Malgré tout – Jordi Lafebre (Dargaud)

Disons-le tout net, je ne suis pas très fleur bleue mais cette histoire-là m’a fait le cœur tout chamallow. Alors qu’il officie habituellement aux côté de l’efficace Zidrou, Jordi Lafebre signe ici un premier album en solo qui rassemble tout ce que l’on attend d’une bonne comédie, romantique qui plus est, avec humour, légèreté, aventure, et l’amour bien sûr à la fin.

Sauf que la fin ici, se joue dans les premières cases, et que l’on va remonter progressivement ce qui s’est joué au fil du temps, l’histoire de deux âmes sœurs aux planètes non alignées, qui ont préféré faire leur vie au gré de leurs envies plutôt que tenter l’aventure et s’enfermer dans l’amertume des regrets. Un fil ténu va pourtant se maintenir, et qui sait, plus tard, sur le tard, il sera bien toujours temps de profiter de cette passion qui a botté en touche pendant près de quarante ans.

On remonte ainsi le fil des ans, des moments où ce n’est pas encore le moment, ces hasards qui mettent la puce à l’oreille mais où les événements suivent leur cours, presque inexorablement.

Ana voulait être une Maire impliquée dans sa commune, guider le navire en garder le pied à terre. Zeno voulait vivre au gré des flots et de ce qu’il trouverait au bout, terminer sa thèse, empoussiérer sa librairie et penser le temps à contre-courant. Entre notes de services et bouteilles à la mer, actes manqués et heureuses coïncidences, près de quarante années d’amour fou non revendiqué, idylle fantasmée et pourtant inébranlable qui les accompagnera chacun dans un coin de leur esprit.

On s’attache et l’on s’imagine bien ce qui se trame, les dés sont jetés d’ailleurs, mais l’on se prend au jeu sans détour, dans cette comédie romantique efficace qui célèbre la liberté, l’individualité et les contre-allées.

Une petite parenthèse chamallow mais pas guimauve, qui fait voyager et s’émouvoir. Alors oui, c’est parfois un brin caricatural, un peu cousu de fil blanc, mais la construction est originale et tient bien la distance. Pas mal de détails, d’allusions, de cailloux jetés ici et là se retrouvent progressivement et ajoutent de l’épaisseur à cette histoire toute simple. Graphiquement, on retrouve le trait élancé et dynamique qui fait le jus de Jordi Lafebre, les personnages expressifs, et les situations qui parlent d’elles-même. Ça se lit tout seul et on s’y niche sans broncher, tentez.

Malgré tout
Jordi Lafebre
Clémence Sapin
Dargaud
2020
150 pages

Cette semaine, rendez-vous est pris chez Moka
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12 commentaires sur “Malgré tout – Jordi Lafebre (Dargaud)”

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