La nuit tango – Monique Debruxelles

Un recueil de nouvelles qui flirte avec le fantastique à l’ancienne, celui qui prend racine l’air de rien dans un quotidien banal et le fait basculer avec déraison et décadence.

Qu’il s’agisse de morts qui s’accrochent à la vie, de taxidermie humaine, d’expériences paranormales qui dérapent, de banquette qui délie les langues, de station balnéaire sur le déclin ou d’ancêtres qui s’accrochent pour faire perdurer la lignée familiale, les neuf nouvelles de Monique Debruxelles s’apparentent à des contes modernes où l’étrangeté est reine.

« La foudre tomba à moins d’un kilomètre, dans un fracas assourdissant, et de grosses gouttes de pluie s’écrasèrent sur les vitres. Ratko repartit en ronchonnant dans une langue étrangère.
Chez moi, après avoir fermé les volets, je pris un livre et m’allongeai sur le canapé, m’apprêtant à passer une soirée tranquille à défaut d’être amusante. Des protestations indignées fusèrent quelque part, accompagnées de tambourinements énergiques. Agacée, je partis voir ce qui se passait. Au fond du couloir du deuxième, devant la porte de la salle de bain, se trouvaient quatre de mes pensionnaires. »

Nous retrouvons le charme des textes anciens, des contes du dix-neuvième siècle notamment, l’art de prendre le temps de poser le cadre avant de le faire flancher. Des saveurs d’antan loin d’être poussiéreuses, teintées de romantisme noir, de macabre, d’absurde. Des ambiances inquiétantes dans lesquelles la jalousie, le ressentiment, la morosité, le manque, l’insatisfaction prennent racine. Car loin d’être ronronnant, ces textes peuvent être cruels. Les personnages tentent, grattent, trichent. Et parallèlement flotte un parfum d’onirisme, une poésie sombre et lyrique qui donne cette teinte si particulière, à mi-chemin entre le songe et la hantise.

« Quand Courtebise emménagea dans sa cabane au bord de la rivière, l’air embaumait le chèvrefeuille. Pour trois sous, il dégota un lot de meubles chez un brocanteur, mais quand on les lui livra, il se rendit compte que son logis ne pourrait pas contenir le canapé. C’était un’deux-places de cuir noir en piteux état. Les pieds rouillaient, le dossier avait un accroc et il manquait un accoudoir. On eut dit une méridienne Récamier. Tout laid qu’il fût, le meuble lui donna l’idée de créer une terrasse surélevée, depuis laquelle, quelques jours plus tard, il regardait couler l’Oise. »

La nuit tango / Monique Debruxelles. Editions Rue des promenades, 2015

Un grand merci aux Editions Rue des promenades pour cette découverte. Allez visiter leur site et demandez leurs livres en libraire, leur catalogue regorge de titres surprenants, véritables parenthèses littéraires.

Laisser un commentaire