Viendra le temps du feu – Wendy Delorme (Cambourakis)

On n’attendait pas forcément Wendy Delorme dans un virage dystopique et pourtant ça lui va comme un gant ! 
Wendy Delorme est universitaire, performeuse, activiste féministe queer, écrivaine. Dans ce nouveau roman, cinq figurent s’articulent, Ève, Louise, Rosa, Raphaël, Grâce. Par leurs regards et leurs luttes se déploie un flamboyant et incandescent roman, très sororal, qui se tisse de part et d’autre du fleuve où tout s’est joué et où tout reste à faire. 

Nellie Bly – Dans l’antre de la folie – Ollagnier et Maurel (Glénat)

Très chouette adaptation du récit de la journaliste Nellie Bly paru à la fin du dix-neuvième siècle, s’appuyant sur son internement à l’asile de Blackwell, New York. Dans ce reportage, Nellie Bly pointe les dérives de l’autorité par charité publique, la bonté qui se mue en coups et torture, la folie qui guette comme repli, et l’argent qui entre dans certaines poches au détriment de sa destination initiale, par cupidité, simple profit ou étroitesse d’esprit qui ici, sous couvert d’aliénation mentale, se permet bien des choses.

A la ligne, feuillets d’usine – Joseph Ponthus

« J’écris comme je pense sur ma ligne de production
divaguant dans mes pensées seul déterminé
J’écris comme je travaille
A la chaîne
A la ligne »

La vie à l’usine, les corps qui morflent, les cadences à tenir, Joseph Ponthus écrit la condition ouvrière dans son jus, avec éloquence, humanité et sensibilité. Un indispensable !

Les orageuses – Marcia Burnier (Cambourakis)

Premier roman de la magnifique collection Sorcières chez Cambourakis qui publie habituellement des essais soutenant des regards du féminisme résistant et revendicatif, et faisant lumière sur des voix qui expérimentent, disent autrement, et que l’on lit encore peu. Ici un roman qui se place directement dans ce sillage, avec un texte fort sur un sujet tristement presque banal et pourtant encore bâillonné au possible, le viol. Un très beau texte, fort, pudique et sororal, qui dit les doutes, les maladresses et la douleur qui rendent bancales, et encore plus si on les glisse sous le tapis.

Chavirer – Lola Lafon (Actes sud)

Lola Lafon donne voix aux colères assourdies, aux corps tus par ces gestes que ne devraient pas, ces mots qui auraient pu, et cette temporalité qui réveille et révèle, enfin. En 1984, Cléo a treize ans, elle danse, elle rêve, et elle accepte, de jouer le jeu pour une fondation énigmatique, qui saurait lui donner des ailes, si seulement. La prédation sans scrupules, qui fauche en plein vol, cette ère où les bruits couraient sans retenir l’écho, qui éclate un peu plus maintenant. Et cette culpabilité qui fige et creuse. Lola Lafon, tellement puissante, encore une fois. Rentrée littéraire 2020

[Rentrée littéraire 2020] La grâce et les ténèbres – Ann Scott (Calmann Levy)

Dans son dernier roman, Ann Scott nous plonge dans la lutte souterraine contre le terrorisme, où l’on reste en apnée sans tellement d’échappatoire. Un roman dense et très documenté sur ceux qui scrutent les djihadistes sur les réseaux sociaux en vue de les annihiler ou en tout cas déjouer leurs funestes prévisions.

Tout nu ! Le dictionnaire bienveillant de la sexualité (éd. du Ricochet)

N’y allons par quatre chemins, si vous avez un.e ado à la maison, achetez ce livre et laisser le trainer dans sa chambre. Myriam Daguzan Bernier a imaginé le livre qu’elle aurait voulu lire adolescente, et elle tombe juste, répondant simplement et sans fards aux questionnements que peuvent se poser les jeunes à un moment ou à un autre. Un texte qui vise l’inclusion, le vivre ensemble, le respect, mais aussi, et la curiosité et le plaisir. Un incontournable !

La femme-brouillon – Amandine Dhée (La Contre-allée)

La maternité dite sans fard. La maternité contemporaine, féministe, contradictoire. Amandine Dhée témoigne de son expérience, comme un direct lancé dans les préceptes véhiculés par quiconque à voix au chapitre dans notre société encline au progrès. Elle dit les difficultés à se placer, à se trouver, à profiter tout en sachant garder une part d’égoïsme, maintenir l’individu au-delà du statut. Un texte à faire circuler largement, et pas seulement auprès des (futures) mères, et seulement auprès des femmes…

Symphonie carcérale – Romain Dutter (Steinkis)

Romain Dutter a été coordinateur culturel à Fresnes pendant une dizaine d’années. Dans ce premier roman graphique, il revient sur son parcours, son côté baroudeur d’abord, qui l’a mené au Honduras où le hasard l’a conduit à travailler dans une prison pour occuper le temps des détenus, expérience qui a forcément été déterminante dans la suite de l’histoire. Une BD originale, passionnante, instructive et non sans humour.

La maison – Emma Becker (Flammarion)

Roman coup de poing, déculotté, féministe, pro-sexe et forcément remarqué dans cette rentrée littéraire. Emma Becker est autrice et journaliste. Ça faisait un moment qu’elle s’intéressait à la condition prostituée, et a poussé ses questionnements à son paroxysme en devenant elle-même l’une d’elles. Un texte dense, pointilleux, qui ne mâche pas ses mots, intéressant à découvrir, quelque soit son positionnement sur la question.

Corps sonores – Julie Maroh (Glénat)

Après l’incandescente rencontre amoureuse entre deux jeunes femmes dans Le bleu est une couleur chaude, Julie Maroh s’intéresse de nouveau aux sentiments et ébats amoureux dans un genre de recueil de rencontres qui ne laisse pas indifférent. C’est très beau, pluriel, intense. Une belle entracte.

Appelez-moi Nathan – Catherine Castro & Quentin Zuttion (Payot Graphic)

Lila ne s’est jamais franchement sentie fille. Pas même garçon manqué. Plutôt garçon tout court. Si pendant l’enfance, la différence ne se fait pas encore trop sentir, les choses se compliquent à l’adolescence, entre hormones et éveil et seins qui poussent, qui la mettent au pied du mur face à son identité. Car il ne s’agit pas juste de fuir les robes légères et de préférer le foot à la danse, Catherine Castro et Quentin Zuttion nous parlent bien de dysphorie de genre. Un très bel album à faire circuler.