Frappe-toi le coeur – de Amélie Nothomb (Albin Michel)

Vous avez déjà sans doute lu ou entendu pas mal de choses au sujet de ce roman qui ne manque pas de publicité. Je ne vais donc pas en faire des caisses. Ceci dit, j’avais tout de même envie d’en dire un mot ici, car c’est l’un des rares à m’avoir véritablement marqué depuis longtemps. Pas le meilleur certes, mais on retrouve un petit sursaut je trouve. J’en ai lu plusieurs au tout début, j’avais beaucoup aimé Hygiène de l’assassin, Attentat, Les catilinaires…, et j’ai ensuite pris le large lorsqu’elle a commencé à parler d’elle, à se prendre limite pour Dieu… J’ai parfois feuilleté quelques romans au fil des rentrées littéraires. Le fait du prince commençait bien mais s’essoufflait rapidement, Amélie Nothomb tombant dans les travers de l’effet Nothomb.

«  Quel plaisir d’être cent fois respirée, mille fois convoitée, jamais butinée ! Il y avait une joie encore plus puissante : il s’agissait de susciter la jalousie des autres. Quand Marie voyait les filles avec cette envie douloureuse, elle jouissait de leur supllice au point d’en avoir la bouche sèche. Au delà même de cette volupté, ce que disaient ces yeux amers posés sur elle, c’était que l’histoire en cours était la sienne, c’était elle qu’on racontait, et les autres souffraient de se découvrir figurantes, invitées au festin pour en récolter les miettes, conviées au drame pour y mourir d’une balle perdue, c’est-à-dire d’une brûlure qui ne leur était pas destinée. « 

Dans Frappe-toi le coeur, nous rencontrons une jeune femme qui pensait avoir la vie devant elle et qui s’est retrouvée avec mari et enfant alors que c’était sans doute la dernière chose qu’elle projetait à cet instant précis. C’est aussi l’histoire de cette enfant, que sa mère n’a jamais vraiment aimé et qui lui a bien fait sentir, une enfant qui s’est posé de nombreuses questions, une enfant qui a vu sa mère métamorphosée alors qu’elle l’attendait au 36ème dessous, une enfant qui a bien grandit et s’est finalement demandé comment le cœur fonctionnait, et s’il ne s’agissait pas après tout du véritable point de départ, s’évertuant ainsi à devenir cardiologue.

 » Si on formait les ingénieurs nucléaires comme on forme les cardiologues, ce serait tous les jours Tchernobyl. Quand même, il me semble que le coeur mérite autant de sérieux, sinon plus, que la radioactivité, non? « 

Amélie Nothomb mise toujours sur l’économie de mots, avec une écriture à la fois élégante et froide, à la manière de la jalousie qui devient rance d’amertume qu’elle décrit ici. Les relations humaines sont ainsi encore une fois au coeur du propos, les relations familiales, l’amitié. L’instinct maternel et l’amour filial sont passés à la moulinette, avec une certaine violence même.

Une bonne entracte donc, qui se lit d’une traite, où l’on retrouve à quelques entournures de pages le piquant glacé d’Amélie Nothomb.

Et vous alors, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Frappe-toi le coeur / Amélie Nothomb. Albin Michel, rentrée littéraire 2017

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