Protégeons les hérissons – Olivier Bordaçarre

11 morts s’expriment après la nuit tragique où ils ont croisé la route de deux sœurs en plein roadtrip sanglant. Des policiers, un pompiste et son chien, des motards de la gendarmerie, un hérisson aussi, et puis les parents de ces jeunes filles qui préfèrent se dire que tout allait très bien. Chacun témoigne ainsi de ses derniers instants, en quelques mots nous entrons dans la vie de ces personnages, durant cet entre-deux planant avant le clap final où le corps devient poids mort. C’est pas joyeux me direz-vous, et pourtant, Olivier Bordaçarre réussit à passer du dramatique fait-divers à la lutte pour la protection des hérissons menée par un tract doué de parole, et qui plus est avec un naturel déconcertant.

« J’ai volé. Longtemps. J’avais l’impression d’être libéré de l’apesanteur, plus léger que l’air, un oiseau, une plume, un ange. La vie offre parfois des sensations extraordinaires. Je volais. Moi qui avais toujours rêvé de saut en élastique, d’ULM, de parapente, je réalisais un rêve, malgré moi. Je volais les bras écartés, face au ciel, le visage dans les étoiles, libre. »

En miroir, une autre nouvelle, Jeunesse de plomb, plus sombre, où l’on assiste à rebours à l’histoire d’un couple qui est passé du côté des armes avec course poursuite là encore et accumulation de macchabées, lui au nom de la liberté, elle sans doute davantage au nom de l’amour.

« Jacky Bensimon au volant de la R5, tétanisé d’effroi, roule à cent trente sur l’avenue de Gravelle dans le bois de Vincennes. Il supplie ses ravisseurs d’arrêter, de le libérer, mais la fille lui hurle de foncer, le canon d’un flingue collé sur la nuque. Elle espère qu’Audry est fier. Jusque-là, elle a été à la hauteur de ses exigences, il devra bien l’admettre : elle assure. Ils seront bientôt à l’abri. Ils disparaîtront dans la nature. Ils auront enfin la vie dont ils rêvent, ensemble, tous les deux, enlacés. Elle se sent si belle dans les yeux d’Audry, si vivante. Il lui lance un regard entre deux coups d’oeil à l’extérieur. « T’inquiète pas, on va s’en sortir », lance-t-il. Mais il ne sourit plus. »

Deux textes librement inspirés de l’histoire de Florence Rey et Audry Maupin, le premier très libre et permissif, le second beaucoup plus proche de ce qu’a dû être la réalité. Deux nouvelles en écho où ça dégomme sec, à la manière de Tueurs nés, dont il est d’ailleurs fait référence.

Olivier Bordaçarre est romancier, metteur en scène, comédien… Autant dire qu’il manie la langue sous toutes ses coutures et ça s’en ressent dans l’écriture et la lecture. Le mot a sa juste place, le ton qui sonne vrai, le rythme qui s’impose et une fluidité qui coule de source, ce qui ne peut qu’inciter à découvrir les autres textes de l’auteur.

Protégeons les hérissons est précédemment paru chez La Diseuse et a également circulé au théâtre. Il a également été lu dans le cadre de La voie des indés il y a quelques jours.

aNTIDATA est une maison d’édition qui publie des textes courts, vifs et incisifs. Je me souviens notamment d’un excellent recueil publié il y a quelques années, L’Enfer Me Ment.

Lu dans le cadre de La voie des indés. Un grand merci aux éditions aNTIDATA et à Libfly pour cette lecture.

Protégeons les hérissons / Olivier Bordaçarre. Editions aNTIDATA. 2014 (56 p.)
(Challenge Thrillers et polars #03)

protegeons les herissonslibfly

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3 commentaires sur “Protégeons les hérissons – Olivier Bordaçarre

  1. J’ai beaucoup aimé ces deux textes, peut-être parce qu’ils résonnent avec la violence des dernières semaines. J’ai trouvé très intense de lire les dernières pensées de gens qui vont mourir. Je suis curieuse de lire ses autres romans !

    1. J’ai également lu Dernier Désir, qui est très troublant, dans un tout autre genre que ce recueil, et qui m’a encore davantage donné envie de lire ses autres romans.

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