Mygale – de Thierry Jonquet

Richard Lafargue est un brillant chirurgien spécialisé en esthétique. Depuis la mort de sa femme, sa vie se partage entre ses permanences en hôpital et sa clinique privée. Il rend parfois visite à sa fille, internée en établissement psychiatrique et on le croise à quelques cocktails pour gens chic et snob, accompagné d’une certaine Eve. Difficile de cerner quel couple ils forment. Et lorsque l’on entre dans leur intimité, on s’aperçoit rapidement que la jeune femme vit calfeutrée dans une spacieuse chambre fermée de l’extérieur, dans la luxueuse villa du médecin. Une prisonnière en cage dorée, tantôt couverte de cadeaux, tantôt prostituée. Une femme bafouée et pourtant forte de cette insolence si particulière. Bien curieux couple en somme, dont la passion semble reposer sur la haine viscérale.

Parallèlement, nous suivons Vincent et Alex, deux copains de lycée, pas très malins, un peu voyous. Et puis la disparition soudaine de Vincent, son enfermement dans une cave. Et Mygale, son ravisseur, qui le séquestre avec un goût machiavélique perturbant.

Thierry Jonquet nous prend par la main pour nous donner à voir ce que la nature humaine possède de plus dérangeant. Avec ce puzzle troublant à deux pas du huit clos qui relie Richard, Eve, Vincent, Alex et Mygale, la pièce maîtresse, il nous amène gentiment vers ce que la réalité peut avoir de plus atroce. Il traque les destins malencontreux, la vengeance ruminante, et dévoile ses revers perfides.

Un roman très court (qui du coup se lit d’une traite), très noir (alors oui, quand même, âmes sensibles s’abstenir) et très bien mené.

A voir maintenant ce que Pedro Almodovar en a fait…

Mygale – de Thierry Jonquet. Gallimard Folio Policier.
Première édition en 1984, revue par l’auteur en 1995.

Adapté au cinéma par Pedro Almodovar sous le titre La piel que habito en 2011
(Challenge Thrillers et polars 8/12)

« Dans ta tête, tu avais donné un nom au maître. Tu n’osais l’employer en sa présence, bien entendu. Tu l’appelais « Mygale », en souvenir de tes terreurs passées. Mygale, un nom à consonance féminine, un nom d’animal répugnant qui ne cadrait pas à son sexe ni au raffinement extrême qu’il savait montrer dans le choix de tes cadeaux…
Mais Mygale car il était telle l’araignée, lente et secrète, cruelle et féroce, avide et insaisissable dans ses desseins, caché quelque part dans cette demeure où il te séquestrait depuis des mois, une toile de luxe, un piège doré dont il était le geôlier et toi le détenu. »

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