A la grâce des hommes – Hannah Kent

Dans l’Islande du 19ème siècle, Agnes Magnusdottir est condamnée à mort pour avoir participé au meurtre de son amant.
Elle n’a jamais eu la vie facile, Agnes. Abandonnée par sa mère à l’âge de 8 ans, elle s’est accoutumée à la rudesse, allant de ferme en ferme, tentant de trouver sa place, une vie un peu moins dure, et pourquoi pas penser à se marier, fonder une famille. Sa rencontre avec Natan Ketilsson va lui redonner espoir, mais l’homme est spécial, particulier, manipulateur, et l’issue de leur relation enflammée sera finalement bien dramatique.

L’île ne possédant pas de prison, les trois condamnés sont envoyés chez l’habitant dans l’attente de leur exécution. Agnes rejoint ainsi la ferme de l’adjoint du commissaire de police. Si la main d’œuvre supplémentaire apportée par la jeune femme n’est pas de refus, l’idée d’héberger une criminelle n’est franchement pas réjouissant pour la famille de Jon et Margret. La méfiance est reine face à l’inconnu et à l’ignorance. Et puis petit à petit, au gré des visites du sous-révérend Thorvardur Jonsson, l’histoire de cette femme se dessine, et montre combien l’évidence n’est pas si limpide qu’elle n’y paraît.

« Nos souvenirs sont aussi mouvants qu’un tas de neige poudreuse en plein vent. Aussi trompeurs qu’une assemblée de fantômes s’interrompant les uns les autres. Seule demeure en moi la certitude que ma réalité n’est pas celle d’autrui. Partager un souvenir, c’est risquer d’entacher ma mémoire des faits. »

Pour son premier roman, Hannah Kent s’est inspirée de faits réels portant sur l’histoire de la dernière condamnation à mort en Islande, survenue en 1828. Au fil de ce roman, on découvre ainsi la vie d’Agnes Magnusdottir au gré de ses conversations avec l’homme d’église chargé de l’accompagner jusqu’à sa mise à mort. Si l’on aborde la peine de mort, la justice, la religion, il ne s’agit pas tant pour l’auteure de soulever de majeures questions de société que de poser un contexte d’époque pour un roman qui s’intéresse avant tout à l’humain. Hannah Kent s’intéresse aux modes de vie d’une époque rude dans un pays où les conditions et les habitudes de vie sont aussi éprouvantes. Les chapitres s’intercalent de flashbacks, de correspondances et de témoignages, ajoutant du rythme à un récit déjà fluide. Hannah Kent mène des ateliers d’écriture, et assurément, elle sait cadrer et scénariser son histoire et l’enrichir habilement.
Le vent s’infiltre entre les pages de ce récit de caractère romanesque somme toute assez classique, mais qui trouve son originalité dans son écrin islandais à l’atmosphère singulière et aux grandes étendues glacées et humides.

A la grâce des hommes / de Hannah Kent. Presses de la cité. 2014

Lu dans le cadre de l’opération Masse critique. Merci à Babelio et aux éditions Presses de la cité pour cette découverte.

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