Crache trois fois – Davide Reviati (Ici Même)

Un village italien, des gamins qui ont poussé au gré de leurs trouvailles, sont devenus une bande de potes qui ont tout partagé ou presque. Et Loretta, la fille de gitans, qui n’est jamais loin mais pas tout à fait là, qui intrigue et fout la trouille, et dont on se moque pour mieux se protéger.

Crache trois fois, un titre qui évoque l’enfance, l’adolescence, le défi, les superstitions aussi, les légendes urbaines, tout comme celles qui entourent le peuple rom. Car c’est aussi l’histoire de l’installation d’un campement tsigane qui fait jaser, la vie à l’écart qui pose question, la ruralité qui exacerbe, la promiscuité qui dit tout, qui resserre les liens et isole en même temps, fait courir les bruits, les disloque, les accusations devant des évidences discutables, la méconnaissance qui noie toute clairvoyance. Davide Reviati décrit ainsi très justement les émotions, les ressentis, les premiers émois, les questionnements, le positionnement vis-à-vis des autres, les différences, la méfiance qui s’instaure, la fascination, la violence, la fragilité

Davide Reviati signe un roman graphique très fort dans lequel il passe au peigne fin le rapport à la différence et le racisme ordinaire qui en découle trop souvent. En partant d’un récit d’apprentissage, à travers l’histoire de ces enfants devenus presque adultes, il vise plus loin en dessinant l’histoire du peuple rom, remémorant le sort des tsiganes durant la seconde guerre, et dressant un portrait en biais de l’Italie à cette période avec ses 200 camps de concentration. 

Les récits s’entrecroisent, replacent des questions universelles, recontextualisent la question rom en évoquant notamment le rapport au nomadisme dans le prisme des sédentaires. 

C’est un épais roman graphique, car Davide Reviati prend le temps de poser les choses et les personnages. Il fait des aller-retours, comme autant de témoignages, du temps qui passe, de l’homme qui se construit et se déconstruit, de réflexions sur ce qui se dessine au fil des pages. Un dessin en noir et blanc avec beaucoup d’ombrages, où il accentue les contours, les silhouettes, les postures, parfois les détails, lorsqu’ils importent. C’est un récit assez symbolique au départ, qui se formalise de plus en plus, s’épaissit, s’obscurcit. 

C’est un récit qui marque. On les reconnaît ces mômes, ces voisins, ces gens au loin, ces scènes qui se reproduisent avec cette universalité qui peut faire froid dans le dos. 

L’auteur livre également un court et édifiant récit documentaire relatant la vie de la poétesse rom Bronislawa Wajs, dite Papusza, à travers sa rencontre avec l’essayiste Jerzy Ficowski

 

Crache trois fois
Davide Reviati
traduit de l’italien par Silvina Patt
Editions Ici Même
2017
520 pages

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