Sale temps pour les braves – Don Carpenter (Cambourakis)

Don Carpenter a un vrai don de raconteur d’histoires, de ceux dont on reste pendu aux lèvres ou aux mots. Dans ce premier roman, il place ce qui lui tiendra à coeur dans l’ensemble de ses romans, anti-héros cabossés et lumineux, où violence et mélancolie se tiennent le bras, comme faces indicibles d’une route vers la liberté. Du style, de l’apreté, de l’insoumission dans ce grand roman enfin découvert.

Lettre d’une inconnue – Stefan Zweig

Un écrivain reçoit une mystérieuse lettre, d’une femme qu’il ne connaît pas alors que celle-ci est manifestement très éprise de lui, et que ça ne date pas d’hier. Dans une lettre fiévreuse, pleine de passion, d’abnégation et de désillusions, elle s’ouvre, se confesse, se retire. Une correspondance unilatérale dans laquelle Stefan Zweig décrit la force destructrice de la passion.

Nous autres – Eugène Zamiatine

En 1920, Zamiatine rédigeait ainsi le journal d’un certain D-503, ingénieur participant à la construction de L’intégral, vaisseau spatial destiné à prêcher le sacro-saint bonheur à travers l’univers, bonheur dont les hommes du futur ont, selon eux, trouvé la recette-clé, nichée dans une rationalisation à toute épreuve et une déshumanisation aux petits oignons. Pensée unique, totalitarisme, et de fait liberté zéro représentent ainsi la satisfaction suprême dans un monde où tout est millimétré, dans un cocon voluptueusement garni de racines carrées et de réflexions savamment mûries.

L’enfant qui cherchait la petite bête et autres contes inédits et retrouvés – Beatrix Beck (Chemin de fer)

Imaginaire narquois, onirisme magique, réalisme débordant, sombres échos, espièglerie maline garnissent ce recueil qui dresse un beau tableau de l’univers de Beatrix Beck. Une fantaise élégante et une langue aiguisée dans ces contes à glisser audacieusement dans de nombreuses mains de tous âges.

La ferme aux poupées – Wojciech Chmielarz (Agullo)

Ambiance polonaise avec un polar bien senti, trépidant, efficace, qui montre une fois de plus que les éditions Agullo ont du nez pour dénichez des auteurs et des textes qui en ont dans le ventre. Une affaire tendance dossier pédophile qui se mue progressivement en meurtres en série complexe. On découvre la Pologne par la petite porte, les individus, la condition tsigane, avec des personnages bien campés et un scénario bien ficelé.

Médée – Euripide

Médée, figure tragique par essence, passionnée, entière et à l’instinct vengeur sans détour. Un personnage complexe et fascinant, aux prises avec sa condition de femme, avec son époque, ses moeurs, ses contradictions, chavirée par la frustration, l’impuissance et l’injustice, et qui cède à une folie destructrice et rageuse et ravageuse.

Lysistrata – Aristophane

En -411, dans la cité d’Athènes, Aristophane se frotte à la domination masculine, avec cette pièce truculente et grivoise, où les femmes ont décidé de faire la grève du sexe pour faire revenir leurs hommes au bercail, les enjoindre de cesser cette guerre qui sévit dans le Péloponnèse. Si vous souhaitez retenter la littérature antique en faisant un pied de nez à vos (mauvais) souvenirs, cette pièce est pour vous !

Le Maître et Marguerite – Mikhaïl Boulgakov

Dans Le Maître et Marguerite, Boulgakov revisite le mythe de Faust en faisant déambuler le Diable dans Moscou, sous les traits d’un Wolang prestidigitateur ès magie noire qui n’en finit pas de semer le trouble à travers la ville, avec dans son sillage ses acolytes démoniaques Koroviev, Azazel, ou Béhémot, un chat presque humain et tout aussi amateur de cognac. Leur venue renverse les codes, fait tomber les têtes, octroie à certains un petit séjour à l’hôpital psychiatrique, vide les caisses, enfumant tous ceux qu’y s’y frottent de près ou de loin. Un texte tourbillonnant, impressionnant et magnifique.

Une fête pour Boris – Thomas Bernhard (L’Arche)

Absurderie, culs-de-jatte et causticité dans une pièce qui vaut son pesant de cacahuètes. Une Bonne dame cul-de-jatte revêche, organise une fête d’anniversaire pour son tout récent époux, choisi à l’hospice. Les choses sont loin d’être simples entre changements d’avis intempestifs, insatisfaction permanente et humeur massacrante, et ce n’est certainement pas sa dame de compagnie qui dira le contraire, d’une patience absolue qui n’en pense pas moins. La fête sera millimétrée, battra son plein et tournera au vinaigre, avec des situations où tout est possible et où le grotesque flirte avec le sarcasme et le jubilatoire.

L’île du docteur Moreau – H.G. Wells

Avoir entre les mains le pouvoir de modifier la vie, de la façonner et de l’expérimenter est une tentation ancienne, récurrente et qui n’a pas pris une ride, et H.G. Wells avait su mettre le doigt au coeur même de ce qui fait qu’un individu franchira la limite ou pas, et comment lorsqu’elle l’est, toutes les barrières éthiques sautent irrémédiablement.

Un jardin de sable – Earl Thompson (Monsieur Toussaint Louverture)

Roman paru en 1970 aux Etats-Unis, best-seller subversif qui dépeint sans détour les laissés-pour-compte. L’Amérique des années 20-30, la Grande Dépression post crise de 1929, les années Roosevelt, les résidus de la Prohibition et de l’esclavage, sous le regard et le phrasé de Earl Thompson sont acides, empreints d’un réalisme tragique. Gros coup de coeur !

Le jardin – Hye-Young Pyun (Rivages)

Après un accident de la route, un homme se retrouve paralysé. A sa sortie du coma, il est pris en charge par sa belle-mère, qui a perdu sa fille dans l’accident. Ogui se retrouve face à cette femme avec qui il n’a jamais eu de véritable interaction, et qui a également beaucoup perdu dans cet accident. Douleur partagée, proximité imposée, intimité bafouée, la belle-mère se montre de moins en moins chaleureuse au fil des jours, et curieusement très investie dans des travaux de jardinage impliquant notamment un énorme trou… Un roman d’atmosphère à lire d’une traite.