Librairie Saint Hortense (Rochefort-en-Terre, Morbihan)

Rochefort-en-Terre est un village d’artisans situé au coeur du Morbihan, un village médiéval charmant mais aussi très prisé par les touristes, ce qui s’est sans doute encore amplifié depuis son titre de « village préféré des français »en 2016.

La librairie surplombe le village avec beaucoup de classe aux portes du château. Avec un tel nom et une telle prestance, on pourrait s’attendre à une librairie patrimoniale ou spécialisée en livres anciens. Il n’en est rien mais ce qu’on y trouve est tout aussi précieux.

Comme va nous l’expliquer son fondateur Thierry Limon Duparcmeur, une autre librairie a déjà siégé ici même. Pour autant, celle-ci est encore toute jeune puisqu’elle a ouvert ses portes en juin 2017... Un lieu avec beaucoup de cachet et de goût dans l’aménagement, et un choix éditorial absolument réjouissant. Les éditeurs indépendants occupent largement le terrain aux côtés titres à plus gros tirages, tous choisis avec attention. Vous y trouverez des romans, des polars, un beau choix de BD, du documentaire avec notamment des essais, des textes engagés, du beau livre, un très chouette choix en jeunesse et une sélection régionale éclairée. Bref, si vous passez dans le coin, je ne saurais que trop vous recommander d’aller y faire un tour. Et si vous vivez dans le coin, pour sûr que vous y verrez un nouveau lieu d’inspiration pour vos prochaines lectures.

La librairie est encore toute jeune puisqu’elle a ouvert ses portes en juin dernier. Comment la définiriez-vous, et pouvez-vous au passage nous dire quelques mots sur votre parcours ou vos envies par-rapport à ce lieu ?

Thierry Limon Duparcmeur : Toute jeune, oui et non. C’est, en fait, une renaissance, car mon épouse a déjà tenu une librairie dans les mêmes locaux de 2004 à 2012. Pour ma part, après 33 ans passés dans l’automobile, mais amoureux depuis toujours de la langue française et de l’écriture, j’ai souhaité fait revivre ce lieu. D’autant qu’il n’existait, à ce jour, aucune librairie généraliste dans la Communauté de Communes de Questembert, qui rassemble pourtant plus de 20 000 habitants.

Votre librairie est située à l’entrée d’un village très  touristique. Pour autant, à travers les livres que vous proposez, on sent bien votre volonté de sortir des sentiers battus et d’offrir à vos clients et touristes de passage un choix finement mûri avec notamment une belle sélection d’éditeurs indépendants. Comment avez-vous fait vos choix à l’ouverture et que souhaitez-vous proposer de façon globale aux visiteurs ?   

Bien-sûr, dans un village touristique situé dans une région à forte identité, le visiteur souhaite trouver les ouvrages liés à l’histoire ou aux contes et légendes locales : c’est pourquoi j’ai un large choix de livres dans ce domaine. Mais je considère aussi que l’intérêt d’une librairie indépendante, c’est de susciter la curiosité, de surprendre, de développer l’esprit critique, et surtout de faire découvrir des livres et des auteurs qui ne sont pas forcément très présents dans les medias et les grands circuits de diffusion. C’est pourquoi, à la librairie Sainte-Hortense, vous pouvez trouver aussi bien les contes d’Anatole Le Braz que les essais de Noam Chomsky, le dernier  roman de François-Henri Désérable ou en encore les romans graphiques de Darryl Cunningham. Sans oublier un grand rayon pour la jeunesse !

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le nom de la librairie ?

La librairie est aménagée dans les anciennes écuries de la Villa Sainte-Hortense. La villa Sainte-Hortense a été édifiée de 1898 à 1902 par Louise Mougeat, orpheline très jeune, qui fut élevée par son oncle et sa tante : Léon et Hortense Bouchant. D’où le nom de la villa, qui a elle-même donné son nom à la librairie. Détail amusant qui n’échappe pas aux spécialistes de la question : il n’y a jamais eu de Sainte-Hortense dans l’histoire de la chrétienté. En revanche, on a trace d’un Saint-Hortens, qui fut évêque de Césarée et martyr au IIe siècle.

Ouvrir une librairie n’est pas un choix anodin. Comment envisagez-vous le métier de libraire aujourd’hui et comment l’imaginez-vous évoluer ?  

Il y a deux valeurs auxquelles je suis particulièrement attaché : la liberté et la tolérance. La liberté en tant que fondement même de mon Etre, la tolérance en tant que condition nécessaire de la liberté de l’Autre. Le livre est un outil de développement de la connaissance, donc de la liberté. Et il n’existe que grâce à la tolérance : ce n’est pas un hasard si toutes les dictatures se sont toujours attaquées au pouvoir du livre.

Je vois le libraire, d’aujourd’hui mais aussi de demain, comme un messager de la liberté et de la tolérance. En Europe, nous vivons, certes, politiquement, en démocratie, mais la dictature de la pensée induite par le capitalisme libéral est bien là. Y compris dans le monde de l’édition. Le libraire indépendant, c’est celui qui s’attache à échapper à cette dictature du « prêt-à-penser » pour faire partager à ses clients d’autres choix, d’autres points de vue, d’autres angles d’analyse que ceux qui sont matraqués par les médias de masse.

Pour ce faire, il a la chance, en France, d’être préservé par la loi de 1981 sur le prix unique du livre qui permet aux libraires et aux éditeurs indépendants de continuer à exister dans des conditions économiques acceptables, et donc de préserver la pluralité et la diversité de l’offre éditoriale.

Et pour terminer, quels sont vos coups de cœur du moment ? 

J’ai deux coups de coeur à vous faire partager, que j’aime pour des raisons différentes :

1) le premier, c’est un livre sorti récemment, en mai dernier. Je l’apprécie pour les idées qu’il défend :

Ce qu’ils font est juste – Collectif – Editions Don Quichotte
La Williamson et la Fradin n’ont pas la même conception de l’accueil que Madame Oliveira et M. Holett.
Moi, l’habitante de la rue Brillat-Savarin, je me suis fait réprimander par les forces de l’ordre quand j’ai tenté de me préoccuper du sort des oiseaux qui peuplent les pommiers du Japon de ma rue.
Et que dire du Maestro qui, dans le vice royaume de Naples, recueille une pauvre femme enceinte qui n’entre dans aucune case, puisqu’elle n’est « ni esclave, ni servante, ni épouse, ni putain » ?
En prose ou en vers, sous forme de récit ou de fable, vingt-sept écrivains réunis par Enki Bilal nous parlent de ceux qui enfreignent la loi pour protéger l’autre, l’exclu, le rejeté.
Pas de leçon de morale. Pas de jugement péremptoire. Pas de position doctrinaire. Juste des petites histoires souvent pleines d’humour qui alimentent notre réflexion sur un sujet ô combien d’actualité… qui le restera encore longtemps.

2) le deuxième, je l’ai adoré pour sa qualité littéraire :

Chanson douce – Leila Slimani – Editions Gallimard
Les ouvrages qui jouissent d’un excès de publicité inspirent souvent la méfiance. Parfois à juste raison, parfois pas.
Le roman qui a reçu le prix Goncourt 2016 est parvenu à procurer, à l’amoureux du style que je suis un plaisir de lecture comparable à celui que j’ai ressenti en lisant les Fleurs du Mal, la Recherche du Temps Perdu ou l’Etranger.
Leila Slimani n’a pas besoin de l’artifice du suspense pour capter l’attention de son lecteur : la fin de l’histoire, dramatique, est connue dès la première page, dès la première phrase. Une phrase de quatre mots, cinglants : « Le bébé est mort ». La petite fille ne survivra pas non plus.
L’histoire n’a d’ailleurs que peu d’importance : tout le livre est consacré à disséquer, avec une méticulosité et une élégance qui vous happent de page en page, la psychologie des personnages, l’évolution progressive mais rapide de leurs relations, le cheminement vers l’inéluctable.
Des phrases courtes. Au présent. Un style percutant, rythmé, sensuel. Une tension ininterrompue tout au long du récit. Du grand art.

C’est où, on y va quand ?

16 rue du château
56220 Rochefort-en-Terre

mar-dim 10h15-19h

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