Bulle d’été – Florian Pigé (HonFei)

Avoir le temps de regarder le temps passer, le temps de s’émerveiller, des bestioles qui stagnent à la surface de l’eau, le temps d’imaginer, de flemmarder, de s’ennuyer. C’est ce qu’a saisi Florian Pigé dans son très bel album qui fait écho aux souvenirs d’enfance, comme une invitation discrète à se replonger dans ce temps hors du temps…

Le chien noir – Lucie Baratte (Editions du Typhon)

Lucie Baratte nous invite à entrer dans l’univers d’un Barbe bleue revisité, mêlant essences classiques et contemporaines, finesse littéraire, angoisse macabre oppressante et obsessionnelles. Le chien noir s’impose sans trembler dans la veine de la littérature gothique dans la pure tradition du genre, enveloppante et délicieusement flippante.

Le Maître et Marguerite – Mikhaïl Boulgakov

Dans Le Maître et Marguerite, Boulgakov revisite le mythe de Faust en faisant déambuler le Diable dans Moscou, sous les traits d’un Wolang prestidigitateur ès magie noire qui n’en finit pas de semer le trouble à travers la ville, avec dans son sillage ses acolytes démoniaques Koroviev, Azazel, ou Béhémot, un chat presque humain et tout aussi amateur de cognac. Leur venue renverse les codes, fait tomber les têtes, octroie à certains un petit séjour à l’hôpital psychiatrique, vide les caisses, enfumant tous ceux qu’y s’y frottent de près ou de loin. Un texte tourbillonnant, impressionnant et magnifique.

Koi ke bzzz ? Carson Ellis (Hélium)

Une merveille d’album autour d’une plante très en vogue dans le jardin de nos compères insectes, qui ne se lassent pas de s’y retrouver et d’y ajouter son grain de sel pour améliorer le confort. Un album aux sonorités à la fois singulières et familières, avec un langage « insectile » très bien trouvé. Vraiment une belle découverte !

Noir volcan – Cécile Coulon (Castor Astral)

La poésie de Cécile Coulon reflète les étapes, les rencontres, les lieux qui façonnent, la puissance des sentiments, avec cette langue saisissante qui dit si justement les choses sans en faire des caisses. C’est de la délicatesse qui a de la poigne. Comme dans ses romans en somme, mais on plus resserré, comme une photographie qui en dit long. Avec trois poèmes à écouter.

Une fête pour Boris – Thomas Bernhard (L’Arche)

Absurderie, culs-de-jatte et causticité dans une pièce qui vaut son pesant de cacahuètes. Une Bonne dame cul-de-jatte revêche, organise une fête d’anniversaire pour son tout récent époux, choisi à l’hospice. Les choses sont loin d’être simples entre changements d’avis intempestifs, insatisfaction permanente et humeur massacrante, et ce n’est certainement pas sa dame de compagnie qui dira le contraire, d’une patience absolue qui n’en pense pas moins. La fête sera millimétrée, battra son plein et tournera au vinaigre, avec des situations où tout est possible et où le grotesque flirte avec le sarcasme et le jubilatoire.

Vanda / Marion Brunet (Albin Michel)

Autant dire les choses comme elles sont. Vanda, c’est l’une des claques de ce déconfinement. La dernière à m’avoir fait autant tordu les boyaux à sa lecture est Sandrine Collette dans Les larmes noires sur la terre. Je reste fascinée et presque sans voix devant cette justesse sur la violence sociale et sociétale dont ces autrices font preuve, avec des mots à la fois directs et flamboyants, sans misérabilisme mais avec poigne, et où l’on entraperçoit même une certaine fierté. Quel talent de savoir restituer cette brutalité, et en même temps tout l’amour, bancal mais si fort.

La partition de Flintham / Barbara Baldi (Ici-même)

Plongez dans cette impressionnante BD aux très belles planches aux allures de peintures. Efforts et sacrifices au coeur de cet album d’atmosphère qui nous plonge dans la campagne britannique sous l’ère victorienne. Un récit qui évoque les textes classiques  du même jus, avec ce portrait de femme forte, passionnée de clavecin, qui ne se laisse pas abattre malgré les embûches. Des ambiances saisissantes et un univers pictural qui explore les silences et l’intimité.

Ubu roi – Alfred Jarry

Ubu roi, pièce à l’histoire mouvementée, relatant la conquête du terrain par le Père Ubu, en despote primaire qui frise régulièrement le ridicule mais ne s’en émeut pas plus que ça. Un texte avec du tyran, de la cruauté et de l’humour, ou comment la soif de pouvoir tourne au vinaigre, avec un sens de l’absurde pas piqué des hannetons.

Ceux qui construisent des ponts – Alfonso Zapico (Futuropolis)

Alfonso Zapico tente de restituer toute la complexité identitaire du pays basque avec une rencontre qui en dit long, avec Fermin Muguruza (du groupe punk basque Kortatu) et Edu Madina (PSOE – Parti socialiste ouvrier espagnol). Deux types de gauche certes mais pas franchement sur la même longueur d’ondes, et qui n’auraient sans doute pas partagé la même table il y a des années… Une BD documentaire passionnante pour en savoir plus sur le jus du Pays Basque.

Le petit secret – Séverine Vidal et Clémence Monnet (Ed. des Eléphants)

Sur un bout de plage, la fête bat son plein. Famille et amis se sont retrouvés pour un pique-nique complice et animé, jusqu’à ce petit instant où Albertine glisse à l’oreille de son cousin qu’elle connaît un secret terrible sur l’un d’eux. C’était juste le moment creux où un ange passait, et la confidence s’est révélée éclatante et anxiogène. A chacun d’imaginer s’il a été percé à vif et s’il sera dévoilé. Séverine Vidal raconte avec une grande subtilité la complexité des relations humaines et la fragilité qui en dépend.