La maison des absents – de Tana French

Dans la banlieue de Dublin, la famille Spain est retrouvée dans un bain de sang. Le père et les deux enfants sont morts. La mère est grièvement blessée. L’inspecteur Mike Kennedy, avec sous son aile de tout nouvel inspecteur Richie Curran, est chargé de conduire les recherches. Drame familial ? Règlement de compte ? Crime crapuleux ? Mauvaise rencontre ? Les premières conclusions restent obscures, les pièces ne s’imbriquent pas comme elles le devraient, les éléments ne sont pas clairs, l’enquête piétine.

La maison des Spain est située dans ce que l’on pourrait appeler un lotissement fantôme dans la banlieue de Dublin, un nouveau quartier construit au pied de l’océan, paradisiaque sur le papier mais loin de l’être dans la réalité. Les constructions sont de piètre qualité et la totalité du projet n’a même pas abouti. Les Spain se sont manifestement attachés à cette maison, toujours proprette et bien soignée. Pourtant, les policiers observent rapidement de gros trous dans certains murs et constatent l’installation de caméras et moniteurs vidéos dans la maison.

Si Tana French aborde le contexte social et économique de l’Irlande, la crise immobilière, le chômage, ces sujets restent assez anecdotiques. C’est davantage un élément du paysage qu’un personnage à part entière comme ça peut l’être dans les romans d’Adrian McKinty par exemple (lire absolument Une terre si froide, aux éditions Stock).
Tana French s’attache davantage aux répercussions de ce contexte sur l’humain, sur cette famille. Elle gratte le vernis qui recouvre la famille modèle.

C’est une tragédie familiale, que nous découvrons au fil de l’enquête que l’on suit progressivement. La construction est assez classique et manque un peu d’originalité, avec le vieux routard de flic resté sur le bord de la route et le jeune premier qu’il doit former. Les personnages sont assez lisses (un peu trop), on peut trouver quelques longueurs, mais ce roman reste agréable à lire, bien écrit, bien mené, Tana French maîtrise l’art du suspense.
A lire sur la plage (ce n’est pas la saison mais ça viendra).

« Je n’ai jamais pitié des gens que je croise au cours de mes enquêtes. La pitié vous valorise à vos propres yeux, vous pousse à vous surestimer. Mais ceux à qui vous la témoignez s’en moquent. Dès que vous commencez à ressentir ce que les victimes ont subi, vous perdez vos moyens. Vous devenez faible. Vous avez du mal à vous lever le matin parce que la perspective d’aller travailler vous révulse, ce qui n’est d’aucun secours pour personne. Je consacre mon temps et mon énergie à apporter des réponses ; pas des paroles de réconfort ou du chocolat chaud.
Si je devais cependant éprouver de la compassion, je la réserverais aux familles des victimes. Comme je venais de le dire à Richie, quatre-vingt-dix-neuf pour cent des victimes n’ont aucune raison de se plaindre : elles ont eu exactement ce qu’elles cherchaient. Les familles, elles, n’ont pas demandé à vivre l’enfer où elles se trouvent projetées. Je réfute le cliché selon lequel tout est de la faute de maman si le petit Jimmy est devenu un junkie et un dealer assez débile pour éventrer son fournisseur. Peut-être ne l’a-t-elle pas vraiment aidé à se réaliser. Et alors ? Mon enfance m’a laissé, moi aussi, face à des problèmes. Ai-je fini pour autant avec deux balles dans la nuque tirées par un caïd de la drogue ? J’ai vu un psy pendant deux ans, pour m’assurer que mes problèmes ne me submergeraient pas. Pendant ce temps, j’ai saisi le monde à bras-le-corps, parce que je suis adulte et que ma vie ne dépend que de moi. Si je me fais un jour défoncer la tronche, j’en porterai l’entière responsabilité. Et les miens, qui n’y seront pour rien, devront ramasser les morceaux.
Voilà pourquoi je me blinde devant les familles. Rien n’est plus destructeur que la compassion. »

La maison des absents / Tana French. Calmann Levy, 2013
Dispo également en poche chez Points

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