Bondrée – de Andrée A. Michaud (Rivages)

Eté 67. Les vacanciers ont investi les chalets qui bordent le lac Boundary Pound, au sud du Québec, un îlot de verdure aux allures de réserve naturelle entre lac, bois et montagnes. Un genre de communauté saisonnière s’est formé au fil des années, les barbecues s’animent, les jeunes se retrouvent, expérimentent, profitent de la liberté estivale. Jusqu’au jour où Zaza Mulligan est retrouvée morte près d’un piège à renard. Dès lors, l’ambiance s’appesantit, l’insouciance adolescente devient rance et l’on n’entend plus les jeunes filles délurées chanter à tue-tête “Lucy in the sky with diamonds”.   

« Ils n’avaient que vingt ans quand mon frère Bob est né, vingt-trois quand je suis arrivée à mon tour, vingt-huit lorsque Millie s’est pointée et, s’ils n’étaient pas pour autant devenus vieux, leur vision du bonheur s’était rétrécie, elle avait pris la forme d’une véranda et d’un jardin fou où poussaient pêle-mêle le persil et les glaïeuls. »

Andrée est encore une fillette. Elle observe, s’interroge, à sa hauteur. Elle grandira d’un coup lors de cet été 67, dans ce huis clos humide et chaud. Elle raconte le off, la tension qui monte, les ressentis, les comportements qui changent. La police du Maine est chargée de l’enquête, les battues se succèdent, les suspicions prennent corps, les regards changent, les langues sont sous contrôle, et de vieilles histoires locales refont surface. 

« Je n’ai rien oublié des forêt de Bondrée, d’un vert à ce point pénétrant qu’il me semble aujourd’hui issu de la seule luminosité du rêve. Et pourtant, rien n’est plus réel que ces forêts où coule encore le sang des renards roux, rien n’est plus vrai que ces eaux douces dans lesquelles je me suis baignée longtemps après la mort de Pierre Landry, dont le passage au cœur des bois continuait de hanter les lieux. »

Andrée A. Michaud livre ici un roman finement ficelé à l’atmosphère envoûtante. On sent les odeurs, de la forêt, de la nuit, de l’huile de castor, on perçoit les bruits, des branches qui craquent, des voisins qui appellent, du chien qui aboie au loin. Les personnages sont singuliers, originaux, dotés de caractère, ce qui permet à l’auteure d’explorer les recoins psychologiques, les relations interpersonnelles et la mémoire collective. L’adolescence est également au cœur du roman, avec un regard appuyé sur le rapport au corps et aux apparences. 

Le roman est livré dans son jus, avec une écriture aux petits oignons et une langue originale mêlant le français, l’anglais et des expressions du cru québécois, autant dire que l’immersion est totale. 

Coup de cœur pour ce roman noir épais, brumeux, enveloppant et non dénué d’humour. A découvrir !

« Boundary était enveloppé du calme succédant au drame, de l’engourdissement des jours de deuil, quand tout le monde se croit tenu de chuchoter, de baisser le volume de la radio, de garder les enfants à l’intérieur. Ce silence durerait tout au plus une journée ou deux, puis le bruit reprendrait ses droits. La mort de Zaza Mulligan, comme toute autre mort, ne parviendrait pas à étouffer éternellement le rire des survivants. »

Bondrée
Andrée A. Michaud
Rivages
2016
362 pages
Paru également en poche 

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