Des noeuds d’acier – Sandrine Collette

Théo Béranger sort de prison. 19 mois à l’ombre pour avoir mis son frère dans un piteux état après l’avoir surpris avec sa femme. Un brin contrarié le monsieur, et les nerfs toujours en pelote à sa sortie, Théo décide de lui rendre visite dans le centre de rééducation où il réside. Choix qui peut lui coûter cher, le grand air ça donne le tournis mais pas suffisamment pour en remettre une couche.

Il préfère alors de se mettre au vert, au sens propre comme au sens figuré, dans un coin perdu comme la France profonde sait si bien en offrir. Lors d’une randonnée, il se trouve pris dans un traquenard, et devient en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, prisonnier de deux vieillards. Des bonhommes pas franchement commodes et complètement cintrés, dans leur ferme perchée là-haut sur la montagne, qui n’ont pas trouvé mieux pour les servir que de prendre pour esclave des randonneurs isolés. Pour Théo, la liberté aura été de bien courte durée.

Sandrine Collette ne ménage pas son lecteur et l’embarque sans détour dans un huit-clos angoissant. Le thème n’est pas nouveau mais elle a visiblement l’art et la manière de faire monter la pression, d’instaurer une ambiance lourde et glaçante. Elle décrit la ruralité dans ce qu’elle a de plus rude, avec cette histoire sordide qui pourrait très bien être un fait divers tout droit sorti des colonnes du Nouveau détective. C’est cruel et dérangeant, et à la fois si réaliste et crédible. 

« Jamais le lien entre le corps et l’esprit ne m’était apparu avec autant de force, jamais je n’aurais cru qu’il suffisait d’anéantir le premier pour que le second s’éteigne lui aussi. »

Un récit court et bien ficelé pour un roman qui se lit d’une traite, une écriture fluide qui ne s’enlise pas dans le détail, Des nœuds d’acier est assurément un roman cash qui va droit au but. Ça fait froid dans le dos et c’est très plaisant (mais il n’est pas dit que vous randonnerez seul de si tôt) !

« La France profonde. La misère sociale. Une population locale issue de générations entières de consanguins ou d’alcooliques, les deux le plus souvent, dans un environnement semi-montagneux où la dispersion et la rareté de l’habitat ont trop longtemps restreint les échanges et la communication. Voilà ce qu’on en a dit dans les médias. Voilà ce que la nation en a retenu. Merci les journaleux. »

Dans l’ambiance, ça m’a beaucoup rappelé le film Calvaire, avec ce chanteur star de maison de retraite qui tombe en panne et se retrouve coincé chez un homme pas très net qui le séquestre et le prend bientôt pour sa femme.

Des nœuds d’acier / Sandrine Collette. Denoël (Sueurs froides). 2013.
Paru également au Livre de Poche
(Challenge Thrillers et polars #04)

L’occasion au passage de découvrir la collection Sueurs froides qui compte à ce jour 125 titres. S’ils sont tous du même acabit, ça peut valoir le coup d’y jeter un œil.

thrillers et polars2015Des-noeuds-d-acier

5 commentaires sur “Des noeuds d’acier – Sandrine Collette

  1. Ah, contente que tu l’aies lu !! C’est sur, je ne randonne plus seule depuis que j’ai lu ce livre ! et à chaque fois que je vois deux vielliards qui semblent inoffensifs, je me méfie ! Non, mais !! 😉 A lire. As-tu prévu de lire le second de Sandrine Collette où il est question de vent et de cendres ? 🙂

  2. Oh que oui je l’ai lu, et dévoré d’une traite d’ailleurs ! Sympa la vidéo de Gérard Collard, effectivement je ne regarderai plus jamais les vieillards comme avant ! :-))
    Du coup, je vais lire le suivant oui, je vais faire du lobbying au boulot pour qu’on l’achète ^^ Et toi ?
    Et il y en a un autre de prévu l’an prochain, Six fourmis blanches, sur le modèle des Dix petits nègres.

  3. Alors là… j’hésite ! Rien que le résumé me fait froid dans le dos, ça à l’air tordu à souhait et très réaliste…
    Je le note tout de même !!
    Merci pour la découverte de cette collection (dont je ne connais, je dois bien l’avouer, aucun des auteurs !)
    Bon dimanche et longue vie à votre blog.

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