Dans l’ombre du viaduc – de Alain Delmas (Intervalles)

A Teruel, petit village espagnol, en 1957, plusieurs jours de ferias se profilent. Arnaud Madrier est de passage pour l’occasion. Le jeune français va travailler un moment en Espagne, un collègue lui a proposé de découvrir les coutumes locales. Et ce qui l’intéresse justement Arnaud, c’est l’histoire du village, mais celle qui s’est déroulée 20 ans auparavant. L’histoire de son père aussi, qui a combattu durant la guerre civile au sein des Brigades internationales et qui a disparu comme un nuage de fumée. Mais réveiller les souvenirs attise les rancoeurs et l’amertume. Les comptes sont loin d’être réglés et certaines langues n’ont visiblement pas intérêt à se délier.

« Le vieux ferma les yeux et courba la tête, comme si, d’un coup, une extrême fatigue s’abattait sur ses épaules trop frêles pour continuer à supporter le poids d’un destin auquel il ne pouvait décidément échapper. »

L’écriture est agréable, fluide, efficace. Alain Delmas s’attache à décrire les lieux, la culture, les coutumes, le contexte social. Nous ne sommes pas dans du roman historique pur jus, davantage dans du roman noir, avec pas mal de pression. Un roman d’atmosphère, qu’il s’agisse du climat, de la localisation ou des personnages, où l’action s’impose très progressivement pour entrer dans un suspense absorbant. On ressent la chaleur, la violence, la méfiance, le mensonge, la gêne, les pressions politiques, les jeux de pouvoir. La guerre civile reste en filigrane, nous sommes dans l’après-guerre qui dure.

Certaines scènes sont certes un peu convenues, mais l’intrigue est bien ficelée, l’histoire forte et le contexte prenant. Les personnages sont fouillés et complémentaires. Arnaud, Paco, Rafael, Angelina, le père, Inès… Tous ont une histoire forte, tous ont connu des drames, en portent les cicatrices, cherchent des réponses. Alain Delmas décrit ainsi une population marquée par le franquisme en s’attachant à l’humain, aux questions de mémoire, de secrets, d’identité. Un premier roman réussi et très engageant pour la suite. Bref, je vous le recommande !

Dans l’ombre du viaduc / Alain Delmas. Intervalles, 2017

Merci aux éditions Intervalles pour cette lecture. 

Laisser un commentaire