Sarraute vs Sagan

Ce mois-ci pour le retour aux classiques impulsé toujours avec panache par Moka, place à une battle entre Nathalie Sarraute et Françoise Sagan. A parcourir leurs bibliographies, je ne pense jamais avoir lu l’une ou l’autre, en tout cas le souvenir n’est pas suffisamment probant pour sembler réaliste…

Première rencontre dirons-nous donc, et autant dire que pour l’une comme pour l’autre, la lecture a été un peu laborieuse…

Dans Tropismes, écrit dès 1932 mais paru en 1939, Nathalie Sarraute construit un exercice de style autour de la notion scientifique du même nom, indiquant une « réaction d’orientation avec déplacement provoquée et dirigée par un stimulus externe de nature physique ou chimique. En vingt-quatre séquences, elle saisit le mouvement d’instants bousculés par une présence ou une parole, des scènes du quotidien resserrées dans la fulgurance d’un souffle, dans une forme qui flirte avec la poésie. Si j’ai pu apprécier d’en lire certaines à voix haute, pour le plaisir de savourer ce jeu de langue aux contours un peu bruts, j’avoue avoir à de nombreuses reprises décroché, comme perdue dans ces ellipses qui ne laissaient que de pâles souvenirs à peine la page tournée. Une lecture un peu poussive donc de ce texte qui marque les prémices du Nouveau roman, genre que je creuserai probablement à l’occasion d’un prochain rendez-vous classique, ne serait-ce que pour nourrir ma curiosité, à défaut de m’attendre à ressentir un certain plaisir.

« Quelquefois le cri aigu des cigales, dans la prairie pétrifiée de soleil et comme morte, provoque cette sensation de froid, de solitude, d’abandon dans un univers hostile où quelque chose d’angoissant se prépare.
Étendu dans l’herbe torride, on reste sans bouger, on épie, on attend. »

Face B, Françoise Sagan, avec De guerre lasse, un triangle amoureux dans la France de 1942. Jérôme et Alice, résistants en quête d’un point de chute en zone libre, se rendent chez Charles Sambrat, chef d’entreprise dans le Dauphiné et vieil ami de Jérôme. Grand coureur de femmes et d’aventures amoureuses sans lendemain, Charles accueillera le couple à bras ouverts et le futal en feu à la découverte d’Alice qu’il ne cessera de courtiser avec de la bave aux lèvres à peine ramassée.

Après la lecture de Tropismes de Sarraute, la fluidité de ce roman m’a emportée un temps, malgré un certain ennui pointant face à une intrigue un peu légère et des personnages fort stéréotypés pas très palpitants. En somme Françoise Sagan aurait pu faire un roman historique, un triangle amoureux ou un roman politique, mais force est de constater que les trois font flop. C’est à la fois trop et pas assez, trop surjoué, trop effleuré, trop superficiel, un peu tiédasse… ça se lit rapidement mais qu’en restera-t-il ?

« C’est ainsi qu’au lieu d’évoquer des jours de soleil, des terrasses de cafés, des femmes innombrables, des marronniers, des orchestres, des aubes, toute une ville, le nom de Paris, n’évoqua plus pour Charles Sambrat q’une chambre d’hôtel dans la pénombre, et le profil d’une seule femme : le coeur est un mauvais touriste. »

Une battle un peu poussive donc, mais qui m’aura permis de prendre le temps de découvrir davantage ces autrices.

Prochaine battle le mois prochain entre Jack London et Ernest Hemingway… Rendez-vous fin avril pour le palmarès !


Retrouvez ici les autres titres lus par les participant.e.s.

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3 commentaires sur “Sarraute vs Sagan”

  1. Chacune en a pour son grade
    C’est bien d’avoir joué le jeu de la battle malgré un (très) petit plaisir de lecture. J’espère que la battle du mois prochain sera meilleure (je n’en doute pas !)

  2. Merci d’avoir joué le jeu (et à ce point dans les temps, je suis bluffée.) C’est drôle de voir que le choix de l’œuvre de Sagan se porte quasiment sur un même titre alors que ses écrits son assez nombreux. C’est Vanessa qui s’en sort le mieux face à votre déconvenue littéraire avec Lolo !
    Rendez-vous le mois prochain !

  3. Pas d’adhésion véritable ni pour l’une ni pour l’autre, si j’ai bien compris 🙂 Je n’ai jamais réussi à jouer le jeu de la battle à fond (j’ai choisi Sarraute mais j’avais déjà lu Sagan il y a quelques années).

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