Come prima

Deux frères en froid font la route ensemble pour les funérailles de leur père en Italie. Giovanni et Fabio ne se sont pas vus depuis une quinzaine d’années, et pas beaucoup plus avant. Des années auparavant, Fabio a rejoint les chemises noires de Mussolini, puis il a quitté le pays quand ça commençait à sentir de roussi.
Nous sommes au début des années 60 et nous embarquons à bord d’une fiat 500 un peu pourrie pour un trajet long et périlleux, avec les deux frangins qui n’auront d’autre choix que de faire le point et lever le voile sur les secrets de famille.

« Je m’appelle Fabio Foscarini, et je n’ai pas revu mon pays depuis tellement longtemps que je ne sais même plus si c’est moi qui l’ai quitté ou si on m’en a chassé. »

Alfred, je l’ai découvert avec Je ne mourrai pas gibier où il adapte très brillamment l’excellent et dramatique roman de Guillaume Guéraud. Dans Pourquoi j’ai tué Pierre, il illustre avec beaucoup de pudeur le bouleversant scénario autobiographique de son ami Olivier Ka. Alfred saisi l’émotion dans ce qu’elle a de plus subtil, lui donne de la texture, et pourrait répondre à une devise du genre « une case dessinée vaut mieux qu’un long discours ».

comeprima2Avec Come prima, il signe un road-movie tranquille (j’entends par là qu’on est loin de la course poursuite…) aux multiples facettes. Il ouvre le dossier des histoires de famille et aborde par ce biais l’incompréhension, les malentendus, les souvenirs, les erreurs de parcours, les tâtonnements, les rancoeurs, les regrets, les difficultés à se positionner, entre celui qui est parti rejoindre ses idéaux il y a bien longtemps, et celui qui est resté. Pourtant, les dés ne sont pas jetés, car rien n’est jamais si simple. Et en toile de fond, la montée du fascisme en Italie.

comeprima1Comme à son habitude et comme il sait si bien le faire, Alfred pose une ambiance. De ses teintes sobres et pâles il place son décor, l’environnement, les parfums, la chaleur de l’air. Avec ses bleus et ses rouges il fait intervenir les éléments du passé. De ses jeux de cadrages, il rythme, prend de la hauteur, accentue. Il est également toujours très attaché à la psychologie de ses personnages, à leur tempérament, à travers lesquels il exprime des images fortes avec un ton très juste.

« Giovanni m’a souvent parlé de toi, et même si je ne te connais pas, tu as toujours existé… Mais je ne supportais plus de ne pas savoir qui tu es. Comment quelqu’un qu’on ne connaît pas peut-il manquer à ce point ? »

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette BD. Alfred semble être bien à l’aise dans le domaine des chroniques sociales, avec la capacité à évoquer des sujets pas toujours évident avec empathie et pudeur, en donnant une touche de poésie à des situations pourtant bien réalistes. A découvrir et à partager.

Come prima / Alfred. Delcourt (Mirages). 2013
Fauve d’or (prix du meilleur album) au festival d’Angoulême 2014

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