Lysistrata – Aristophane

En -411, dans la cité d’Athènes, Aristophane se frotte à la domination masculine, avec cette pièce truculente et grivoise, où les femmes ont décidé de faire la grève du sexe pour faire revenir leurs hommes au bercail, les enjoindre de cesser cette guerre qui sévit dans le Péloponnèse. Si vous souhaitez retenter la littérature antique en faisant un pied de nez à vos (mauvais) souvenirs, cette pièce est pour vous !

Le chien noir – Lucie Baratte (Editions du Typhon)

Lucie Baratte nous invite à entrer dans l’univers d’un Barbe bleue revisité, mêlant essences classiques et contemporaines, finesse littéraire, angoisse macabre oppressante et obsessionnelles. Le chien noir s’impose sans trembler dans la veine de la littérature gothique dans la pure tradition du genre, enveloppante et délicieusement flippante.

Le Maître et Marguerite – Mikhaïl Boulgakov

Dans Le Maître et Marguerite, Boulgakov revisite le mythe de Faust en faisant déambuler le Diable dans Moscou, sous les traits d’un Wolang prestidigitateur ès magie noire qui n’en finit pas de semer le trouble à travers la ville, avec dans son sillage ses acolytes démoniaques Koroviev, Azazel, ou Béhémot, un chat presque humain et tout aussi amateur de cognac. Leur venue renverse les codes, fait tomber les têtes, octroie à certains un petit séjour à l’hôpital psychiatrique, vide les caisses, enfumant tous ceux qu’y s’y frottent de près ou de loin. Un texte tourbillonnant, impressionnant et magnifique.

Noir volcan – Cécile Coulon (Castor Astral)

La poésie de Cécile Coulon reflète les étapes, les rencontres, les lieux qui façonnent, la puissance des sentiments, avec cette langue saisissante qui dit si justement les choses sans en faire des caisses. C’est de la délicatesse qui a de la poigne. Comme dans ses romans en somme, mais on plus resserré, comme une photographie qui en dit long. Avec trois poèmes à écouter.

Une fête pour Boris – Thomas Bernhard (L’Arche)

Absurderie, culs-de-jatte et causticité dans une pièce qui vaut son pesant de cacahuètes. Une Bonne dame cul-de-jatte revêche, organise une fête d’anniversaire pour son tout récent époux, choisi à l’hospice. Les choses sont loin d’être simples entre changements d’avis intempestifs, insatisfaction permanente et humeur massacrante, et ce n’est certainement pas sa dame de compagnie qui dira le contraire, d’une patience absolue qui n’en pense pas moins. La fête sera millimétrée, battra son plein et tournera au vinaigre, avec des situations où tout est possible et où le grotesque flirte avec le sarcasme et le jubilatoire.

Vanda / Marion Brunet (Albin Michel)

Autant dire les choses comme elles sont. Vanda, c’est l’une des claques de ce déconfinement. La dernière à m’avoir fait autant tordu les boyaux à sa lecture est Sandrine Collette dans Les larmes noires sur la terre. Je reste fascinée et presque sans voix devant cette justesse sur la violence sociale et sociétale dont ces autrices font preuve, avec des mots à la fois directs et flamboyants, sans misérabilisme mais avec poigne, et où l’on entraperçoit même une certaine fierté. Quel talent de savoir restituer cette brutalité, et en même temps tout l’amour, bancal mais si fort.

Ubu roi – Alfred Jarry

Ubu roi, pièce à l’histoire mouvementée, relatant la conquête du terrain par le Père Ubu, en despote primaire qui frise régulièrement le ridicule mais ne s’en émeut pas plus que ça. Un texte avec du tyran, de la cruauté et de l’humour, ou comment la soif de pouvoir tourne au vinaigre, avec un sens de l’absurde pas piqué des hannetons.

L’île du docteur Moreau – H.G. Wells

Avoir entre les mains le pouvoir de modifier la vie, de la façonner et de l’expérimenter est une tentation ancienne, récurrente et qui n’a pas pris une ride, et H.G. Wells avait su mettre le doigt au coeur même de ce qui fait qu’un individu franchira la limite ou pas, et comment lorsqu’elle l’est, toutes les barrières éthiques sautent irrémédiablement.

Rose royal – Nicolas Mathieu (IN8)

Nicolas Mathieu a encore peu publié, mais s’est très vite fait remarqué. Premier roman adapté en série télévisée (Aux animaux la guerre), deuxième roman couronné par le Goncourt (Leurs enfants après eux), et ce troisième, novella glaçante qui pointe les violences conjugales, la perversion narcissique, l’ombre du féminicide planqué dans un coin de salon. Un diamant noir brut !