La fille dans l’escalier – Louise Welsh

–Un thriller d’atmosphère angoissant–

Jane et Petra ont choisi de faire un enfant ensemble, et de quitter Londres pour s’installer à Berlin. Petra a pris les devants, a trouvé leur nouvel appartement qu’elle a commencé à décorer. Lorsque Jane la rejoint, enceinte jusqu’aux dents, elle tente de faire son nid dans cette nouvelle ville. Mais si leur logement est à la pointe du design, il est loin d’être chaleureux. Elle doit également se familiariser avec la langue allemande qu’elle ne connaît pas. Et puis Petra est souvent absente, accaparée par son travail.
Jane se focalise rapidement sur les bruits de l’immeuble, les claquements de porte, les disputes, les cris. Persuadée que son voisin est violent avec sa fille Anna, elle guette les va-et-vient, questionne les habitants du quartier. Le médecin apprécie peu le zèle de la jeune femme, et l’adolescente, toujours plus provocante, ne semble pas plus ouverte au dialogue. Jane continue de mener son enquête, quitte à se mettre en danger. A cela s’ajoute l’immeuble désaffecté situé en vis-à-vis. Intriguée et fascinée, Jane s’emballe et perd peu à peu les pédales.

Le déroulement du roman est lent. Louise Welsh pose le cadre et prend son temps. Mais lorsque le manque d’action et l’impatience du démarrage commencent à se faire sentir, le piège est déjà installé, Louise Welsh a tissé sa toile et vous y être bel et bien coincé. Car l’effet est là, insidieusement l’angoisse s’installe, la pression monte. Jane est-elle paranoïaque, son imagination lui joue-t-elle des tours, ou met-elle le doigt sur de réels problèmes de violence ? Louise Welsh maîtrise totalement la construction de son intrigue et l’art de créer une atmosphère en offrant ici un climat à la Rosemary’s baby (sans le côté mystique) à vous glacer le sang.  Pas très vif mais absolument prenant.

« L’eau chaude coulait encore, et de la vapeur commençait à voiler les miroirs. Elle se lava le visage, puis coupa l’eau et s’observa dans la glace embuée. Prenait-elle des joues ? Elle se pinça la peau et hoqueta en voyant bouger un reflet du coin de l’œil ; c’était stupide de se faire peur toute seule. Maintenant que l’eau avait cessé de couler, Jane prenait conscience du silence. C’était le milieu de la nuit et tout le monde à part elle était couché.

Non, pas tout le monde. Des voix filtraient à travers le mur. Même si son allemand avait été meilleur, elles auraient été trop faibles pour lui permettre de distinguer les mots, mais Jane percevait de la colère dans leurs salves crépitantes. Les disputes tardives, alimentées par l’alcool, étaient toujours les pires. Elle se détourna, prête à regagner la chaleur du lit, mais le bruit d’un objet qui se fracassait dans l’appartement d’à côté l’arrêta net. Sa main chercha le bord du lavabo, la porcelaine solide un réconfort contre sa peau. La voix la plus forte s’éleva, dure et masculine, comme si le fracas avait été un prélude à son crescendo. Jane crut percevoir des sanglots sous les cris. Était-ce un enfant qui pleurait ? »

La fille dans l’escalier / Louise Welsh. Métailié (Noir « Bibliothèque écossaise »). 2014
(Challenge Thrillers et polars #06)

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