Le crime, une histoire d’amour – de Arni Thorarinsson

Un secret de famille qui n’a pas fini de pourrir.

Pendant huit ans, la vie a été simple et légère pour Frida. La fillette était le fruit d’une folle histoire d’amour et le couple formé par ses parents était soudé comme au premier jour, toujours alimenté par l’étincelle des débuts. Il y a dix ans pourtant, tout s’est écroulé. Frida a vu sa vie chamboulée du jour au lendemain, sans plus de rapports avec ses parents. Ses grands-parents ont fait de leur mieux pour l’élever mais Frida a été violemment secouée par la brutalité de la séparation et submergée par l’incompréhension, qui s’est avec le temps muée en colère et en rage.

Ses parents avaient promis de tout lui expliquer pour ses dix-huit ans. L’heure est venue, mais ce n’est plus si évident. Ils vivent tous les trois dans la même ville mais ne se côtoient pas. Le père est psychologue, il tient le cap comme il peut. La mère est à la dérive, engluée dans une spirale destructrice nourrie par la drogue et l’alcool. L’alternance des chapitres donne la parole à chacun d’entre eux, et met en évidence la culpabilité, la fuite, le poids des secrets qui se transmet entre les générations, le rejet parental mêlé à la soif de compréhension de Frida, le sentiment d’impuissance des parents, les lettres de la mère à sa fille, qui explique comment ils en sont arrivés là. Et tout doucement, le puzzle prend forme.

« Avant ils étaient heureux, une famille heureuse, et puis ils l’avaient appris et leur vie était devenue un enfer. Ils ont tout caché, surtout pour leur fille, mais se sont engagés à lui parler le jour de ses dix-huit ans. Tous les trois ils ont attendu ce jour et craint son arrivée. »

Arni Thorarinsson nous offre un petit noir bien serré en marge de sa série avec le journaliste Einar. Un court roman (140 pages) dans lequel il brosse un drame familial glaçant et sans échappatoire. Pas de sang, pas de psychopathe, pas de meurtre ; une simple histoire de famille écrasée sous le poids des secrets et de l’ignorance. Il y a  beaucoup de solitude et d’incompréhension dans ce roman, beaucoup de noirceur, dépeinte avec un mélange de nostalgie et de réalisme brut, dans la plus pure tradition scandinave. Beaucoup d’émotions, de colère, d’amour, de douleur, de gâchis. Un roman pas spécialement renversant mais qui sait être obsédant, qui chamboule finalement, et laisse des traces.

Le crime, une histoire d’amour / Arni Thorarinsson. Métailié, 2016

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