Le chien noir – Lucie Baratte (Editions du Typhon)

Lucie Baratte nous invite à entrer dans l’univers d’un Barbe bleue revisité, mêlant essences classiques et contemporaines, finesse littéraire, angoisse macabre oppressante et obsessionnelles. Le chien noir s’impose sans trembler dans la veine de la littérature gothique dans la pure tradition du genre, enveloppante et délicieusement flippante.

Noir volcan – Cécile Coulon (Castor Astral)

La poésie de Cécile Coulon reflète les étapes, les rencontres, les lieux qui façonnent, la puissance des sentiments, avec cette langue saisissante qui dit si justement les choses sans en faire des caisses. C’est de la délicatesse qui a de la poigne. Comme dans ses romans en somme, mais on plus resserré, comme une photographie qui en dit long. Avec trois poèmes à écouter.

Vanda / Marion Brunet (Albin Michel)

Autant dire les choses comme elles sont. Vanda, c’est l’une des claques de ce déconfinement. La dernière à m’avoir fait autant tordu les boyaux à sa lecture est Sandrine Collette dans Les larmes noires sur la terre. Je reste fascinée et presque sans voix devant cette justesse sur la violence sociale et sociétale dont ces autrices font preuve, avec des mots à la fois directs et flamboyants, sans misérabilisme mais avec poigne, et où l’on entraperçoit même une certaine fierté. Quel talent de savoir restituer cette brutalité, et en même temps tout l’amour, bancal mais si fort.

Rose royal – Nicolas Mathieu (IN8)

Nicolas Mathieu a encore peu publié, mais s’est très vite fait remarqué. Premier roman adapté en série télévisée (Aux animaux la guerre), deuxième roman couronné par le Goncourt (Leurs enfants après eux), et ce troisième, novella glaçante qui pointe les violences conjugales, la perversion narcissique, l’ombre du féminicide planqué dans un coin de salon. Un diamant noir brut !

La fortune des Rougon – Emile Zola

Retour impromptu aux classiques pour moi sous l’impulsion bienheureuse de Moka et Fanny qui proposent que l’on se relise un classique par mois. Retour à Zola donc, pas lu depuis le lycée, avec ce premier volume des Rougon-Macquart, histoire de remettre un peu la généalogie familiale à plat. Condition sociale et humaine, moeurs, appât du gain, misère, mesquinerie, ivrognerie, retournage de veste, mais aussi revendications, ambitions tâtonnantes et amours contrariées, font le jus de ce roman fabuleusement naturaliste.

De pierre et d’os – Bérengère Cournut (Le Tripode)

Les Inuits ont longtemps parcouru le cercle Arctique, se déployant et se retrouvant, au fil des saisons, des réserves, des événements. Avec ce roman, nous y entrons par la survie d’une jeune fille retrouvée seule, séparée en pleine nuit de sa famille par la fissure de la banquise. Un récit initiatique rythmé par les chants gutturaux et poétiques qui nous plonge dans une parenthèse hors du temps.

Joueuse – Benoît Philippon (Les Arènes)

Vous voyez les films noirs tendance mafia, arrières salles enfumées, méchants très méchants, politiques véreux et bluff à tous les étages ? Benoît Philippon en a fait le jus de son dernier roman, un polar efficace qui ne fait pas dans la dentelle, mais avec tout de même un petit coeur tendre planqué quelque part. Un polar très divertissant avec des dialogues truculents et des scènes juteuses. Par l’auteur de l’immanquable Mamie Luger ! A découvrir !

La femme-brouillon – Amandine Dhée (La Contre-allée)

La maternité dite sans fard. La maternité contemporaine, féministe, contradictoire. Amandine Dhée témoigne de son expérience, comme un direct lancé dans les préceptes véhiculés par quiconque à voix au chapitre dans notre société encline au progrès. Elle dit les difficultés à se placer, à se trouver, à profiter tout en sachant garder une part d’égoïsme, maintenir l’individu au-delà du statut. Un texte à faire circuler largement, et pas seulement auprès des (futures) mères, et seulement auprès des femmes…

Mamie Luger – Benoît Philippon (Les Arènes)

Un matin, Berthe, 102 ans, accueille des policiers en intervention devant chez elle à coup de plombs dans le derrière. Soupçonnée d’être complice d’une nouvelle mouture de Bonnie & Clyde, elle est interrogée pour son port d’arme illégal et sa façon peu courtoise de coopérer avec les bleus. La journée va être longue pour l’inspecteur Ventura, d’autant que la perquisition révèle quelques macchabées bien planqués. Revigorant et distrayant. Gros coup de coeur !

La maison – Emma Becker (Flammarion)

Roman coup de poing, déculotté, féministe, pro-sexe et forcément remarqué dans cette rentrée littéraire. Emma Becker est autrice et journaliste. Ça faisait un moment qu’elle s’intéressait à la condition prostituée, et a poussé ses questionnements à son paroxysme en devenant elle-même l’une d’elles. Un texte dense, pointilleux, qui ne mâche pas ses mots, intéressant à découvrir, quelque soit son positionnement sur la question.