Trois saisons d’orage – Cécile Coulon (Viviane Hamy)

Les Fontaines, dans le massif des Trois-Gueules. Un village serré dans la roche, aussi beau qu’impressionnant, par son ancrage, ses manières, sa rudesse. Le genre de village où les habitants cultivent un entre-soi qui les soude. Les gens du cru ne font pas mine de vouloir en sortir, les extérieurs pâlissent à son évocation, comme une supersitition menaçante.

« Dans la chambre, le visage ne respirait ni l’innocence, ni le repos. Le visage d’un mort. Le docteur André n’y voyait que les stigmates des forces qui nous dépassent ; la preuve qu’il n’était pas le sauveur que les Trois-Gueules attendaient. La famille accablée accepterait, malgré tout, l’imprévisible, l’incontrôlable, et pendant qu’en silence ils attendaient les pompes funèbres, André songea à ce mystère, à ces forces qui ne frappent pas, mais emportent. »

André, jeune médecin frappé par la guerre, intervient une fois par semaine au village, puis s’y installe, happé par cette quiétude décalée, les personnalités franches, la douceur parée de ronces.

Au fil des pages, le récit s’inscrit dans une saga qui s’étale sur trois générations. Nous allons suivre André, puis son fils Benedict, qui va reprendre le flambeau, fonder une famille. Le décor est grandiose, la vie court et pourtant l’air est lourd, comme vicié, et l’on sent planer le spectre du mauvais présage comme un avertissement.

C’est justement tout le talent de Cécile Coulon, de bâtir de grandes histoires aux allures de fresque en peu de mots mais avec tant de corps que vous êtes capable de visualiser chaque situation. Car c’est une écriture charnue qui cerne juste, un mélange de poigne et de délicatesse, des phrases courtes qui posent l’ambiance et des personnages dont on a bien du mal à se défaire.

Gros coup de coeur pour cette histoire puissante qui vous prend à bras-le-corps. Les textes de Cécile Coulon sont décidément un ravissement que je ne saurais que trop vous recommander de saisir.

« Un jour, quelqu’un découvrirait la vérité, et ce quelqu’un parlerait. Quand les gens parlaient aux Fontaines, ils parlaient beaucoup, longtemps, et très fort. »

Trois saisons d’orage
Cécile Coulon
Ed. Viviane Hamy
272 pages
2017
Paru également en poche chez Points

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