Tous les hommes du roi – Robert Penn Warren (Monsieur Toussaint Louverture)

On peut avoir toute confiance en Monsieur Toussaint Louverture pour dénicher des pépites de la littérature américaine (mais pas uniquement) et nous les présenter dans un écrin éditorial somptueux. Quand en plus il s’agit de l’un des livres préférés de Jean-Patrick Manchette (dixit le journal du maître), il faut s’y plonger sans se poser de question.

Coup de vent – Mark Haskell Smith (Gallmeister)

Course-poursuite dans les Caraïbes, entre un trader parti avec le magot, sa collègue sur les talons flanquée d’un type chargé des recouvrements pour enquêter à ses côtés. Ça tournera au vinaigre d’ailleurs, l’un d’eux se retrouvant en pleine mer avec les biftons face à une navigatrice en solitaire cupide. Un roman bien barré, distrayant et juteux entre jeux de chat et souris, parties de jambes en l’air et plans foireux. Parfait en guise d’entracte.

Le Pied de Fumiko – Junichirô Tanizaki

Poursuivons cette semaine de retour aux classiques pimentés avec l’un des maîtres japonais de la nouvelle, Junichirô Tanizaki. Nous assistons ainsi à la rencontre entre un vieux marchand qui se replie à l’écart de sa famille pour profiter pleinement de sa dernière geisha, et un jeune artiste à qui il demande de peindre de manière très particulière le pied de la jeune femme. Il plongera dans cette demande avec un ravissement balbutiant, ébloui par les penchants qu’il partage avec le vieil homme.

Encabanée – Gabrielle Filteau-Chiba (Le Mot et le Reste)

Encabanée, ou l’histoire d’une jeune femme qui claque tout pour aller vivre dans les bois québécois, dans un chalet sans électricité ni eau courante. Sauf que bien vite, le romantisme de la démarche s’envole pour des questions de survie pure car on ne s’improvise pas femme des bois comme ça. Non pas qu’elle l’ignorait mais la rudesse et la solitude sont pleines de surprises.

Le postier – Charles Bukowski

Un roman autobiographique par l’écrivain qui ne l’est alors pas encore et augure pas mal de choses pour la suite à venir du gros dégueulasse qu’il revendiquera plus tard. Ivresse, orgasmes, corps qui trinquent, souffrance, violence, poisse… Un premier cru qui reste assez soft par-rapport aux autres textes de Bukowski mais on est déjà bien dedans quand même.

Shuggie Bain – de Douglas Stuart (Le Globe)

Enorme coup de coeur pour ce roman noir, prolétarien, social, qui pose le regard sur les laissés-pour-compte. Ce n’est certes pas très nouveau, on peut d’ailleurs rapidement penser à pas mal de monde, à ceci près qu’ici, lumière est faite sur une anti-héroïne, qui oscille à la fois péniblement et admirablement entre destin peu engageant, alcool réconfortant, entourage à couteaux tirés, atmosphère Thatchérienne en guise de rouleau compresseur et bouffées d’espoir sursautantes.

Les sorcières de Salem – Arthur Miller

Les histoires qui disent l’Histoire sont à l’honneur ce mois-ci pour le retour aux classiques. Ici, un pan de l’Histoire qui remonte à la fin du dix-septième siècle, alors qu’une chasse aux sorcières sévit aux abords de Salem dans le Massachussets. En 1692, 22 personnes seront exécutées pour soupçon de sorcellerie, pratique faisant un peu désordre dans une société au puritanisme un brin chatouilleux.

Frankie Addams – Carson McCullers

Avec Frankie Addams, l’autrice célèbre l’adolescence dans toute sa complexité. Un thème qui lui est cher et qui occupe ici le devant de la scène, dans toute sa splendeur et ses tiraillements, avec le portrait franc et subtil d’une adolescente de douze ans pour qui le mariage de son frère cristallise en quelque sorte tous ses questionnements, ses envies, ses rejets. Trois jours durant lesquels elle va se projeter, rêver, changer, s’en prendre dans les dents aussi.

Hérésies glorieuses – Lisa McInerney (La Table Ronde)

On se pose un moment à Cork, Irlande, où l’on croise le magouilleur Jimmy Phelan qui vient de rapatrier sa mère au pays après un exil anglais forcé, et où l’on suit leurs retrouvailles dérapantes, surtout quand la Maureen en question dézingue par erreur un type, déclenchant un sacré foutoir dans les affaires du fiston et de tout un tas de gens dont Tony et Ryan Cusack qui vont voir leurs trajectoires vriller, même si le tableau n’était déjà pas joli joli. Un roman réaliste, corrosif, impitoyable, revigorant, un bijou de noirceur à découvrir !

Lumière d’été, puis vient la nuit – Jon Kalman Stefansson (Grasset)

Dans un coin d’Islande bien loin de Reykvavik, dans un petit bled sans église ni cimetière, l’auteur nous raconte une poignée de vies millimétrées sur le point de se défaire de leurs carcans. Huit histoires croisées, entre destinées ordinaires qui sortent de leurs gonds et chroniques sociales qui se dessinent autour de lieux emblématiques – la laiterie, l’abattoir, la coopérative. Huit chapitres où les désirs prennent forme, où les illusions s’affirment ou se fracassent, où les relations se nouent, les corps se tendent, les envies deviennent des armes. 

Des souris et des hommes – John Steinbeck mis en images par Rébecca Dautremer (Tishina)

Faut-il encore présenter Des souris et des hommes ? Dans ce court roman qui pose les jalons des Raisins de la colère, John Steinbeck mettait déjà le paquet, avec ce duo improbable et bouleversant, entre Lennie Small le simple d’esprit à la corpulence massive impressionnante, le coeur sur la main et la main aussi tendre que dévastatrice, et George Milton, à la carrure plus resserrée, comme asséchée par la discrétion, la prudence et l’inquiétude, un type débrouillard qui fait figure d’autorité pour son acolyte. Un roman présenté ici dans la splendide version illustrée de Rébecca Dautremer.

Les petites vertus – Natalia Ginzburg (Ypsilon)

Natalia Ginzburg  est née en 1916. Autrice de romans, de pièces de théâtre, d’essais, traductrice de Maupassant, Flaubert et Proust, éditrice, elle a généreusement parcouru les sphères littéraires italiennes, obtenu de nombreux prix littéraires, a côtoyé Italo Calvino et Cesare Pavese, et reste pourtant aujourd’hui encore injustement méconnue. Les petites vertus regroupe onze textes écrits entre 1944 et 1960, dans lesquels l’autrice évoque les années de guerre, la mort de son époux tué par les fascistes, son rapport à l’Angleterre, les relations humaines, le métier d’écrivain, la vie conjugale…

Les villes invisibles – Italo Calvino

Il faut accepter de lâcher prise et de se laisser porter, dans cette conversation imaginée entre le jeune explorateur Marco Polo et l’empereur Kublai Khan chez qui il résida. L’empereur ne pouvant se déplacer dans l’ensemble des villes conquises, demande à Marco Polo de lui décrire, ce qu’il honore avec majesté et malice puisque ses descriptions restent magnifiquement énigmatiques. Les villes revêtent des caractères extraordinaires, merveilleux, à travers ce qui en fait le sel de manière impalpable.

Sur les ossements des morts – Olga Tokarczuk (Libretto)

Plongée dans un coin de forêt polonaise en bord de Tchéquie, plutôt tranquille jusqu’à ce qu’un type soit retrouvé mort, puis deux, puis… Des disparitions qui restent énigmatiques et devant lesquelles les enquêteurs piétinent. Janina Doucheyko, en bonne voisine qui passe volontiers pour la vieille allumée de service avec ses prédictions astrologiques et son tempérament bien trempé, soulève similitudes et curiosités naturelles, imaginant une vengeance orchestrée par les animaux.