Bigoudi

Bigoudi est une sacrée petite mamie. Avec son brushing vaporeux et son écharpe panthère, elle est connue comme le loup banc dans son quartier qu’elle connaît comme sa poche. Le petit café chez Luigi, un rafraîchissement capillaire chez Orlando avec qui elle adore partager les derniers potins, le petit mot à Georges le charcutier, la partie de thé-poker, le cours de poterie, un rituel bien huilé qui rythme avec joie sa journée, toujours sous l’oeil affectueux d’Alphonse. Son fidèle bouledogue ne fait pas son âge, il s’entretient d’ailleurs régulièrement au club de gym mais tout de même, les années ont passé et un matin Bigoudi le retrouve sans vie sur le tapis.

« Alphonse était le chouchou de Bigoudi, son croûton, son baba au rhum. »

Bigoudi est inconsolable, elle pleure sans répit jusqu’au jour où elle décide de ne plus revivre un tel chagrin. Elle s’enferme à double-tour dans son appartement du 156è étage, et n’a dès lors, plus de contact avec le monde extérieur qu’à travers les visages plats de sa télévision. Heureusement que l’on peut toujours compter sur le persil pour se faufiler là où il redonnera le sourire.

Cet album est juste sublime. Delphine Perret signe un texte sensible rempli d’humour et de tendresse sur la perte d’un être cher, le deuil, le chagrin qui semble sans fin, et le retour inattendu des saveurs. Des phrases courtes pleines de sens en parfaite harmonie avec les illustrations au trait crayonné très fin de Sébastien Mourrain. Un dessin en noir et blanc, en contraste avec des touches de jaune, quelques pointes de bleu, de vieux rose, une mise en scène très graphique en totale symbiose avec le texte voisin. Un petit coté contemporain décalé avec un air rétro et un beau sens de la tournure, un univers qui pourrait rappeler l’univers des historiettes de certaines chansons de Thomas Fersen.

Bigoudi2

Le grand talent des auteurs réside sans doute dans l’universalité de leur album, d’avoir réussi à créer une histoire sur le difficile sujet du deuil qui s’adresse à tous, aux plus petits comme aux plus grands. Mais n’attendez surtout pas la perte d’un animal ou d’un proche pour ouvrir ce livre, c’est une magnifique histoire à partager, qui montre que les adultes aussi peuvent pleurer, qui réconforte et donne des frissons, ce serait trop dommage de s’en priver.

Première rencontre avec les piquantes éditions Les Fourmis rouges qui donne carrément envie d’en savoir plus et d’aller découvrir le reste de leur catalogue.

Dès 4 ans

Bigoudi / Delphine Perret et Sébastien Mourrain. Editions Les Fourmis rouges, 2014
(Challenge Je lis aussi des albums #11)

Dans la veine des albums généreux qui donnent des frissons, allez également zieuter A-A-A-Atchoum ! de Philip C. Stead

Lu dans le cadre de La Voie des Indés, en partenariat avec Libfly et Les Fourmis Rouges.

jelisalbums2016

2 commentaires sur “Bigoudi”

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