Cet été pour le rendez-vous lecture « classique » toujours fidèlement impulsé par Moka (la 7eme saison se met en route, si si !), il s’agissait de convier Marcel Pagnol dans le cercle. Un auteur à l’oeuvre protéiforme, romans, théâtre, essais, nouvelles que je n’ai su trop par quel bout prendre pour ces retrouvailles. Hasard des disponibilités à la médiathèque, La Gloire de mon père revient sur la table une trentaine d’années après sa première lecture, l’occasion de faire durer un peu la langueur de l’été dans la rentrée approchante, convoquer les cigales dans la grisaille qui s’invite, faire remonter des souvenirs d’une lecture dont il ne me restait en fait en mémoire que quelques images de l’adaptation cinématographique de 1990.
« Je suis né dans ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. Garlaban, c’est une énorme tour de roches bleues, plantée au bord du Plan de l’Aigle, cet immense plateau rocheux qui domine la verte vallée de l’Huveaune. La tour est un peu plus large que haute : mais comme elle sort du rocher à six cents mètres d’altitude, elle monte très haut dans le ciel de Provence, et parfois un nuage blanc du mois de juillet vient s’y reposer un moment. »
La Gloire de mon père entame le cycle des Souvenirs d’enfance de l’auteur et sera suivi du Château de ma mère, du Temps des secrets et du Temps des amours. Dans ce premier opus, nous assistons à la rencontre entre les parents du petit Marcel, son petit frère Paul, la petite soeur qui pointe son nez, leur installation à Saint-Loup dans la banlieue de Marseille, le mariage de la tante avec celui qui deviendra l’oncle Jules, et la location pour l’été par les deux familles d’une maison de campagne à Aubagne, l’année de ses neuf ans, un été qui sera des plus marquants pour l’auteur. En effet les enfants tombent en amour notamment devant les paysages provençaux qui vont jalonner leur jeunesse. Cet été là sera également particulièrement marqué par une partie de chasse à la perdrix en famille pleine de rebondissements.
Nous plongeons ici dans le sud de la France du début du vingtième siècle, l’accent chante, le temps s’étire, la rigueur du père accompagne la douceur de la mère, nous sommes hors du temps, il y a une certaine innocence, l’audace de l’enfance, de l’aventure, de la transgression, de la poésie, de l’humour, la passion du père pour les vieilleries est assez réjouissante au passage.
« Mon père avait une passion : l’achat des vieilleries chez les brocanteurs.
Chaque mois, lorsqu’il revenait de « toucher son mandat » à la mairie, il rapportait quelques merveilles : une muselière crevée (0 fr. 50), un compas diviseur épointé (1 fr. 50), un archet de contrebasse (1 fr.), une scie de chirurgien (2 fr.), une longue-vue de marine où l’on voyait tout à l’envers (3 fr.), un couteau à scalper (2 fr.), un cor de chasse un peu ovalisé, avec une embouchure de trombone (3 fr.), sans parler d’objets mystérieux, dont personne n’avait jamais pu trouver l’usage, et qui traînaient un peu partout dans la maison. »
Passée la première déclaration d’amour de l’auteur à sa région et ses descriptions enveloppantes, ma concentration a un peu faibli avec les portraits familiaux, avant de s’emballer à nouveau lors du périple estival, puis de s’envoler partiellement durant la partie de chasse.
In fine cette lecture se sera rapprochée des récits faits par les aînés, qui captivent un moment, ennuient à un autre, voguant entre le ravissement d’un certain caractère hors du temps et une espèce de torpeur nostalgique.
« J’entendais chanter les cigales, et sur le mur couleur de miel, des larmeuses immobiles, la bouche ouverte, buvaient le soleil. C’étaient de petits lézards gris, qui avaient le brillant de la plombagine. Paul leur fit aussitôt la chasse, mais il ne rapporta que des queues frétillantes. Notre père nous expliqua que ces charmantes bestioles les abandonnent volontiers, comme ces voleurs qui laissent leurs veston entre les mains de la police. D’ailleurs, elles se font une autre queue en quelques jours en vue d’une nouvelle fuite.. »
La Gloire de mon père
Marcel Pagnol
Grasset
Paru initialement en 1957
216 pages
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