Thérèse et Isabelle – Violette Leduc

Le roman autobiographique est à l’honneur de ce mois de septembre pour ce retour aux classiques impulsé avec ferveur par Moka et Fanny. Pas franchement mon genre de prédilection à première vue mais en fouillant bien, je me suis surprise à trouver ce thème assez réjouissant avec pas mal d’idées que je garderai sous le coude pour la suite. Pour l’heure, un texte autour duquel je tourne depuis un moment, Thérèse et Isabelle, appendice de Ravages, roman qui connut quelques coupes censées préserver les regards rougissants, encore que. 

Violette Leduc a beaucoup officié dans l’autobiographie, racontant notamment ses émois, ses amours, sa manière d’être femme à travers son histoire. Nous la connaissons notamment en général, de façon assez réductrice, pour s’être éprise de Simone de Beauvoir, qui la soutiendra à plusieurs reprises dans son cheminement littéraire et face à une censure mordante.

Dans Thérèse et Isabelle, elle relate une histoire d’amour qui durera trois jours et trois nuits, lors de son passage au pensionnaire de Douai dans les années 20. Thérèse a alors quatorze ans et ses sens encore balbutiants vont littéralement flamber avec impétuosité.

« Le bouquet composé de quelques brins était couché sur la trousse de cuir. Je voyais un crucifix vert et blanc, en feuilles et en fleurs, allongé sur ma trousse. Le don me durcissait : j’étais trop heureuse. Je refermai la porte de mon casier, je me séquestrai en moi-même, je revins au casier. Le bouquet ne s’était pas envolé. Elle m’avait offert des fleurs de roman, elle avait déposé des feuilles en fer de lance et du porte-bonheur comme on dépose pour l’abandonner un enfant dans un panier. Je m’enfuis au dortoir avec mon trésor. »

Avec une plume passionnée et radicale, Violette Leduc décrit la passion naissante entre ces deux adolescentes, Thérèse (propre nom de Violette Leduc à l’état civil) et Isabelle P., qu’elle vécu avec ardeur, la découverte de la passion charnelle, les émois des corps, l’aiguillage des sens, avec cette pureté adolescente, entre innocence et avidité.

« Isabelle étudiait à la première table près de l’estrade. Je m’installai à ma place, j’ouvris un livre pour lui ressembler, je guettai, je comptai un deux trois quatre cinq six sept huit. Je ne peux pas l’aborder, je ne peux pas la distraire. Une élève vint sans hésiter à la table d’Isabelle, elle lui montra une copie. Elles conversaient, elles discutaient. Isabelle vivait comme elle avait vécu avant de m’entraîner dans son box. Isabelle me décevait, Isabelle me fascinait, Isabelle m’affamait. »

L’épisode aurait dû appartenir au roman Ravages paru en 1955, mais il ne paraîtra que six ans plus tard, tronqué, puis en version intégrale en 2000. Un texte magnifique qui dévoile les désirs adolescents, censuré à n’en pas douter pour la chaleur humide qui s’en dégage, comme si, objectivement, l’amour ne se glissait que dans les mains tenues aux terrasses des cafés. Pudibonderie mal placée, qui plus est devant cet imposant cri passionnel. Mais l’amour et la sexualité au féminin, et qui plus est l’amour homosexuel, fait jaser et grincer des dents d’une époque, pas encore tout à fait révolue ceci dit.

« Donnez-nous vos haillons, saisons. Soyons les vagabondes aux cheveux laqués par la pluie. Veux-tu Isabelle, veux-tu te mettre en ménage avec moi sur le bord d’un talus ? Nous mangerons nos croûtons avec des mâchoires de lion, nous trouverons le poivre dans la bourrasque, nous aurons une maison, des rideaux de dentelle pendant que les roulottes passeront et s’en iront aux frontières. Je te déshabillerai dans les blés, je t’hébergerai à l’intérieur des meules, je te couvrirai dans l’eau sous les basses branches, je te soignerai sur la mousse des forêts, je te prendrai dans la luzerne, je te hisserai sur les chars à foin, ma Carolingienne. »

Plus largement, nous plongeons dans un contexte, une époque, l’atmosphère des pensionnats, la retenue de vigueur, les non-dits, les tours de passe-passe, les bonnes planques.

De Violette Leduc, je ne connaissais que La main dans le sac, qui aurait également dû figurer dans Ravages, ou quelques extraits ici ou là. Il va sans dire que je vais m’en aller plonger dans ce roman sans tarder, et fouiller encore davantage l’oeuvre de cette autrice au tempérament affuté.

Thérèse et Isabelle
Violette Leduc
Gallimard
1966
142 pages

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