Maudits – de Joyce Carol Oates

Le Pitch :

Une fable gothique dans la prestigieuse université de Princeton
« Dans cette chronique relatant les événements mystérieux, et apparemment liés, qui se produisirent à Princeton et dans ses environs entre 1900 et 1910, ces « histoires » ont été condensées en une « histoire » unique, de même que l’espace de dix années a été condensé, pour des raisons d’unité esthétique, sur une période d’environ quatorze mois, allant de 1905 à 1906. Je sais qu’un historien se doit d’être « objectif » – mais cette chronique me tient si passionnément à cœur… »

À l’université de Princeton dans les années 1980, un historien prétend percer le mystère d’une série d’événements tragiques…

Théosophie, hallucinations, ésotérisme, vampirisme et assassinat voici le contenu du de Maudits.
Après Bellefleur, La Légende de Bloodsmoor ou Les  Mystères de Winterthurn, Joyce Carol Oates explore à nouveau le genre gothique dans son sens original, digne héritier d’un  « The Monk » de Matthew Gregory Lewis.
La malédiction court sur huit cents pages, le temps pour l’auteure de déployer mille péripéties et personnages et surtout de régler ses comptes avec la société bienpensante de Princeton au début du XXème siècle. Les socialistes, les « nègres », les athées, les pauvres, les suffragettes et les femmes maltraités par l’élite blanche, masculine et protestante de la ville, seront vengés par le diable en personne.

On y retrouve tous les clichés du roman gothique – jeune fille enlevée par un démon, des fantômes, des vampires, des meurtres sanglants et même un voyage aux enfers… –  en réalités des métaphores de la condition des femmes, de la lutte des classes, et de la fin de l’esclavage. Un entrelacement de réalités sociales et de malédictions sataniques dans une construction savamment orchestrée afin de nous faire hésiter à chaque page entre ce qui a été et ce qui n’est que fiction. Les visages du mal sont multiples et là où on s’y attend le moins. Des discours délectables empreints de snobisme et de préjugés, une classe dirigeante plongée dans le déni bien plus  monstrueuse que les supposés démons… opposée aux jeunes protagonistes (Joshua, Todd, Wilhelmina ou Upton) déterminés à devenir les artistes et les intellectuels de leur temps.

Petit bémol pour lecteur non averti et non féru d’Histoire américaine : je recommande vivement de se faire un arbre généalogique des protagonistes, ainsi que de se renseigner sur les grands personnages du livre si l’on ne veut pas être perdu. En effet très peu des personnages principaux sont fictifs : Woodrow Wilson président de l’Université de Princeton et futur vingt-huitième président des EU (l’homme de la SDN, Prix Nobel de la paix) aux prises de querelles de clochers, l’ancien président Cleveland Grover (22ème puis 24ème)… hanté par la mort de sa fille, des porteurs d’idées nouvelles Jack London, Mark Twain, Upton Sinclair et bien d’autres…

Joyce Carol Oates. Professeur à Princeton, une productivité littéraire exemplaire : deux à trois romans et une trentaine de nouvelles par an, une bonne vingtaine de prix littéraires dont le Pulitzer, son nom revient régulièrement pour le Nobel (encore raté ! mais félicitations Bob !)
Maudits : un roman entamé dans les années 80, repris maintes fois, refondu au moment même de la présidence d’un Noir Américain, chose impensable à l’époque du livre.

Maudits / Joyce Carole Oates. Editions Philippe Rey, 2014
Paru également en poche chez Points

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