La tuerie – Laurent Galandon et Nicolas Otero (Les Arènes)

A sa sortie de prison, Yannick se fait embaucher dans l’abattoir du coin. Une mission intérim comme une autre, à cela prêt que les conditions de travail sont loin d’être banales, et qu’il n’est peut-être pas là par hasard.

« Ici, c’est une bête tuée toutes les 1 minute 30 et toutes les minutes en période de promotion !  Il faut tenir la cadence, c’est le maître-mot ici, la cadence. »

Le titre ne fait pas dans la dentelle et nous sommes cueillis dès le départ par un texte glaçant de Guillaume Meurice. On ne s’attend donc pas à une apologie de la bavette échalotes ou du filet américain. La consommation de viande fait débat, et si elle en prend pour son grade ici, il ne s’agit pas d’un positionnement à charge. Les auteurs prennent de la hauteur en insufflant une dimension sociale très forte et un angle polar bien mené. Sans généraliser les conditions de travail en abattoir ni les traites des animaux en ces lieux, ils mettent tout de même bien les pieds dans le plat, pointant les questions de pénibilité au travail et de dignité, qu’elle soit sociale, humaine ou animale.

L’angle choisit pour aborder le sujet est intéressant, constructif et mordant, n’opposant pas l’homme à l’animal, mais les associant comme victimes communes d’un système régit par le profit et les cadences inhérentes. Ainsi, le coeur du propos ne se situe pas tant dans le débat végé / carné, mais dans l’industrialisation à outrance, du système qui génère ça, et des comportements consommateurs qui favorisent sa pérennité.

Les personnages sont campés de façon très réaliste, avec des failles, de la fierté, des coups durs. Au dessin, Nicolas Otéro dissèque, souligne, renforce, avec un sens de l’hémoglobine plus vrai que nature.

Un thriller original et efficace, révélant une satire sociale à travers un polar tendance magouilles. Très fort !
(Bon après, on ne va pas se mentir, si vous aviez prévu de manger un steak dans la foulée, vous aurez sans doute du mal à le regarder en face.)

 

La tuerie
scénario Laurent Galandon
dessin Nicolas Otero
Les Arènes BD
2019
142 pages

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7 commentaires sur “La tuerie – Laurent Galandon et Nicolas Otero (Les Arènes)”

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