hadrien Bels (L’Iconoclaste)

Thiaroye, dans la banlieue de Dakar. Trois jeunes dakarois sont à deux doigts de connaître les résultats du bac. Une poignée de jours durant lesquels leurs plans de vie se dessinent, se bousculent, s’interpellent. Quelle prise auront-ils avec leur temps, leurs envies, les attentes familiales, leurs possibilités ? Un roman à l’énergie communicative, une très chouette parenthèse de lecture. Rentrée littéraire 2022

Quand tu écouteras cette chanson – Lola Lafon (Stock)

Entendre la parole d’Anne Frank et des fantômes de l’Histoire. Lola Lafon a passé une nuit au Musée Anne Frank à Amsterdam. Cette expérience, qu’elle pensait déjà forte, sera encore plus retentissante qu’elle ne l’imaginait, l’histoire d’Anne Frank résonnant avec sa propre histoire et ses interrogations quant à la condition humaine et féminine. Un texte très fort, édifiant, retentissant, à découvrir absolument. Rentrée littéraire 2022

Le dernier jour d’un condamné – Victor Hugo

Un homme est condamné à mort. On ne sait ni qui il est, ni pourquoi il est là. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il vient d’être jugé coupable, qu’il est condamné à mort, et que dans son attente insoutenable et il a choisi de livrer ce qu’il traverse dans son journal, à moins qu’il ne s’agisse de se délivrer de toutes ses introspections à deux doigts de le rendre fou. Victor Hugo pose son plaidoyer contre la peine de mort avec une radicalité qui fait grincer les dents de l’époque. Un texte coup de poing qui n’a malheureusement pas pris une ride.

GPS – Lucie Rico (P.O.L.)

Du dialogue pantelant entre une jeune femme et une géolocalisation énigmatique. Ariane, jeune femme tendance hyper anxieuse est invitée par sa vieille amie Sandrine à ses fiançailles dans un bled de banlieue verte. Pour l’accompagner jusque-là, la géolocalisation est partagée, le point rouge guidant et rassurant son cheminement vers le lieu des festivités. Le lendemain, la future épouse a disparut, mais la géolocalisation est toujours active. Et puis un corps est retrouvé. Un texte bien de chez P.O.L., un peu à part, contemplatif et coup de poing à la fois, interrogeant.

Cent ans de solitude – Gabriel Garcia-Marquez

Un couple qui frise avec la consanguinité, une malédiction mystérieuse, un village isolé, des découvertes scientifiques, des inventions extraordinaires, des parties de jambes en l’air, l’inceste jamais loin, une certaine solitude forcément, un brin de surnaturel et beaucoup de tempérament. Cent ans de solitude, récit monumental dans lequel Gabriel Garcia-Marquez dresse la destinée incroyable de la famille Buendia sur sept générations.

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

« Tout portrait qu’on peint avec âme est un portrait, non du modèle, mais de l’artiste. Le modèle n’est qu’un hasard et qu’un prétexte. Ce n’est pas lui qui se trouve révélé par le peintre ; c’est le peintre qui se révèle lui-même sur la toile qu’il colorie. La raison pour laquelle je n’exposerai pas ce portrait, c’est que je crains d’y avoir trahi mon âme. » Redécouverte de ce chef d’oeuvre de Oscar Wilde dans lequel il brosse un portrait assez acide du dix-neuvième siècle britannique et interroge la notion d’esthétique, la tentation du mal et le narcissisme moderne.

Comment j’ai rencontré les poissons / Ota Pavel (Editions Do)

Dans ce recueil devenu un classique de la littérature tchèque, Ota Pavel fait se côtoyer avec une verve étonnante anecdotes routinières, drames de l’Histoire, virages politiques et temps qui passe sans jamais se départir de son humour. Des morceaux choisis de sa propre histoire où il raconte notamment son enfance en Bohème, son père, dragueur invétéré, commercial hors pair et pêcheur besogneux, et la rivière comme compagne de chaque instant.

Tous les hommes du roi – Robert Penn Warren (Monsieur Toussaint Louverture)

On peut avoir toute confiance en Monsieur Toussaint Louverture pour dénicher des pépites de la littérature américaine (mais pas uniquement) et nous les présenter dans un écrin éditorial somptueux. Quand en plus il s’agit de l’un des livres préférés de Jean-Patrick Manchette (dixit le journal du maître), il faut s’y plonger sans se poser de question.

Coup de vent – Mark Haskell Smith (Gallmeister)

Course-poursuite dans les Caraïbes, entre un trader parti avec le magot, sa collègue sur les talons flanquée d’un type chargé des recouvrements pour enquêter à ses côtés. Ça tournera au vinaigre d’ailleurs, l’un d’eux se retrouvant en pleine mer avec les biftons face à une navigatrice en solitaire cupide. Un roman bien barré, distrayant et juteux entre jeux de chat et souris, parties de jambes en l’air et plans foireux. Parfait en guise d’entracte.

Un coeur simple – Gustave Flaubert

Plongeons dans le dix-neuvième siècle encore neuf, aux côtés de la jeune Félicité, fille de ferme tout juste entrée au service de Madame Aubain à Pont-l’Evêque en Normandie. Avant cela, Félicité aurait pu épouser Théodore, si celui-ci n’avait pas finalement choisi une riche veuve pour sauver ses fesses de la conscription. Les plans changés, elle propose son assistance à la veuve Aubain, auprès de qui elle restera jusqu’au bout, voire même un peu plus. Un texte court et fort où l’on plonge dans une époque, un contexte, des lieux, dans la veine réaliste, et où l’on côtoient aussi les semblables de Flaubert et son cadre de vie.

Alexis, suivi de Le Coup de grâce – Marguerite Yourcenar

Dans une longue lettre, Alexis, un jeune musicien, explique enfin à son épouse Monique, pourquoi il la quitte. Il revient ainsi sur son passé, leur rencontre, et comment il s’est glissé dans un rôle qui n’était pas le sien, enfouissant pudiquement ses propres désirs pour mener la vie conventionnelle que l’on attendait de lui. En faisant cela, il porte de profondes interrogations, sur la condition humaine et sur le visage du monde. Magnifique et chavirant.

Ceux qui trop supportent – Arno Bertina (Verticales)

Pendant quatre ans, Arno Bertina est allé à la rencontre des salariés, a recueilli les témoignages de ce combat des hommes face aux stratégies économiques. Un récit documenté et documentaire à teneur littéraire, une gloire à l’intelligence collective, au poids du groupe solidaire face au poids des deniers. Un sacré boulot, et une lecture absolument nécessaire, surtout en ces temps pré-électoraux…

L’Enfer de la Bibliothèque – Eros au secret (BnF)

Coup de projecteur rapide sur ce bien bel objet qui fait parfaitement écho à ce mois de classiques érotiques qui s’achève. Un livre au sommaire évocateur et au contenu tout aussi croustillant, entre histoire des ouvrages licencieux, références littéraires multiples, extraits, illustrations, parenthèse japonaise et modernité. On assiste au pourquoi et au comment avec de nombreuses références à l’appui. Bref, une mine d’or pour qui s’intéresse au sujet.