La morale des sens – Vicomte de Mirabeau (Libretto)

Les classiques Olé Olé sont ce mois-ci à l’honneur pour le retour aux classiques qui officie de façon maintenant presque traditionnelle depuis 18 mois. Comme j’ai pas particulièrement mis le nez dedans le mois dernier pour la médiathèque, vous devriez voir fleurir quelques titres ici cette semaine.

« Sexe capricieux, frivole, mais aimable, tu le veux, j’obéis. Je vais parler de mes égarements, de mes plaisirs : je vais peindre cette ivresse, qui fait goûter à l’âme le bonheur suprême. Doux instants, agréables images… Tableaux voluptueux ! Quelle ardeur vous m’inspirez ! Oserai-je vous écouter, vous suivre ? »

Pour commencer, un gentillet roman libertin du dix-huitième siècle, par le frère du comte de Mirabeau himself, où l’on suit un jeune homme au fil de ses amours, rencontres, séduction entre deux portes, ou comment les gens de bonne famille occupent leur temps à jouer des coudes pour recueillir les faveurs de l’une ou l’autre. Des chapitres courts qui disent aussi les moeurs du siècle, la teinte un chouïa polissonne en sus. Bon, ça reste très sage, et surtout un texte écrit par un homme pour des hommes… la femme attirante est jeune, sa taille tient dans la main et elle n’a pas trop son mot à dire…

« Je ne sais, mes amis, si dans le portrait que j’ai fait d’Eglé je vous ai dit qu’elle avait le coeur un peu fripon, un peu traître. Je crois cependant vous avoir dit qu’elle était jeune et belle : cela suppose bien des choses.
La petite scélérate ne faisait que trop usage des conseils perfides de son amie. Emme m’avait depuis quelques jours associé un rival. Voyons si j’aurai le courage de le peindre. »

Un texte imprimé à l’époque à Londres pour déjouer la censure royale et qui a ensuite circulé sous le manteau avant d’être réédité en France deux siècle plus tard. Les intéressés ont dû être un peu déçus quand même puisque l’érotisme annoncé se cantonne aux aventures délurées de notre homme, à la fois coeur d’artichaut et gourmand volage, du coup nous ne sommes pas très loin de l’eau de rose, certes un peu pimentée mais un peu lassante. Heureusement la forme donne le change, avec de belles trouvailles dans les tournures, et les gravures dans le jus de l’époque.

« Une femme que poursuit un amant ressemble à une ville que l’on assiège : d’abord la place est bloquée ; on ouvre la tranchée, et on presse les attaques ; l’amant seul tient lieu d’armée ; il est général et soldat, c’est-à-dire la première tête au conseil, et le premier bras à l’assaut : même hasard de part et d’autre, mais avec moins de danger ; l’ennemi que l’on force à lever le siège est quelquefois si maltraité, qu’il ne peut plus tenir la campagne, et l’amant qui a échoué devant une place s’en console facilement par la prise d’une autre. »

La morale des sens
ou l’Homme du siècle
Vicomte de Mirabeau
Libretto
2018 (parution initiale 1781)
213 pages

 

 

 

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Prochain rdv fin mars autour du duel Marguerite Yourcenar vs Marguerite Duras…

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2 commentaires sur “La morale des sens – Vicomte de Mirabeau (Libretto)”

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