Les vivants au prix des morts – René Frégni (Gallimard)

Passer du calme de l’arrière-pays provençal au grand banditisme marseillais… c’est ce qui arrive à René, écrivain tranquille qui aime se perdre dans la contemplation des belles choses, lorsqu’il accepte de filer un coup de main à une vieille connaissance, tout juste évadée de prison. 

« Comment oublier Kader, ce rire, cette bonne humeur, sa franchise, ses étonnements, la flamme ardente de ses yeux si noirs. Ses dents que l’on voyait si souvent. Trois ans sans écrire un mot mais le plus présent de tous, le plus vivant. Un morceau de soleil tombé dans les ténèbres de la prison. Un morceau d’enfance. »

René Frégni a été infirmier en hôpital psychiatrique avant de devenir écrivain et animer des ateliers d’écriture en prison. Ses romans tiennent tantôt du polar ou du roman noir et peuvent s’imprégner d’une bonne part d’autobiographie. Des vivants au prix des morts, c’est une carte postale qui part en vrille, c’est la noirceur derrière le chant des cigales. René Frégni décrit à la fois magnifiquement les paysages et les personnages, avec la même sensibilité et la même importance. Il fait attention aux choses et dissèque les basculements. Le journal intime au départ assez bucolique et romantique s’alourdit progressivement, la tension monte et le titre prend soudain tout son sens. Ce titre, magnifique au passage, anecdote de fin de marché en référence aux poissonnières qui déclament ça à la criée, « Les vivants au prix des morts ! ». Il y a des endroits où l’existence des hommes ne pèse pas beaucoup plus lourd, et René Frégni a choisi d’y ajouter un peu d’encre, pas nécessairement pour dénoncer mais pour y ajouter un peu de sens et de lumière. Savourez. 

« Ce sont les morts qui font vendre les journaux. Les jours où il n’y en a pas, ils restent en piles. Il faut alors inventer des morts, dénicher des morts, nourrir la bête qui est en chacun de nous, vorace. Nous aimons entendre le bruit des morts. Comment expliquer cette passion nécrophile ?
La planète est si vaste, si barbare l’homme, qu’il n’est pas difficile de déverser des flots de sang. Nous sommes fascinés par le sang. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à emprunter les routes du sang. Il y a quelques années encore, elles laissaient ça aux hommes; elles partagent avec nous, à présent, cette esthétique de la mort. le progrès est partout. » 

 

Les vivants au prix des morts
René Frégni
Gallimard
2017
187 pages

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