Par les rafales – Valentine Imhof (Rouergue)

2006 dans l’est de la France, un couple dans une chambre d’hôtel. Un homme bientôt mort.

Alex n’est pas banale, c’est le moins qu’on puisse dire. Jeune femme insaisissable, draguant la discrétion sans pour autant passer inaperçue, elle dissimule les fêlures et les restes de mauvaises rencontres sans pour autant s’en accommoder. Alors elle fait comme elle peut, répondant à un besoin viscéral de s’en libérer, quitte à laisser quelques corps inertes sur son passage.

« Elle sourit aux premiers accords de « Yesterday is Here ». Parce qu’il n’y a rien de plus vrai. Cette ballade simple, tranquille, désabusée, la conforte. Il n’y a plus d’aujourd’hui, ni de plus tard, plus rien à attendre ni à espérer, quand hier obscurcit tout. Hier, là, constamment, et tous les hier de sa putain de vie dans lesquels elle patauge, qui l’engluent, la suffoquent, l’entraînent chaque jour un peu plus vers le fond. Elle est lestée par ses souvenirs, entravée par les mauvaises décisions et les mauvaises bifurcations qu’elle a prises et qui lui pètent à la gueule. Tous les jours un peu plus fort. Elle n’y arrive plus. »

Pour son premier roman, Valentine Imhof ne fait pas les choses à moitié, avec un texte noir, profond, rageur, où la violence flirte avec la poésie, où les mots ont un poids incommensurable, et où les corps en disent encore plus long.

La culture est omniprésente, musicale, littéraire, picturale, mythologique, saturée. Le dépaysement est total, que l’on soit à Metz, à la Nouvelle-Orléans, à Gand, sur les Iles Shetland ou à Terre-Neuve. Les sensations sont entières, puissantes, ravageuses.

« Le dernier jour du monde vient de commencer. C’est le début de Ragnarök ! Le temps des tempêtes formidables et des loups dévoreurs de cosmos. La dernière grande bataille avant l’anéantissement. Elle sourit un instant en entendant la voix chantante de sa grand-mère Hjördis lui conter les grands mythes de sa Norvège natale. Le fracas sonore la galvanise, elle peut y discerner la clameur des guerriers qui frappent leurs boucliers du plat de leurs haches avant l’assaut final. Et la digue qui contient toute sa haine, ce poison noir qu’elle sécrète en continu depuis des mois, s’ébranle, se fissure et finit par céder. Loki, le dieu menteur, le traître, l’écumant, l’accompagne. Elle s’en remet à lui, caresse l’arrière de son crâne où sont tatouées les quatre runes de son nom, et elle se lance, boule de rage, dans le combat. »

Les éditions du Rouergue ont pour habitude de nous dégoter des romans forts, et quand ils sont noirs, des textes qui ne laissent pas indemne. Avec ce premier roman Valentine Imnof nous laisse la langue pendante, impatients de connaître ce qu’elle a encore à nous dévoiler. Tout est à la fois brut et subtil dans ce roman. L’éditeur décrit un roman « incandescent », on ne peut pas mieux dire. Ce roman laisse des traces, et pour ma part une pressante envie d’Irish coffee. Une pépite noire à ne pas laisser filer.

« Il tombe une bruine pisseuse qui rend glissants les pavés. Elle allume une clope, met sa capuche et prend la direction de t’Zuid. Hoogpoort, puis à droite sur Botermarkt où elle fait une première escale dans un rade. Dans la vitrine, une publicité « Gulden Draak », dragon doré et lettrage rouge en néon, lui fait des clins d’œil canailles. Et la téléporte, dans l’instant, aux Shetlands, au Up Helly Aa, le dernier soir du festival viking. Pendant la crémation du drakkar. Son regard se brouille. Des flammes commencent à danser devant ses yeux, hypnotiques. Elle entend les crépitements et amorce un pas en arrière pour s’éloigner de la chaleur de l’incendie, quand les miaulements implorants d’un chat, qui se frotte contre ses chevilles, la font revenir à Gand, sur le trottoir. »

Par les rafales
Valentine IMHOF

Le Rouergue
2018
288 pages

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