2025 ne m’aura guère vue sur ce site… pourtant les statistiques de consultation restent plutôt bonnes, et au vu des navigations sur le site, je constate qu’il ne s’agit pas seulement de robots, dont acte, tentons de reprendre le rythme des chroniques ici.
2025 a été encore une fois riche en lecture sans pour autant compter énormément de coups de coeur ni de gros chavirements. Il était malgré tout difficile de n’en sélectionner qu’une poignée alors voici une quinzaine de titres qui m’ont marquée cette année et qui feront je l’espère, grossir votre pile à lire ou votre liste d’envies. Des romans surtout, de la poésie et quelques essais…
La figure / Bertrand Belin. POL
La figure, celle d’un père, et celle de celui qui cherche à s’en préserver. Des portraits qui se croisent, et ce qu’il en reste bien des années après. Une poésie distancielle pour révéler autant que camoufler.
Bertrand Belin, je ne le connais que peu, presque de nom seulement, quelques morceaux mais pas plus. Je le découvre donc, alors qu’il revient sur la figure d’un père, d’un chef de famille même puisqu’il le nomme ainsi, en tout cas quelqu’un qu’il a désiré tenir à distance autant que possible. Il convoque ce déménagement passé où il a choisit de rester en bas de l’immeuble, de ne pas se joindre au reste de la famille, de rester spectateur de cette unité qui aurait dû faire socle.
Le plausible s’échappe dans un désir de fuite et de tacle. Cet enfant qui décide de rompre, de se détacher de la violence subie, de prendre ses distances, et pourtant si peu suffisamment.
Un imposant et bouleversant roman.
Chiens de Ozarks / Eli Cranor. Sonatine
Taggard, en Arkansas. Jeremiah Fitzjurls, vétéran du Vietnam, donne tout ce qu’il peut pour élever sa petite fille Joanna pendant que son fils croupit en taule et que sa belle-fille a pris la tangeante. Une vie quasi en huis clos dans la casse automobile familiale pour se préserver au mieux du monde hostile. Et Jérémiah en sait quelque chose, des drames qui fauchent à la volée. Pourtant les suprémacistes blancs du coin, dealeurs de meth à leurs heures, lorgnent sur la jeune fille et ils n’ont pas pour habitude de faire dans la dentelle. Elle non plus ceci dit.
Un roman noir comme je les aime, avec du méchant très méchant qui se prend aussi les pieds dans le tapis. Les personnages sont bien campés, l’intrigue prenante et le duo Jeremiah / Joanna est juste parfait.
Sorcières et sorciers, histoire et mythes / Michelle Zancarini-Fournel. Libertalia
La sorcière a le vent en poupe, sa figure se fait toujours plus féministe et son histoire un combat de tous les temps on ne peut plus d’actualité. Sauf que si les données sont biaisées, autant dire que ça dessert la cause… Alors l’historienne Michelle Zancarini-Fournel a décidé de mettre les pieds dans le plat avec ce petit essai aux allures de lettres aux jeunes féministes. Elle y retrace notamment l’histoire de la sorcellerie dans les grandes lignes, ce que l’on en sait et ce qui s’en est dit au fil du temps, même lointain, en fonction des sources recontextualisées. Elle réintroduit la figure du sorcier, qui n’était pas qu’une vue de l’esprit, se penche sur les réalités des chasses aux sorcières, interroge les stéréotypes à la dent dure et revient sur le virage politique des années 70 jusqu’à l’engouement plus récent. Confronter les sources lui permet de pointer les failles dans les discours qui perdurent aujourd’hui et les dérives et les aberrations quant à l’appropriation de faits historiques aux angles bien arrondis pour pouvoir coller à des causes qui sont, en fait, bien éloignées du sujet… C’est hyper intéressant et éclairant donc, précis et concis, et plus largement une bonne invitation à s’interroger sur cette fâcheuse tendance à l’imprécision scientifique qui, mêlée à un dépérissement de la mise en doute, conduit à la mort du débat.
L’honorable collectionneur / Lize Spit. Actes Sud
Dans un village flamand des années 90, le même que dans Débâcle, précédent roman de l’autrice, Jimmy, 11 ans, est pote depuis peu avec Tristan, réfugié kosovar en exil avec sa famille. Alors que Jimmy se réjouit d’une soirée pyjama imminente, la réalité va les rattraper et faire flancher les attentes et les certitudes.
J’avais hâte de découvrir ce roman après le très bon Débâcle. Un texte plus resserré ici, toujours autour d’une histoire d’amitié qui va se frotter à l’intensité de l’adolescence et aux injustices du monde. Il y a un côté un peu inéluctable dans les bouquins de Lize Spit, on s’attend bien à ce que tout se fonde dans le tragique et pourtant on se fait cueillir.
La maison noire / Yûsuke Kishi. 10-18
Chouette intrigue avec comme enquêteur un employé d’une société d’assurances chargé d’étudier les indemnisations des victimes d’accidents. Très bon polar, bien ficelé, avec une tension fine et efficace.
Grindadrap / Caryl Férey. Gallimard
Pas mon préféré de l’auteur mais ce roman m’a suivit en Irlande alors…
Iles Féroé. Une traditionnelle tuerie de cétacés, des marins dans le viseur de Sea Shepherd, une tempête qui gagne du terrain, Caryl Férey sait nous emmener dans son sillage et livre des passages magnifiques sur des scènes à pâlir. C’est trépidant et révoltant, un bon cru en somme mais avec quelques bémols où l’on a juste envie de lui demander des comptes… mais allez, je ne suis pas rancunière…
La nuit ravagée / Jean-Baptiste Del Amo. Gallimard
Alors là, gros coup de coeur de l’année, et j’en avais d’ailleurs déjà parlé là.
Seul le silence / R.J. Ellory. Sonatine
Très bon polar historique entre meurtres en série non élucidés et égrainent les années du jeune Joseph, et seconde guerre mondiale vue des Amériques. Haletant, passionnant et profondément marquant.
Baignades / Andrée A. Michaud. Rivages
Un roman noir social bien bad-trippant. Comme à son habitude, l’autrice nous régale avec un roman bien noir, conjuguant forêt, tergiversations familiales, tournures dramatiques poussant les protagonistes dans leurs retranchements et questionnant aussi notre propre rapport aux éléments, et tout cela avec une écriture québécoise dans son jus chantant et dépaysant.
Le monde est fatigué / Joseph Incardona. Finitude
Les romans de cet auteur sont faits de noirceur, d’âmes brisées, d’images cinématographiques, de dialogues dignes de punchline bien senties, un phrasé particulier, de la mélancolie, de la poésie, une certaine musicalité, et notre société passée au peigne fin. Ici le mythe de la sirène est revisité de manière très actuelle, abordant le corps des femmes, l’écologie, les machines à fric… une chouette parenthèse qui laissera sa trace.

Le livre de Kells / Sorj Chalandon. Grasset
Cet auteur a décidément tout ce qu’il faut de pudeur, d’humilité, d’empathie et de modestie pour faire de ses romans autobiographiques de grands romans qui partagent un bout d’Histoire. Le désespoir, les doutes, les aspirations, Chalandon fait le portrait d’une jeunesse, d’une époque, d’un engagement. Il nous emmène dans son sillage et encore une fois c’est brillant, noir brillant.
Cordon tombe / Aurélie Olivier. Editions du commun
Aurélie Olivier était entrée en trombe dans la poésie avec son livre Mon corps de ferme en 2023. Elle abordait alors avec force le milieu agricole dans le lequel elle a grandit, le détachement nécessaire d’une famille, les télescopages insidieux qui rendent la vie caillouteuse. Dans Cordon tombe, elle aborde le déni de grossesse dont elle est issue, et met sur la table ce sujet si peu abordé et pourtant loin d’être anecdotique. Une poésie sociale et nécessaire qui fait bouger les lignes.
Transatlantique / Camille Corcéjoli. La Contre-allée
Une histoire d’amitié et de torsoplastie. Traverser l’Atlantique pour se défaire de ses seins, une aventure humaine dans le sillage d’Alex, aussi joyeuse que parcourue de doutes, semée de conversations et de rencontres. Un roman qui dit la solidarité et la puissance des relations de coeur, abordant également les violences transphobes, les manques médicaux et les fossés à combler. A découvrir absolument.
En bons pères de famille / Rose Lamy. Points
Un essai nécessaire sur les violences intrafamiliales. Rose Lamy croise son histoire personnelle à des affaires sociales et juridiques, décrypte les stéréotypes en regard de la réalité constatée, et livre une analyse glaçante du chemin qu’il nous reste à parcourir.
Des rêves à tenir / Nicolas Deleau. Grasset
Dernier coup de coeur de l’année. Ce roman c’est un bar chaleureux dans le creux de l’hiver, de l’amitié profonde au delà de ce qui éloigne, de la solidarité sincère et intègre, de la folie douce, du militantisme arrosé et non moins concret, de la poésie vibrante, du romantisme assumé, c’est utopiste mais pas que, c’est beau d’y rêver, d’y tendre, et ça fait du bien ouais !
Alors, des tentations ? Des livres lus, aimés ? Des déceptions ?
Une liste de BD se prépare, tenez-vous prêt, et à bientôt donc !



C’est un bilan très varié en tous cas !
J’attends les sorties poche du Del Amo, et de Baignades…