Sukkwan island – de David Vann (Gallmeister)

Un père et son fils de 13 ans partent s’installer en pleine nature, sur une île déserte pourrait-on dire, car c’est le cas, sauf que l’on ne doit pas imaginer celle-ci avec des cocotiers et des matelas en feuilles de bananiers. Sukkwan island est planquée en Alaska, avec ses paysages à couper le souffle, et la nature hostile pas toujours facile à manœuvrer.

Jim et Roy se donnent donc un an pour prendre le large, se recentrer, grandir. Sauf que tout cela se prépare, s’anticipe, au-delà du matériel. Et s’imaginer être plus fort que le silence assourdissant et la solitude extrême peut conduire au drame.

« Je crois que j’ai vécu trop longtemps au mauvais endroit. J’avais oublié à quel point j’aime être près de l’eau, à quel point j’aime voir les montagnes se dresser comme ça, et sentir l’odeur de la forêt, aussi. »

David Vann s’est inspiré de sa propre histoire familiale, en rebattant les cartes. Ce qui peut permettre de comprendre comment la violence ordinaire lui semble si naturelle, pourquoi les drames sont si palpables.

L’auteur se révèle dans le tragique, et s’il y a bien un peu de bidoche qui se balade, ce n’est finalement pas ce qu’il y a de plus effrayant dans ses romans. David Vann a véritablement foi en la noirceur de l’humain, et l’une de ses grandes forces est assurément de toujours surprendre le lecteur, en nichant la faille là où l’on s’y attend le moins. La narration, à la fois glaciale et sensible, et l’écriture tendue, précise, laissent imaginer une force d’esprit implacable et un caractère intransigeant.

« Il avait l’impression qu’il était seulement en train d’essayer de survivre au rêve de son père. »

Nous sommes littéralement au bord de l’asphyxie, dans une nature à la fois magnifique et menaçante, avec des sentiments ambivalents très profonds et difficiles à dépasser pour nos personnages, l’isolement, la solitude, la déception, le découragement, au milieu de ce vide à rendre fou.

Un roman très noir, bouleversant, dérangeant, et un auteur précieux à garder à l’œil.

Sukkwan island / David Vann. Gallmeister, 2009
nouvelle parution en poche en 2017

Lu dans le cadre de La Voie des indés. Un grand merci à Libfly et Gallmeister pour ce nouveau pied dans l’univers de David Vann.

Pour ceux qui ont déjà lu Sukkwan island, ou ceux qui aimeraient tenter l’expérience sans nécessairement passer par la case roman, Ugo Bienvenu en a fait une adaptation graphique très fidèle et particulièrement réussie. Du dessin noir et blanc assez brut qui plante le décor très efficacement, et un déroulement du récit un peu plus soft, dans le descriptif notamment.

Et c’est aussi la première participation au challenge Petit Bac, pour la ligne LIEU.

 

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4 commentaires sur “Sukkwan island – de David Vann (Gallmeister)

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