La vie – Régis de Sa Moreira

La vie telle qu’elle est mais comme on y pense que trop peu. Un enchevêtrement de petites choses, pensées passagères, qui l’air de rien laissent leurs traces. Un effet papillon romanesque où l’on saute d’un personnage à un autre comme on sauterait du coq à l’âne, de pile à face, de chapeau de paille à paillasson. Un clin d’oeil, un sentiment, une sensation, une odeur, des mots, des réflexions. Ici on ne s’attache pas aux personnages, on prend tout. Des personnages qui se succèdent, un parcours de situations diverses, qu’elles soient anodines, dramatiques, cocasses ou blasées.

Une idée qui pourrait paraître un peu facile mais pas si simple à faire durer ; une cohérence habile, des situations quotidiennes emballées par l’art du dialogue de l’auteur et un sens de la répartie que j’aime personnellement beaucoup.

Régis de Sa Moreira semble avoir un état d’esprit très particulier. Chaque roman confirme cette impression. Un monde [extra]ordinaire où tout est possible, à la frontière du surréalisme presque.

Un libraire de jour comme de nuit, qui vit là, au cas où un client viendrait. Zéros tués où une femme découvre trop tard son mari pendu et se remémore les moments passés. Comment vas-tu ? J’ai connu mieux. A oui, quand ? …

Pas de temps à perdre, avec Ben et Fontaine, qui se rencontrent devant chez l’épicerie, qui est « fermé pour cause de pas content ». Ils décident d’en savoir plus, de demander au facteur qui sait toujours tout. Restent ensemble, déambulent, s’attachent, trouvent une maison, leur maison, celle qui se déplace dans la ville, mangent du cassoulet et se goinfrent de pamplemousse.

Mari et femme, entre un mari écrivain qui n’écrit plus, mangeant des chips en attendant l’inspiration et une femme agent littéraire hyper active. Un pacte de séparation en cours mais mis en stand by par une surprise matinale, lorsque les corps ont permuté.

Il reprend les petites choses de la vie, qui la remplissent, leur caractère éphémère, leurs travers, leurs dérives. Tout cela avec une fausse légèreté, du pince-sans-rire, de l’absurde l’air de rien. En somme, encore un sacré bon moment passé avec ce nouveau De Sa Moreira.

Un roman assez court, qui se lit d’une traite, ou se grignote par petits bouts.
Un texte qui doit prendre beaucoup d’ampleur en lecture à voix haute, c’est certain.

Un grand merci à Babelio et aux éditions du Diable Vauvert pour cette lecture.

La vie / Régis de Sa Moreira. Au Diable Vauvert. 2012

« Je passe la voir l’après-midi quand il n’y a pas trop de monde dans la boutique et je lui apporte chaque fois des livres. Je n’ai jamais vu une femme qui aimait tant la lecture. Presque autant que ma mère le repassage…Je n’arrêtais pas de m’en plaindre mais dans le fond j’adorais ça. J’attendais d’être tranquille à la maison, je déplais la table à repasser dans le salon, je choisissais un film, une comédie sentimentale en général, et je repassais en suivant l’histoire d’un oeil. Il n’y avait aucun moment dans ma vie où je me sentais si bien. Même ma lune de miel avec mon mari ça n’était pas si bien…

C’est franchement d’un glauque il faut dire. Deux semaines dans un bungalow sans rien d’autre à faire que s’envoyer en l’air et boire des cocktails en se répétant qu’on s’aime. Au bout de trois jours j’enviais les pêcheurs qui partaient à l’aube et ne rentraient que le soir…

C’est bien quand ça mord mais quand on revient bredouille c’est pas facile. Faute de manger, on picole et le lendemain on déguste. La gueule de bois sur une barque en plein soleil, je ne la souhaite à aucun touriste, même pas à un Français…

Je n’ai plus besoin de voyager, je trouve tout dans mon quartier ! Si je veux manger péruvien, je n’ai qu’à composer un numéro. Si je veux baiser philippin, un autre. L’important c’est de ne pas se tromper… » (page 70)

la vie moreira

Laisser un commentaire