Le dernier jour d’un condamné – Victor Hugo

Un homme est condamné à mort. On ne sait ni qui il est, ni pourquoi il est là. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il vient d’être jugé coupable, qu’il est condamné à mort, et que dans son attente insoutenable et il a choisi de livrer ce qu’il traverse dans son journal, à moins qu’il ne s’agisse de se délivrer de toutes ses introspections à deux doigts de le rendre fou. Victor Hugo pose son plaidoyer contre la peine de mort avec une radicalité qui fait grincer les dents de l’époque. Un texte coup de poing qui n’a malheureusement pas pris une ride.

Cent ans de solitude – Gabriel Garcia-Marquez

Un couple qui frise avec la consanguinité, une malédiction mystérieuse, un village isolé, des découvertes scientifiques, des inventions extraordinaires, des parties de jambes en l’air, l’inceste jamais loin, une certaine solitude forcément, un brin de surnaturel et beaucoup de tempérament. Cent ans de solitude, récit monumental dans lequel Gabriel Garcia-Marquez dresse la destinée incroyable de la famille Buendia sur sept générations.

Le portrait de Dorian Gray – Oscar Wilde

« Tout portrait qu’on peint avec âme est un portrait, non du modèle, mais de l’artiste. Le modèle n’est qu’un hasard et qu’un prétexte. Ce n’est pas lui qui se trouve révélé par le peintre ; c’est le peintre qui se révèle lui-même sur la toile qu’il colorie. La raison pour laquelle je n’exposerai pas ce portrait, c’est que je crains d’y avoir trahi mon âme. » Redécouverte de ce chef d’oeuvre de Oscar Wilde dans lequel il brosse un portrait assez acide du dix-neuvième siècle britannique et interroge la notion d’esthétique, la tentation du mal et le narcissisme moderne.

Comment j’ai rencontré les poissons / Ota Pavel (Editions Do)

Dans ce recueil devenu un classique de la littérature tchèque, Ota Pavel fait se côtoyer avec une verve étonnante anecdotes routinières, drames de l’Histoire, virages politiques et temps qui passe sans jamais se départir de son humour. Des morceaux choisis de sa propre histoire où il raconte notamment son enfance en Bohème, son père, dragueur invétéré, commercial hors pair et pêcheur besogneux, et la rivière comme compagne de chaque instant.

Un coeur simple – Gustave Flaubert

Plongeons dans le dix-neuvième siècle encore neuf, aux côtés de la jeune Félicité, fille de ferme tout juste entrée au service de Madame Aubain à Pont-l’Evêque en Normandie. Avant cela, Félicité aurait pu épouser Théodore, si celui-ci n’avait pas finalement choisi une riche veuve pour sauver ses fesses de la conscription. Les plans changés, elle propose son assistance à la veuve Aubain, auprès de qui elle restera jusqu’au bout, voire même un peu plus. Un texte court et fort où l’on plonge dans une époque, un contexte, des lieux, dans la veine réaliste, et où l’on côtoient aussi les semblables de Flaubert et son cadre de vie.

Alexis, suivi de Le Coup de grâce – Marguerite Yourcenar

Dans une longue lettre, Alexis, un jeune musicien, explique enfin à son épouse Monique, pourquoi il la quitte. Il revient ainsi sur son passé, leur rencontre, et comment il s’est glissé dans un rôle qui n’était pas le sien, enfouissant pudiquement ses propres désirs pour mener la vie conventionnelle que l’on attendait de lui. En faisant cela, il porte de profondes interrogations, sur la condition humaine et sur le visage du monde. Magnifique et chavirant.

L’Enfer de la Bibliothèque – Eros au secret (BnF)

Coup de projecteur rapide sur ce bien bel objet qui fait parfaitement écho à ce mois de classiques érotiques qui s’achève. Un livre au sommaire évocateur et au contenu tout aussi croustillant, entre histoire des ouvrages licencieux, références littéraires multiples, extraits, illustrations, parenthèse japonaise et modernité. On assiste au pourquoi et au comment avec de nombreuses références à l’appui. Bref, une mine d’or pour qui s’intéresse au sujet.

Le Pied de Fumiko – Junichirô Tanizaki

Poursuivons cette semaine de retour aux classiques pimentés avec l’un des maîtres japonais de la nouvelle, Junichirô Tanizaki. Nous assistons ainsi à la rencontre entre un vieux marchand qui se replie à l’écart de sa famille pour profiter pleinement de sa dernière geisha, et un jeune artiste à qui il demande de peindre de manière très particulière le pied de la jeune femme. Il plongera dans cette demande avec un ravissement balbutiant, ébloui par les penchants qu’il partage avec le vieil homme.

La morale des sens – Vicomte de Mirabeau (Libretto)

Les classiques Olé Olé sont ce mois-ci à l’honneur. Ici un gentillet roman libertin du dix-huitième siècle, par le frère du comte de Mirabeau himself, où l’on suit un jeune homme au fil de ses amours, rencontres, séduction entre deux portes, ou comment les gens de bonne famille occupent leur temps à jouer des coudes pour recueillir les faveurs de l’une ou l’autre. Eau de rose un chouïa pimentée, belles trouvailles dans les tournures et gravures dans le jus de l’époque au menu.

Le postier – Charles Bukowski

Un roman autobiographique par l’écrivain qui ne l’est alors pas encore et augure pas mal de choses pour la suite à venir du gros dégueulasse qu’il revendiquera plus tard. Ivresse, orgasmes, corps qui trinquent, souffrance, violence, poisse… Un premier cru qui reste assez soft par-rapport aux autres textes de Bukowski mais on est déjà bien dedans quand même.

Les sorcières de Salem – Arthur Miller

Les histoires qui disent l’Histoire sont à l’honneur ce mois-ci pour le retour aux classiques. Ici, un pan de l’Histoire qui remonte à la fin du dix-septième siècle, alors qu’une chasse aux sorcières sévit aux abords de Salem dans le Massachussets. En 1692, 22 personnes seront exécutées pour soupçon de sorcellerie, pratique faisant un peu désordre dans une société au puritanisme un brin chatouilleux.

Frankie Addams – Carson McCullers

Avec Frankie Addams, l’autrice célèbre l’adolescence dans toute sa complexité. Un thème qui lui est cher et qui occupe ici le devant de la scène, dans toute sa splendeur et ses tiraillements, avec le portrait franc et subtil d’une adolescente de douze ans pour qui le mariage de son frère cristallise en quelque sorte tous ses questionnements, ses envies, ses rejets. Trois jours durant lesquels elle va se projeter, rêver, changer, s’en prendre dans les dents aussi.

L’Astragale – Pandolfo & Risbjerg (Sarbacane)

Cavale, tapin et passion amoureuse dans le Paris des années 50-60. Très beau portrait d’une jeune femme volontaire portée par l’amour et la soif de liberté, qui se questionne, se remet en question et se donne les moyens sans faillir. Anne, un personnage à l’image d’Albertine, amoureuse autant qu’insoumise, butée, révoltée ou encore rêveuse à ses heures. BD tirée du roman d’Albertine Sarrazin.

Nouvelles de prison – Albertine Sarrazin (Le Chemin de fer)

Albertine Sarrazin, une autrice déterminée et affirmée à la vie trop courte et à l’oeuvre remarquable. Ses récits conjuguent verve argotique, poésie, regard franc et une certaine finesse audacieuse dans la langue. Dans ces Nouvelles de prison, elle décrit des scénettes d’un quotidien carcéral rythmé par le travail de couture, les jours de lessive, le café ou les fêtes de Noël. Des épisodes au cours desquels nous croisons co-détenues et surveillantes, amies sincères ou compagnies détestables. Un quotidien en huis clos qu’elle relate avec légèreté, humeur et humour, décrivant ce qui s’y noue et ce qui se joue, dans ce décor qu’elle côtoiera durant huit ans.

Thérèse et Isabelle – Violette Leduc

Violette Leduc a beaucoup officié dans l’autobiographie, racontant notamment ses émois, ses amours, sa manière d’être femme à travers son histoire. Dans Thérèse et Isabelle, elle relate une histoire d’amour qui durera trois jours et trois nuits, lors de son passage au pensionnaire de Douai dans les années 20. Thérèse a alors quatorze ans et ses sens encore balbutiants vont littéralement flamber avec impétuosité.

Des souris et des hommes – John Steinbeck mis en images par Rébecca Dautremer (Tishina)

Faut-il encore présenter Des souris et des hommes ? Dans ce court roman qui pose les jalons des Raisins de la colère, John Steinbeck mettait déjà le paquet, avec ce duo improbable et bouleversant, entre Lennie Small le simple d’esprit à la corpulence massive impressionnante, le coeur sur la main et la main aussi tendre que dévastatrice, et George Milton, à la carrure plus resserrée, comme asséchée par la discrétion, la prudence et l’inquiétude, un type débrouillard qui fait figure d’autorité pour son acolyte. Un roman présenté ici dans la splendide version illustrée de Rébecca Dautremer.