Portraits croisés dans les rues du Caire, de mendiants poètes et philosophes, administratifs tire-au-flan par grandeur, policier en quête d’autres possibles, et prostituées qui, si elles ont du tempérament, s’en prennent aussi dans la tronche. Albert Cossery revendiquait son oisiveté et a véhiculé beaucoup de ses aspirations dans ces personnages. […]
Catégorie : Littérature
Le coeur synthétique – Chloé Delaume (Seuil)
Beau coup de coeur pour ce nouveau Chloé Delaume qui décidément fait ça bien, écrire, et dire les femmes, et cerner la société qui nous entoure et ce qui s’y joue. Roman couronné par le prix Médicis 2020
Ferragus – Honoré de Balzac
Place à Balzac donc, avec ce premier volume de L’histoire des Treize, au coeur de l’ambitieux cycle La comédie humaine, où Balzac excelle en matière de romantisme noir par lequel nous assistons à de l’amour intense aux débordements maladifs, à de la passion renversante à se faire cruelle, à la violence des tempéraments emportés dans leur démesure, aux mystères sourds et obsédants à en crever.
Les héritages – Gabrielle Wittkop (C. Bourgois)
Coup de projecteur dans l’actualité littéraire sur l’oeuvre de Gabrielle Wittkop pour le centenaire de sa naissance, alors qu’elle s’est éteinte en 2002, avec notamment deux textes (ré)édités ce mois-ci, chez Christian Bourgois et chez Quidam. Avec Les héritages, nous traversons l’histoire d’une villa bâtie à la fin du dix-neuvième en bord de Marne, d’un siècle et de ses gens, sous les traits acides de Gabrielle Wittkop, qui démontre encore une fois une puissance littéraire folle.
La reine du Mardi-gras (suivi de « Un vitrail de plus ») – Brigitte Fontaine (Riveneuve)
Brigitte Fontaine est publiée ici par Riveneuve, dans sa collection Pépites, pour un texte court qui a pour titre La reine du Mardi-gras. De quoi s’agit-il ?
La ferme aux poupées – Wojciech Chmielarz (Agullo)
Ambiance polonaise avec un polar bien senti, trépidant, efficace, qui montre une fois de plus que les éditions Agullo ont du nez pour dénichez des auteurs et des textes qui en ont dans le ventre. Une affaire tendance dossier pédophile qui se mue progressivement en meurtres en série complexe. On découvre la Pologne par la petite porte, les individus, la condition tsigane, avec des personnages bien campés et un scénario bien ficelé.
Médée – Euripide
Médée, figure tragique par essence, passionnée, entière et à l’instinct vengeur sans détour. Un personnage complexe et fascinant, aux prises avec sa condition de femme, avec son époque, ses moeurs, ses contradictions, chavirée par la frustration, l’impuissance et l’injustice, et qui cède à une folie destructrice et rageuse et ravageuse.
[Rentrée littéraire 2020] La grâce et les ténèbres – Ann Scott (Calmann Levy)
Dans son dernier roman, Ann Scott nous plonge dans la lutte souterraine contre le terrorisme, où l’on reste en apnée sans tellement d’échappatoire. Un roman dense et très documenté sur ceux qui scrutent les djihadistes sur les réseaux sociaux en vue de les annihiler ou en tout cas déjouer leurs funestes prévisions.
Lysistrata – Aristophane
En -411, dans la cité d’Athènes, Aristophane se frotte à la domination masculine, avec cette pièce truculente et grivoise, où les femmes ont décidé de faire la grève du sexe pour faire revenir leurs hommes au bercail, les enjoindre de cesser cette guerre qui sévit dans le Péloponnèse. Si vous souhaitez retenter la littérature antique en faisant un pied de nez à vos (mauvais) souvenirs, cette pièce est pour vous !
[Rentrée littéraire 2020] Ceux dont ça serait bien qu’on en parle un peu plus
Le rituel de rentrée littéraire est carnassier et même si celle-ci, avec ses 511 sorties, est un chouïa plus réduite qu’habituellement, la visibilité reste rude pour beaucoup. Voici donc une trentaine de titres qui sortent des sentiers battus, et à mon sens sortent du lot, en espérant que vous y puisiez quelques envies de lecture…
[Rentrée littéraire 2020 ] La petite dernière – Fatima Daas (Noir sur blanc)
Premier roman coup de poing qui me réconcilierait presque avec l’autofiction ! Du tâtonnement d’une jeune fille qui se sent plus mec qu’autre chose, qui se sent aimer les femmes sans pour autant plier devant l’évidence, qui puise sa force dans l’islam qui pourtant ne tolère pas sa condition.
Le sel de tes yeux – Fanny Chiarello (Editions de l’Olivier)
Etre ado, se construire en tant qu’être à part entière, tenter d’affiner et d’affirmer ses sensibilités, c’est ce qu’explore si finement Fanny Chiarello, à travers le portrait de Sarah, qui ouvre les yeux sur son homosexualité dans une famille pour qui ça ne coule pas de source. Un très beau texte, touchant et juste.
[Rentrée littéraire 2020] Saturne – Sarah Chiche (Seuil)
Comment grandir dans l’ombre des disparus trop tôt, comment s’extraire de l’histoire familiale, ou comment accepter que le corps se mette en pause, le temps que la tête retrouve la force de le faire avancer. Sarah Chiche, psychologue clinicienne et psychanalyste, interroge les silences et les trop-dits.
Elégies de Duino, Sonnets à Orphée et autres poèmes – Rainer Maria Rilke
Prendre le temps de se plonger dans la poésie de Rilke, dans laquelle le poète couche sur le papier ses doutes et ses angoisses, interroge l’humanité, l’individualité, en quête d’un certain apaisement.
[Rentrée littéraire 2020] Le ciel les yeux fermés – Adam Ehrlich Sachs (Inculte)
Un roman à l’écriture atypique et entêtante qui prend la forme d’un conte baroque, distillant de la philosophie, et de la poésie gothique. Une expérience vraiment sympathique et une des très bonnes surprises de cette rentrée.
[Rentrée littéraire 2020] Comme un empire dans un empire – Alice Zeniter
Un roman dense et fluide à la fois qui ouvre sur les rouages de l’empire d’internet, lui-même imbriqué dans l’empire des hommes régi par le monde politique.
Lettres du mauvais temps – Jean-Patrick Manchette (correspondance 1977-1995)
Un recueil brillamment édité, qui donne à lire la vie et les avis de Manchette, depuis le sommet de sa gloire jusqu’à sa disparition au terme d’une lutte acharnée contre l’adversité.
[Rentrée littéraire 2020] Comédies françaises – Eric Reinhardt
Un titre évocateur. Dans ce dernier roman d’Eric Reinhardt il sera donc question de comédies, en divers sens du terme, et l’ancrage sera très français. Comédie du surréalisme, comédie des lobbys, comédie des classes sociales vont donc être évoquées avec une ambition littéraire inégale et parfois inappropriée.
Le chien noir – Lucie Baratte (Editions du Typhon)
Lucie Baratte nous invite à entrer dans l’univers d’un Barbe bleue revisité, mêlant essences classiques et contemporaines, finesse littéraire, angoisse macabre oppressante et obsessionnelles. Le chien noir s’impose sans trembler dans la veine de la littérature gothique dans la pure tradition du genre, enveloppante et délicieusement flippante.
Le Maître et Marguerite – Mikhaïl Boulgakov
Dans Le Maître et Marguerite, Boulgakov revisite le mythe de Faust en faisant déambuler le Diable dans Moscou, sous les traits d’un Wolang prestidigitateur ès magie noire qui n’en finit pas de semer le trouble à travers la ville, avec dans son sillage ses acolytes démoniaques Koroviev, Azazel, ou Béhémot, un chat presque humain et tout aussi amateur de cognac. Leur venue renverse les codes, fait tomber les têtes, octroie à certains un petit séjour à l’hôpital psychiatrique, vide les caisses, enfumant tous ceux qu’y s’y frottent de près ou de loin. Un texte tourbillonnant, impressionnant et magnifique.
