L’aquarelle – de Nathalie de Kaniv (Lazare et Capucine)

Le pitch :
Au hasard d’un voyage scolaire à Cambridge avec sa fille, Eileen découvre une aquarelle peinte par son aïeule. De fil en aiguille, elle comprend qu’elle vient de rencontrer une branche de sa famille dont elle ignorait l’existence.  Elle rejoint alors sa mère et sa grand-mère en Ukraine afin de lever le voile sur son histoire familiale…

A une époque où la surenchère d’effets spéciaux bat son plein, où les scénarios les plus alambiqués font les meilleures recettes, où les personnages les plus torturés sont plébiscités, l’aquarelle nous offre une pause de finesse. L’auteure prend son temps pour narrer une histoire assez simple mais qu’il est agréable de découvrir au fil des pages. Ne cherchez pas les frissons en lisant ce livre vous n’en trouverez pas.

Le secret de famille prend ses racines en Ukraine, Nathalie de Kaniv entrouvre une porte sur ce pays méconnu qu’il aurait été agréable de franchir guidé par cette historienne spécialiste des relations culturelles et artistiques en Europe de l’Est. Elle nous dévoile une saga familiale sur 6 générations qui révèle une tendance à la matriarchie dans laquelle les hommes meurent jeunes ou sont gentiment exclus du récit.

Si on se laisse emporter par la première moitié du livre pleine de retenue où le lecteur découvre en même temps que l’héroïne l’existence du mystère familial ; la seconde moitié est plus décevante, là où l’on s’attendrait à un parcours semé d’embuches pour sortir les « squelettes » du placard, l’héroïne obtient de manière bien trop facile les réponses à ses questions. On a du mal à adhérer au fait que ce secret soi-disant horrible ait pu tenir autant d’années alors qu’il faut à peine une journée à l’héroïne pour décider sa grand-mère à nous livrer l’intégralité de ce mystère qui dans les faits ne l’impliquait guère et dont tous les protagonistes sont morts. Ce qui était à la base inavouable se révèle somme toute assez fade. Et on aimerait plutôt connaître la vérité sur les énigmes auxquels l’auteure ne donne pas de réponse (l’identité de la mystérieuse tante polonaise par exemple).

Si l’on passe volontiers sur certaines incohérences dans l’intrigue démontrant la maladresse de l’auteure, on a plus de mal à lui pardonner sa répugnance palpable à aborder les problèmes féminins qu’elle aurait peut-être mieux fait tout simplement d’éviter. A moins qu’intentionnellement Nathalie de Kaniv ait voulu insister sur les tabous que les femmes s’infligent à elles-mêmes, dans une atmosphère de « non-dit » conférant ainsi au roman une ambiance malsaine dans la première partie, qui malheureusement ne se retrouve pas dans la seconde.

En somme, une écriture très légère de la main d’une personne qui signe son premier roman, mais habituée à traduire les paroles d’autrui. On comprend que l’auteure ait voulu rester en terrain connu pour donner de la consistance à son récit avant de se lancer dans l’inconnu, mais sortir des sentiers battus et s’aventurer hors du carcan scolaire et du milieu de la traduction lui aurait peut-être permis de forcer son imagination et d’écrire une histoire certes moins réaliste mais qui apporte un peu de suspense et de matière à une intrigue somme toute assez banale.

L’aquarelle / Nathalie de Kaniv. Editions Lazare et Capucine, 2017

 

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