L’origine du monde – Liv Strömquist (Rackham)

Le sexe féminin enfin dépoussiéré ! Et Liv Strömquist ne fait pas les choses à moitié. Auteure de BD, journaliste et militante féministe, elle mélange ses cordes et les codes dans des albums édifiants qui en disent long sur les relations entre les femmes et les hommes.

Après avoir décortiqué les relations amoureuses dans l’excellent Les sentiments du prince Charles, elle s’est intéressée plus spécifiquement au sexe féminin, et il y avait du pain sur la planche. Elle ouvre les réjouissances en abordant l‘histoire du sexe féminin dans ce qu’il a pu intéresser les messieurs, médecins, psychiatres, penseurs, de façon clairement trop appuyée (et allumée). Elle décerne la palme à sept hommes qui se sont un peu trop intéressés à ce qu’on appelle les « organes féminins », notamment le docteur John Harvey Kellogg (le même que les céréales, ça laisse songeur), qui avait du mal à encaisser la masturbation féminine et préconisait l’application d’acide phérique pur sur le clitoris (rien que ça) pour couper court à toute excitation (tu m’étonnes !). On croise également Saint Augustin, si souvent cité pour ses pensée éclairées, et qui n’a en fait pas été le dernier à décrier le sexe des femmes (après en avoir bien profité, comme quoi les changements d’humeurs…). 

Liv Strömquist creuse ensuite la question de la représentation du sexe des femmes dans l’histoire, pas toujours si lointaine, avec autant d’exemples plus sidérants et éclairants les uns que les autres. 

Elle pose le problème de la vulve jusqu’à son nom, l’ignorance dont elle est victime, et tous ces hommes chatouilleux qui se sont pressés d’y ajouter leur grain de sel au fil du temps. Les exemples sont pertinents, retentissants, édifiants et lourds de sens dans ce que l’on peut encore voir ou entendre aujourd’hui dans nos sociétés contemporaines. 

Et pour finir en beauté, place à la couleur pour un voyage au pays des menstrues, ou comment on peut encore nous farcir la tête avec de fraîches considérations mal placées. 

C’est la somme d’un véritable travail d’investigation que Liv Strömquist nous fait part ici, et rien que pour ça, on devrait la remercier mille fois. Un essai d’autant plus éclairant lorsque l’on constate le sur-place encore trop souvent constaté, contraception, reconnaissance des maladies gynécologiques, épisiotomies à la volée, trois exemples parmi tant d’autres. 

Le dessin est naïf, décalé dans sa forme, avec le propos et avec la somme des informations transmises. On passe du temps à décortiquer et digérer les propos. Tout est documenté, sourcé, daté, c’est stupéfiant. Cerise sur le gâteau, c’est fait avec énormément d’humour (aussi jaune soit le rire), on ne s’ennuie pas une seconde et on en redemande. Un incontournable à avoir dans ses étagères et à faire tourner et à laisser traîner. 

L’origine du monde
Liv Strömquist
Rackham
144 pages
2016

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22 commentaires sur “L’origine du monde – Liv Strömquist (Rackham)”

    1. Je peux comprendre que le graphisme rebute, mais ce n’est d’ailleurs pas le propos de cet album, qui tient davantage de l’essai, mais sous une forme plus fun 😉 (enfin tout est question de point de vue)

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