La femme-brouillon – Amandine Dhée (La Contre-allée)

« Le père est une mère très acceptable. Le lien qu’il tisse avec le bébé me cause une immense joie. Il paraît que les rôles non sexués, ça fout en l’air les fondements de notre société. Tant mieux, on en créera d’autres. »

La maternité dite sans fard. La maternité contemporaine, féministe, contradictoire. Amandine Dhée témoigne de son expérience, comme un direct lancé dans les préceptes véhiculés par quiconque à voix au chapitre dans notre société encline au progrès. Elle dit les difficultés à se placer, à se trouver, à profiter tout en sachant garder une part d’égoïsme, maintenir l’individu au-delà du statut. Elle témoigne des visages de la maternité sur lesquels on communique peu, de la parentalité, des angoisses, des paradoxes. Elle ne nie pas le bonheur et les moments extra-ordinaires, mais pointe aussi les moments de flottement, si souvent tus au bénéfice de la sacro-sainte image de famille Ricoré souriante et sans orage.

« Mon ventre bascule dans le domaine public.
On s’autorise des gestes déplacés en temps normal, on touche mon ventre comme un gris-gris, le dos du bossu, la tête du singe. Moults commentaires, il est petit, rond, carré, vers l’avant, non, vers l’arrière. Plutôt que de ringardes félicitations, beaucoup me gratifient de traits d’esprit sur mon soudain embonpoint, si bien qu’on me répète à longueur de journée que, dis-donc, j’ai sacrément grossi. Je fais preuve à leur égard d’une patience toute maternelle. »

Un court texte dans lequel j’ai pour ma part trouvé beaucoup d’échos. Avec justesse, pudeur et humour, Amandine Dhée fait mouche, pointant les contradictions qui nous assaillent, entre ce que l’ont veut, ce que l’on peut, ce que l’on est. Un texte à faire circuler largement, et pas seulement auprès des (futures) mères, et seulement auprès des femmes… Belle surprise.

« Le meilleur moyen d’éradiquer la mère parfaite, c’est de glandouiller. Le terme est important car il n’appelle à aucune espèce de réalisation, il est l’ennemi du mot concilier. Car si faire voeu d’inutilité est déjà courageux dans notre société, pour une mère, c’est la subversion absolue.
Le jour où je refuse d’accompagner père et bébé à un déjeuner dominical pour traîner en pyjama toute la journée, je sens que je tiens quelque chose. »

A noter, tout juste sorti en librairie, A mains nues, dans lequel l’autrice poursuit sa réflexion, explorant cette fois le désir féminin. Vous en saurez plus ici-même prochainement 🙂

 

La femme-brouillon
Amandine Dhée
La Contre-allée
2017
86 pages
paru en poche chez Folio

3 commentaires sur “La femme-brouillon – Amandine Dhée (La Contre-allée)”

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