Makoro – Florence Malmassari (Ateliers Henry Dougier)

Makoro est « haute comme vingt pommes » lorsqu’elle débarque de la brousse pour s’installer chez sa tante à Bamako. C’est une fillette vive, curieuse, intelligente, qui voit sa vie prendre un nouveau tournant du haut de ses dix ans. Nouvelle famille, nouveaux amis, nouvelle école, et surtout la rencontre avec Monsieur Touré, l’enseignant qui cerne, fait creuser les réflexions et pousse à grandir. 

De courts chapitres évoquent des épisodes, des anecdotes, des rencontres, des événements. Ils pourraient presque se suffire à eux-mêmes, comme autant de fenêtres ouvertes sur le Mali, sinon ce fil rouge tissé par la petite Makoro, qui va grandir au fil des pages, apprendre toujours plus, s’émerveiller. Florence Malmassari décrit des paysages, dresse des portraits, évoque le quotidien, le sens de la famille, les relations hommes femmes, le rapport au corps, la sexualité, les traditions qui perdurent, les regards qui évoluent, les difficultés, la maladie, la mort, le rapport au monde. Il y a une importante dimension ethnologique, on pourrait presque parler d’ethno-fiction. 

 » Quand vous entrez dans la classe de Touré, c’est pour grandir, apprendre c’est grandir. Chez vous, vous parlez le soninké, le bambara, le peul, ce sont vos langues, elles sont riches, vos ancêtres les ont transmises à vos pères, vous les transmettrez à vos fils. A l’école, on parle une langue commune, le français. Et il ne faut pas dire que c’est la langue des blancs, le français. Une langue c’est un champs de fonio, elle appartient à ceux qui la cultivent. Est-ce que vous voulez babiller le français comme les enfants des rues qui n’ont jamais mis leur boubou sur les bancs d’une école ? Ou est-ce que vous voulez lire, écrire, vous exprimer, pour que vos idées vivent et pérégrinent, pour que partout on sache qu’ici on a du style, et qu’on invente, comme notre Hampâté Bâ, comme Léopold Senghor ! »

L’auteure a découvert le Mali en voyage et ne s’en est plus défaite. Elle y est retournée, a étudié le bambara et la civilisation mandingue et a tissé de nombreux lien avec le pays. Et c’est sans doute toute la saveur qu’elle y a trouvé qu’elle a souhaité dévoiler dans ce roman en mettant en scène des personnages attachants et une certaine sagesse. 

Un roman plein de chaleur, de lumière, d’odeurs, très sonore aussi, avec la langue omniprésente, le français patiné, comme ils le parlent au pays et comme ils le soignent, le mélange des cultures, la rencontre des mots et les expressions qui en découlent. Un beau portrait du Mali contemporain, de l’équilibre entre les traditions, les coutumes, les générations, les mœurs qui évoluent. A découvrir. 

 

« A Bamako, tu marches seulement, tu te pollues le souffle. Les véhiculent déboulent comme si un tigre les poursuivais derrière. Un tohu ! Y a des motos sans cesse. De mars à juin, rien ne ruisselle, le vent, ça le fatigue même de transmuter sa place. Tu t’étouffes dans une cuve, y a pas d’endroits pour fuir, la peau te colle. La saison sèche est une fournaise. 
Makoro, elle aimerait voir la mer. Elle a des oncles qui sont allés. Au pays des Ivoires. Là-bas, l’eau s’étale sur des millions de mètres. A la surface, tu planches. Et dedans, tu trémousses à la fraîche. »

L’occasion de découvrir aussi au passage les éditions Ateliers Henry Dougier, du nom de son fondateur qui a également créé les éditions Autrement en 1975, ça en dit déjà long sur la qualité des textes que l’on y trouve. Jeune maison montée en 2014 avec déjà une centaine de titres aux catalogue, qui se définit comme « un laboratoire d’innovation sociale et d’actions de terrain », des textes ouverts sur le monde, documentaires, essais ou fiction.  

Makoro 
Florence Malmassari
Editions Ateliers Henry Dougier
2018
128 pages

Un grand merci à Florence Malmassari et aux Ateliers Henry Dougier pour cette dépaysante découverte

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